Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

25. mai 2012

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Josso

Columbine, dix ans après (2 : La polémique)

Cet article est la suite de Columbine, dix ans après (1 : Les faits).

Deuxième partie : La polémique

Après l’horreur, le choc et le deuil, la polémique est allée bon train sur la tuerie de Columbine, qui reste à ce jour, aux États-Unis, la plus meurtrière dans un lycée (le record toutes catégories étant détenu par le massacre de l’université Virginia Tech, trente-trois morts dont le tueur en avril 2007).columbine1.jpgLa plupart des commentateurs ont d’abord cherché à répondre à la question la plus cruelle et la plus douloureuse face à ce genre d’événement : pourquoi ? Quelle raison valable peut-on avancer pour expliquer sérieusement le passage à l’acte meurtrier de deux adolescents ? Bien entendu, les pistes examinées furent nombreuses.

- Eric Harris était un dépressif notoire, traité pour cela : lors de son autopsie, on a retrouvé dans son sang les traces de l’antidépresseur qu’il prenait à l’époque, ce qui prouve qu’il en avait avalé une dose le jour même. En revanche, ce n’était pas le cas de Dylan Klebold ; ce dernier était-il donc influençable au point de suivre son camarade jusqu’au-boutiste ?

-  les adolescents étaient décrits comme relativement isolés au sein de Columbine High. Certains de leurs camarades pensaient qu’ils appartenaient à la “Mafia des Trenchcoats”, un groupe de marginaux vêtus de longs manteaux noirs et professant une sorte d’idéologie aux contours flous, à la fois vaguement anarchiste et douteusement fasciste ; en réalité, Harris et Klebold n’avaient pas été acceptés au sein de ce groupe. Ainsi, considérés comme des marginaux par la majorité des élèves mais rejetés par ces marginaux eux-mêmes, cet isolement social aurait-il provoqué la haine profonde qui les animait ? Rien n’est moins sûr : d’autres témoignages indiquent que bien que réservés et étranges, ils avaient des amis, surtout Klebold.

- la piste fasciste, voire nazie, a été examinée de près, en partie à cause du fait que le 20 avril, jour choisi pour la tuerie, est l’anniversaire de la mort d’Adolf Hitler. En fait, une série d’autres raisons ont pu amener les garçons à retenir ce jour plutôt qu’un autre et rien n’atteste que la référence au chef nazi leur soit effectivement venue en tête. Si l’on a pu penser un temps que Harris et Klebold étaient attirés par l’idéologie nazie, c’est bien sûr aussi à cause de leur envie de rejoindre la Mafia des Trenchcoats, mais leur conscience politique ne semble pas avoir été aussi développée qu’on a pu le penser.

- Harris et Klebold étaient-ils des homosexuels mal acceptés par leur entourage, comme on l’a dit également ? Il est vrai qu’ils s’entendaient souvent traiter de “faggots”, “pédés” par des élèves de Columbine, ce qui n’a pas dû adoucir leur rancÅ“ur envers eux. Rien ne permet d’aller aussi loin ; ils avaient probablement eu des petites amies et c’est même certain en ce qui concerne Klebold. L’insulte venait plutôt du fait qu’ils traînaient toujours ensemble et dans des groupes composés presque exclusivement de garçons mis à l’écart par les autres. Quoi qu’il en soit, elle est symptomatique de l’ambiance dans laquelle ils vivaient leurs années de lycée.

- un goût prononcé pour les jeux vidéos violents (Eric Harris avait créé et mis en ligne sur le Net des niveaux de Doom, jeu qui consiste à tuer le plus de personnages possibles) et pour un certain type de musique métal aux paroles provocatrices (parmi les artistes qu’écoutaient les jeunes tueurs, on a cité Rammstein à raison, et Marilyn Manson à tort, par analogie) a également été souligné. Cependant, les analyses ont fini par inverser ce point de la réflexion en soulignant que ces goûts étaient la conséquence d’une colère déjà existante plutôt que sa cause - mais cela n’a pas empêché que Manson soit personnellement accusé d’avoir une influence néfaste sur la jeunesse américaine suite à la tuerie de Columbine.

La liste est si longue et comporte des hypothèses si inattendues que Michael Moore, dans son documentaire Bowling for Columbine,  décide de pousser délibérément l’hypothèse de travail jusqu’à l’absurde : on sait, dit-il, que les jeunes gens sont allés jouer au bowling le matin du drame, avant de se rendre au lycée et de passer à l’action. Pourquoi, dans ce cas, n’accuserait-on pas le bowling ? Après tout, il s’agit aussi d’un jeu violent, qui consiste à descendre le plus de quilles possibles en leur tirant dessus !…

Bien entendu, cette idée fait sourire et permet de prendre conscience de la confusion qui règne sur les causes probables du massacre.

Ce qui est certain, c’est que les deux adolescents souffraient d’un mal-être général qui durait depuis des années. Leurs journaux intimes et vidéos en étaient les témoins, qui les montraient tenant des discours haineux et menaçants envers leurs camarades de classe, entre autres. Harris avait déjà été condamné pour avoir, dans son blog, proféré des menaces contre un garçon du lycée ; plus d’un an avant le drame, en janvier 1998, Harris et Klebold avaient volé du matériel électronique dans un van garé dans la rue, étaient passés devant le tribunal et avaient dû faire des heures de travaux d’intérêt général pour réparer leur forfait, ainsi qu’un séminaire destiné aux jeunes délinquants et intitulé “Gestion de la colère”, dont tout un chacun peut a posteriori admirer l’efficacité dans leur cas précis.

