Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

28. mai 2012

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JelizaRose

Catwalk Trash #1 : Nous prend-on pour des buses ?

NDLR : “Catlwalk Trash” n° 1 : chronique dédiée à la mode par JelizaRose chef de la rubrique modasse de Ladies Room

Il fût une époque, quelque part pendant la préhistoire du web 2.0 (soit il y a 2 ans environ) où une toute nouvelle forme de fashion a émergé, vivante, changeante, originale, et surtout réelle : la street fashion, rapportée de manière candide par des arpenteurs de métropole comme The Sartorialist le jour, ou The Cobrasnake, la nuit. Pour la première fois, on découvre avec avidité quelques téméraires qui tous les jours, se font prendre en photo et détaillent leur tenue du jour avec précision sur des plateformes comme blogger ou wordpress.

alice.jpgCette mode-la, on peut la toucher : en France Betty ou Punky B parlent de fripes qui coutent 1 euro, de trouvailles H&M et Zara pimentées par quelques très rares pièces couture. On est loin des chorégraphies raffinées et compliquées des magazines, immobilisées sur du papier glace comme sous une cloche en cristal, qui, en mettant magistralement en scène des pièces à plusieurs milliers d euro, ont souvent l’effet qu’a l’art moderne sur le public lambda, où les images du palais de Monaco dans Paris Match sur la ménagère : une fascination contrebalancée par la froideur et une sensation de distance inanimée.

Pendant ce temps, certains bloggeurs deviennent des stars, avec 10 à 25 000 visiteurs uniques par jour. Subrepticement, le blog de street style se transforme. Rumi de Fashiontoast, qui a commencé par des tenues entièrement composées de fripes, montre aujourd’hui des photos léchées, prises avec du matériel professionnel, de tenues composées de cadeaux de designers ou de marques moins connues qui court-circuitent le circuit classique et ont compris que le bloggeur pouvait agir comme un vecteur publicitaire gratuit, en touchant des milliers de lecteurs en une seule photo.

La bloggeuse fashion, de proche et familière, devient ce nouveau phénomène IT girl désincarnée, qui collabore avec RVCA ou American Apparel et qui s’affiche désormais sur son blog au bras de créateurs montants (Alexander Wang…) ou sur le canapé de modèles au delà du cool (Erin Wasson..). La “star” ne répond plus aux centaines d’emails, et se fait happer par la micro-célébrité, ce truc tentaculaire inventé par MTV pour satisfaire les egos monstrueux de notre société individualisée à l’extrême. On se dit c’est normal, ces filles ont eu du talent, et on été récompensées pour leur sens de la mode et de l’association originale.

Tout le monde, avec un tant soit peu de sens fashion aurait donc eu un jour sa chance. Mais en creusant un tout petit peu on se rend compte que ces filles ne viennent pas d’aussi loin qu’on veut bien nous le faire croire, et n’ont peu- être pas autant de “style personnel” que ça. Rumi, Karla, toutes on en commun une origine sociale middle/upper class, 19 ans, un goût prononcé pour la représentation de soi et déjà plusieurs tours du monde à leur actifs.

Karla a été une star sur Nickelodeon dans sa jeunesse. Le style ne vient pas de Saint Nom la Bretèche. De nouveaux travers émergent chez ces stars : trop léché, le blog devient un publi-reportage continu, avec des textes très courts émaillés de liens URL vers les sites des marques citées. 90% des blogs que je lis aujourd’hui ne sont plus des blogs de mode, mais des blogs de shopping.

Beaucoup de filles ont franchi cette frontière tenue sans même sans rendre compte. Rumi, à fond dans la veine trash chic lancée par Balmain, achète aujourd’hui des plateform boots que n’aurait pas reniée Loana en 1999, sans réaliser qu’elle a depuis longtemps franchi la limite presque invisible entre style réfléchi et consommation outrancière de mauvais goût.

