Avant de lire “La lectrice” de Jean Lorrain, je lisais. Tout court. Tout. Le pouvoir Ă©vocateur des mots primait sur les images, et si la saga AngĂ©lique, les films avec indiens, pirates ou collĂ©giens britanniques flattaient mes dĂ©sirs masochistes et mon goĂ»t des corsets et du travestissement, c’est avec les livres que j’ai commencĂ© ma vie sexuelle.
Je tissais mes fantasmes sur la trame de mes lectures. Chronologiquement, de la comtesse de SĂ©gur au Marquis de Sade, en passant par Pim Pam Poum et le dictionnaire (on ne dira jamais assez le pouvoir Ă©rotique d’une froide dĂ©finition).
Dont je ne savais qu’il s’agissait de sexe. Puisque je ne savais pas encore ce qu’Ă©tait le sexe (n’en dĂ©plaise Ă oncle Sigmund). Ma fesse cachĂ©e Ă©tait lĂ , dans les plis de l’enfance.
Le fantasme initial, clichĂ©s ne pas s’abstenir
Dans une bibliothèque cosy (donc une pièce d’une cinquantaine de m2 dans un manoir comme on en trouve en Angleterre ou sur la cĂ´te de l’Armor, gothique comme tout, le fantasme n’a jamais connu la crise du logement), je m’attarde, Ă califourchon sur l’accoudoir d’un large fauteuil cuir, sur un passage particulier qui raconte de façon dĂ©taillĂ©e et complaisante la flagellation de quelque soubrette dĂ©sobĂ©issante ou d’Ă©tudiante mal notĂ©e. Je n’entends pas (non, cela ne prouve en rien que la masturbation rend sourde) quelqu’un entrer, je ne sens qu’au dernier moment une prĂ©sence derrière moi.
Ici, mettre tous les lieux communs du fantasme de domination, sa poigne ferme sur mon bras, l’autre sur mon cou, la voix encore plus ferme que la main, l’objet du dĂ©lit et l’enjeu. Je relis Ă voix haute la page qui m’Ă©mouvait tant (comme disaient les livres que je lisais ailleurs, en ces temps d’avant les blogs, d’avant les chattes trempĂ©es, les glandes de Bartholin en folie, de la cyprine Ă tous les Ă©tages, du point G made in Spontex, c’Ă©tait un temps de l’euphĂ©misme) tandis qu’il me fait subir exactement ce que dĂ©crivent les mots. Sans que ma voix ne faiblisse sous peine de sĂ©vices au carrĂ©. Comme le fantasme est bonne fille, il y avait justement une cravache dans le porte-parapluie. (Ou tout autre instrument flagellant et sifflant).
J’avais 7 ans, 13, presque16, dĂ©jĂ 20, et mĂŞme 30. J’aimais toujours ce fantasme, passĂ© Ă l’acte depuis. PassĂ©, repassĂ©, jamais dĂ©passĂ©. J’ai depuis lu et criĂ© sous la cravache, le martinet, la main, j’ai aimĂ© au-delĂ de tout me contraindre Ă articuler, Ă faire mine de ne pas ĂŞtre dĂ©rangĂ©e par les coups, j’ai masquĂ© mes hoquets dans une liaison, j’ai transformĂ© mes soupirs en inspirations. Je me suis dĂ©doublĂ©e tandis que les sensations paradoxales se multipliaient. Le bonheur de la contrainte. Le vertige de la mise en abĂ®me.
Un ami avait mĂŞme dessinĂ© un carcan de lectrice, les deux mains prises Ă la hauteur du visage et permettant juste de tenir le livre ou la feuille de papier. Assise en dĂ©sĂ©quilibre sur un tabouret de bar…
Le fantasme high tech et mots crus.
Mes fantasmes sont comme les doudous des enfants. Je peux les passer Ă l’acte, les tordre, les essorer, les Ă©culer, ils survivent aux expĂ©riences, aux amants, aux chagrins d’amour. Au contraire des doudous qui s’Ă©rodent et s’effilochent, ils se rembourrent, il leur pousse des extensions, et je les retrouve, semblables et autres Ă la fois.
Comme les ados, j’ai dĂ©laissĂ© les lignes de mots pour les lignes cathodiques. Le fantasme a glissĂ©, j’allume la tĂ©lĂ©vision.
Il a apportĂ© un film X et SM (je serais bien en mal d’en choisir un, mĂŞme si j’ai parcouru les titres proposĂ©s dans une salle obscure de ma FriboĂ®te, frissons extrĂŞmes et bdsm, salopes souillĂ©es et bourgeoises bourrĂ©es, je ne suis ni l’une ni l’autre…). Je ne suis en rien friande de cinĂ©ma porno. J’en ai vu, des mythiques dit-on, j’en suis revenue, l’homme qui dort en moi doit le faire trop profondĂ©ment pour se rĂ©veiller et apprĂ©cier ces films presque exclusivement fait par des hommes pour des hommes.
Et la sexualitĂ© “vanille” m’ennuie. Parfois, quelques vidĂ©os brèves glanĂ©es au dĂ©tour du net et hurlantes de vĂ©ritĂ©, m’ont fait frissonner, m’ont rendues dolente en attente de douleurs dĂ©licieuses. Un film entier ? Je n’en connais point, et je n’arrive pas Ă l’envisager comme un plaisir solitaire.