Ce malaise se traduisait par une haine confuse envers tout ce qui symbolisait l’intégration sociale, qui constitue une pression considérable pour les élèves des lycées américains (pensez par exemple à la tradition de l’élection du roi et de la reine de la promotion à la fin de la dernière année). N’étant pas précisément des rois de la promo en puissance, Harris et Klebold avaient fini par étendre leur colère sur le lycée dans son ensemble : bons élèves, sportifs, enseignants, etc. Et elle était assez forte pour sourdre en eux depuis des années.

Et les armes, me direz-vous ? C’est bien le propos de Michael Moore : au lieu de chercher des raisons absurdes à l’acte, consacrons-nous au comment ? Comment des jeunes gens qui vivent encore chez leurs parents peuvent-ils se constituer en toute légalité, et toute tranquillité, un tel arsenal ? Une vidéo désormais retirée du Net montre la chambre d’Eric Harris et les dizaines de cachettes dans lesquelles il a progressivement stocké des explosifs, de petits calibres, des carabines, etc.

Nous touchons à la question, polémique s’il en est, du libre port d’armes aux États-Unis ; il s’agit d’une liberté constitutionnelle qui choque souvent, surtout quand on la rapporte au fait que les meurtres par armes à feu y soient la première cause de mortalité. Je ne vais pas entrer dans ce sujet délicat ni développer encore un article déjà bien long ; je vous renvoie pour ce faire au film de Moore, qui a bien des défauts formels mais présente l’avantage de dresser un panorama efficace de la situation.

Ce qui est certain, à tout le moins, c’est que la facilité déconcertante et dangereuse d’acquérir des armes à feu aux États-Unis a constitué une extraordinaire prise pour Harris et Klebold au moment d’élaborer concrètement leur projet : pas de barrière, pas d’obstacle de ce côté, la possibilité de passage à l’acte était immédiate.

Ils ont passé des mois à constituer progressivement leur arsenal, pièce par pièce, à apprendre à construire des bombes artisanales, à coucher sur le papier leurs réflexions, leurs plans et le déroulement de cette funeste journée. Et à aller essayer les petits bijoux de leur armurerie personnelle dans la forêt, en plein jour, en se filmant. Au nez et à la barbe des adultes.A suivre : Troisième et dernière partie : Conclusion. 

 

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Derniers commentaires

 

Merci pour la suite (tres interessante) de ton article sur Columbine, qui contient plein d’informations que j’ignorais. J’attends la troisieme partie avec impatience !!


 

Comme par hasard c’était des moutons noirs… :)


 

-” un goût prononcé pour les jeux vidéos violents (Eric Harris avait créé et mis en ligne sur le Net des niveaux de Doom, jeu qui consiste à tuer le plus de personnages possibles) et pour un certain type de musique métal aux paroles provocatrices (parmi les artistes qu’écoutaient les jeunes tueurs, on a cité Rammstein à raison, et Marilyn Manson à tort, par analogie) ”


Rahh les bons vieux clichés forcement dans ces cas là on accuse les jeux vidéos et la musique. Heureusement que des gens sont assez malin pour se dire que les jeux vidéos sont la conséquence et non la cause d’un malaise . Perso je joue à CS (où il faut aussi tuer pleins de gens), j’écoute rammstein aussi, un peu de manson mais ça m’est passé, je ne me considère pas comme une serialkilleuse à venir …


Cette stigmatisation des jeux vidéos par les médias est vraiment facile je trouve, comme pour la récente tuerie en Allemagne, une fois encore c’est la faute aux jeux vidéos , le raccourcis est tellement facile parfois que ça en devient effrayant


Très bon article au passage, j’ai hâte de lire la conclusion :)


 

@saiko: c’est vrai que les bons vieux cliches ont la vie dure mais meme si ca n’est pas tjrs le cas, il faut noter qu’il y a environ six mois une paire de cretins n’a rien trouve de mieux a faire que de balancer des explosifs artisanaux sur des bagnoles de luxe et apres s’etre faits coinces ont admis avoir eu l’idee et le mode d’emploi dans “grand theft auto IV”.

Je ne suis ni assez bon et encore moins assez patient pour les jeux videos donc je ne sais pas ce qu’ils contiennent.

En tous cas je pense que ce genre de jeux ultra violent posent un danger pour une population fragile a la base.

Comme je l’avais note dans la 1ere partie le fait de pouvoir se procurer des armes aussi facilement n’est pas fait pour arranger les choses


 

A propos des jeux vidéos, je pense que dans la plupart des cas, effectivement, ils ne transforment pas leurs aficionados en tueurs en puissance. Cela dit, certains ados, à force de consommer des jeux vidéos et des films violents, ont des difficultés à bien distinguer le réel du virtuel (pardon pour l’expression simpliste et naïve du phénomène, je ne suis pas une spécialiste). Il y a probablement une faiblesse psychologique à la base, mais elle est accrue et aggravée par cette surconsommation de virtuel. Je ne sais pas quelle était la situation de Harris et Klebold sur ce point précis.


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