Plus étrange encore, on encense et on prend pour exemple ces gamines de 16 ans qui ont plus de 25 000 visites unitaires par jour, avec leur sens particulièrement pointu de la fashion. La texane Jane de Sea Of Shoes, une frimousse délicate et un style particulièrement frais, achète une paire de chaussures à plus de 1000 dollars par semaine, entre 2 virées shopping, n’écoute que de la new wave japonaise introuvable sur le net, et collectionne des éditions vintage de Vogue ou des films jamais sortis aux US. Ses exploits fashion, qui vous mettent cela dit vraiment sur le cul, commencent à être relatés dans les magazines, de Teen Vogue aux US à Glamour en France en passant par la version coréenne de ce dernier. On crie au génie.

Encore plus fort, Tavi, 12 ans, a été contactée par le duo fondateur de Rodarte, au plus haut de la hype en ce moment, et a dernièrement reçu de leur part un de ces délicats collants tricotés en mohair rose pale, qu’elle associe immédiatement dans de nouvelles tenues inspirées de films anciens, toutes plus travaillées et matures que les autres.

Mais au milieu de cette fureur médiatique, on apprend par hasard que les mères de ces 2 gamines sont toutes les 2 stylistes, et que la première a été mannequin au Japon dans les 80s. Immédiatement, un doute malsain naît dans mon esprit : et si les gamines n’étaient que les pantins des mères qui les manipuleraient dans l’ombre, les habilleraient et les orienteraient pour en faire les stars du net que l’on connaît, avec les promesses de carrière dans la fashion que l’on imagine ?

Et si ces mères n’étaient pas d’extraordinaires publicistes visionnaires, capables de générer des milliers de visites par jour, et d’obliger en une photo certaines enseignes à relancer la fabrication de modèles épuisés en 2 jours ? Et si le blog est l’un des rares, comme celui de Garance Dore ou de Géraldine (Café Mode), à ne pas tomber dans le publi-reportage, alors il s’affute de manière non moins éblouissante : leurs auteurs font désormais partie de la faune exclusive des fashion weeks, et Garance se met à photographier de plus en plus de célébrités “au naturel”, qu’elle “rencontre” dans la rue.

Wait a minute. Qui, à Paris, tombe aussi souvent sur le gratin des actrices et modèles anti show-off , Lelee Sobieski, Milla Jovovich, ou Lou Doillon, des filles qui ont toutes en commun le chic anti-bling et l’attention pour le détail qui caractérise de manière si élégante le blog de Garance ?

Si, de manière secrète, Garance avait maintenant la possibilité de donner rendez-vous à ces célébrités, de leur demander de venir avec leurs propres fringues, de styliser le shoot réalisé ensuite dans le décor chic des rues du Marais, avec l’aide de la célébrité ?
Ça fait bien longtemps que le blog de streetsyle a cessé d’être une vitrine réaliste du style de tout un chacun. Alors, pourquoi continue- t-elle à nous faire croire à ces rencontres impromptues ? Pourquoi ai-je l’impression que le lecteur devient de plus en plus le pantin malmené d’un jeu de dupes ? Pourquoi personne, ou presque, n a t‘ il été capabale de montrer la moindre résistance et une vraie ligne de conduite, individuelle et justifiée sous la pression consumériste ?

On a cru avec prétention que l’on pouvait être son propre héros. Mais en vrai on cherche tous un modèle quelque part, et du coup on mange aujourd’hui lamentablement à tous les râteliers. Vous pouvez me dire, au fond, quelle importance ? Les images sont belles, les styles toujours étonnants (ou pas, on en reparlera), qu’est ce que ça change qu’il y ait une usine à gaz derrière pour faire tourner le truc ?

La mode a toujours été intrinsèquement un lieu à part chargé de magie, de secrets, de surprises sorties d’on ne sait où, et surtout exclusivement d’on ne sait où, d ailleurs. Elle a cette capacité à se renouveler sans fin en nous laissant à chaque fois sur le bas-côté comme des sous merdes écrasées par quelque force créatrice couleur laser sur fond blanc, incompréhensible pour le cerveau humain, comme dans un film futuriste de baston coréenne.

Mais à une époque où la création s’essouffle, on a tous besoin de rester indépendants et critiques, de reprendre ses marques, et comprendre la matrice ne la rendra pas moins fascinante. Dans un monde où on ne fait plus la différence entre une vraie photo prise dans la rue par un “faux photographe streestyle” (un professionnel comme Tommy de Jak and Jil), et une “fausse photo de rue” par un vrai photographe streetstyle (Le Sartorialist pour DKNY), les faux vrais-semblants ne font qu’accentuer la sensation d’oppression consumériste, et de perte de repères dans laquelle nous vivons aujourd’hui.

(cc) the moog

 

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Derniers commentaires

 

Oh ! <3

Finalement, le milieu de la mode reste un endroit protégé, fermé, qui dévoilé, se verrait perdre de la magie. Du moins je pense que c’est ainsi que les acteurs de ce business se l’imaginent.

Cet article est vraiment intéressant, la question a rarement été évoquée, mis à part dans les commentaires de certains sites, donc chouette d’avoir pu développer la question !


 

Finalement il ne tient qu a nous de tenter de “casser ” le mythe , de rester objectif et d’essayer de taper derriere les paillettes. C est aussi de notre faute (au lecteur, a l acheteur de luxe) si toute cette starification a lieu :-)


 

le pire c’est quand tu te balades sur les sites communautaire que je ne veux pas citer, tu tombes complètement par hasard (heu presque je suis un homme donc …) sur le profil du jeune femme au Québec portant une jupe du tonnère de D… (je ne site pas de marque) bon sur un corps bien foutu mais n’empêche, sa jupe m’a coupé le soufle (et pourtant je le répète je suis un homme).

Donc Fissa, je lui demande où elle a eu cette beauté (pas elle, la jupe) elle me répond que se sont des créatrice canadienne.

Dans la foulée je lui demande l’adresse du site de ces superbes créatrices (et non créatures pour une fois).

Ben vous savez pas quoi, Mon D… (toujours pas de marque), ben ..

Ces créatures créatrice n’ont PAS de site, carrément trop vénère je bloque la nana de rage

Bises les filles (et les quelques mecs)

L’Ange


 

Merci pour cet article incisif, précis et passionnant. Je ne suis pas une grande consommatrice de blogs mode (ni même de mode en général) mais j’ai été captivée par ton analyse !


 

merci Josso !! J espere que cette nouvelle rubrique “catwalk trash” vous plaira :-)


 

super genial ton article ! drôle et vrai à la fois ! j’ai croisé qq street fashion blogeurs (euses) et je confirme : la bande du sartorialist est plus connue que la plupart des redacchef des petits magazines de province du monde entier ! et vous avez vue les photos des blogs : la plupart sont du travail de pro !


 

Et vous preferez Lou ou Mila ? perso je vote sans hesiter pour le 5eme element


 

Ton article est tellement vrai …


 

Attention au grand méchant mode!


J’étais une fan de ces sites de mode de la première heure car je m’y retrouvais mais en ce moment j’ai laissé tombé et ne vais plus ou presque plus dessus… Et c’est en partie parceque ces sites cherchent à faire du sensationalisme. Mais bon, rien de mal là dedans, c’est juste pas mon trip.


 

J’enchaine avec ce billet. J’apprends des trucs. C’est cool. Je ne regarde jamais ces sites. En ce qui me concerne ca fait longtemps, que je regarde la mode d’un air distrait, choisissant deux pieces par saison pour rester dans le coup. (mais j’ai 38 ans, ceci explique peut etre cela)

mais j’etais ravie de faire un point route sur la planete mode de la blogo. décidement celle-ci est dans un virage…

Et le platane n’est pas loin !


 

hehe NC t as pas tort :-)


 

@Jeliza Rose, il est vraiment bien ce billet, sincèrement ;). c’est sain de mettre les pieds dans le plat par moments. Du coup comme t’as les pieds dans la gadoue, ca t’evite de foncer….


….dans le fameux platane…


(et quand je parle de virage, c’est bien de la blogo dont je parle , pas que de la mode)


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