En revanche, voir un film en sachant que, avant mĂŞme le mot fin, je serai dans la position de l’actrice et je subirai ses tortures, non seulement me permet de le regarder avec excitation et aviditĂ©, mais cette excitation est potentialisĂ©e par l’anticipation. Je serai elle. Je peux me projeter, oublier la mĂ©diocritĂ© du propos, sortir des considĂ©rations esthĂ©tiques, laisser la pulsion mener le bal.
Tu devras peut-ĂŞtre m’obliger Ă regarder des scènes qui me rĂ©voltent, ou me gĂŞnent. Tu me rappelleras que tout Ă l’heure, ce sera moi. Tu me branleras pour me faire jouir devant ces images qu’hier encore je refusais. Tu exigeras que je te dise mon plaisir, mon trouble, ma honte. Et quand je serais attachĂ©e, obscène, cuisses Ă©cartĂ©es, cul par-dessus tĂŞte, poignets liĂ©s aux chevilles, impuissante, je saurais exactement ce qui va suivre. Le dĂ©jĂ -vu ne sera pas qu’une impression.
Ou pas.
Que la fĂŞte commence.
posté le 11/03/2009 | 3235 vues | 14 commentaires | tags: lectrice voyeuse BDSM fantasme | une personne a aimé
@AngeGardien : merci d’avoir prĂ©cisĂ©, Ă force de nager dans le mĂŞme bocal, ou oublie les bulles.
@Eva D : mille mercis et Ă vous de jouer !
Texte tout bonnement jouissif, autant du point du fond que de la forme :)
je suis conquise, j’adore comment ce texte est rĂ©digĂ© . Je fantasme Ă©galement beaucoup sur les Ă©changes SM. merci pour ce moment d’extase (je me demande qui se cache derrière, en tout cas je suis Ă©moustillĂ©e!!)
ah mamzelle je pensai que c’Ă©tait toi qui avait Ă©crit ce texte vu que c’Ă©tait de la littĂ©rature…
de la haute voltige , ca donnerai envie d en lire 100 pages, assise sur le rebord d’un tabouret, les mains liees au niveau du visage
@xena : dans quelques heures, je redeviens citrouille et tu sauras qui est derrière
@Mamzell et JelizaRose : vous me flattez, les filles, mon ego se rengorge !
@Bricabrac : cela ne m’Ă©tonne qu’Ă moitiĂ© que ce soit toi qui aie Ă©cris ce texte lol
Bises
L’Ange
Mon Dieu… Aurais-tu vu “mon” film de rĂ©fĂ©rence sur les rapports de domination/soumission, Ă savoir “La secrĂ©taire” avec la dĂ©licieuse Maggie Gyllenhaal ? Sinon, Ă voir, chĂ©rie, Ă moins que tu trouves ça “vanille”…
@AngeGardien : et l’autre moitiĂ© ? (rires) Bises
@Storia-lafemelle : je le trouve pas “vanille”, et surtout, je le trouve psychologiquement beaucoup plus juste que tout un tas d’autres films plus connotĂ©s. Si tu ne l’as pas vu, je te suggère un film corĂ©en, “Lies” (Fantasmes) de Jang Sun-woo. Tu dois en trouver quelques extraits sur Youtube, chĂ©rie.
En ce qui me concerne, je suis dans cette problĂ©matique, mais uniquement dans un cadre cĂ©rĂ©bral, et surtout professionnel. Je suis presque masochiste avec mes patronnes. En gĂ©nĂ©ral, mes supĂ©rieures directes ont toutes le mĂŞme profil : la cinquantaine Ă la fois maternante et autoritaire, très ancrĂ©es dans leur travail au point de nĂ©gliger leur vie de couple… Maman a 55 ans, en pleine procĂ©dure de divorce, directrice d’Ă©cole… Aurais-je un grave complexe d’Oedipe lesbien ?
@ Storia : cela peut ĂŞtre tout aussi bien de l’admiration et un dĂ©sir secret d’ĂŞtre comme elles
@BĂ B : l’autre moitiĂ© ? n’importe qui mais sachant que j’ai dĂ©couvert ce site sur ton blog … mes commentaires signĂ©s Yannick
L’Ange
NB : Avant de commenter, rendez-vous sur la charte des commentaires
Vous devez vous identifier pour pouvoir laisser un commentaire.
Some kind of unreal music #18 L'année 2012 en musique, du moins le début : Storia nous en fait un rapide tour d'horizon !
Les chroniques menstruelles d'Ovary #4 Des lunettes sinon rien : c'est la nouvelle lubie d'Ovary en plein dérèglement hormonal !
Aux douze coups de minuit ! 2011 était cool, Ladies (plus ou moins) mais 2012 le sera davantage encore !
N’empêche que ce matin, j’étais super fière de moi : j’ai réussi à conduire ma fille à l’école ! Alors merci, je sais, c’est loin d’être un exploit. Entre parenthèses, je suis heureuse de votre intervention...
La mécanique était parfaite, le discours bien huilé. Comme un symbole, l’annonce que l’on attendait depuis des semaines avait été faite un vendredi 13 et elle résonnait encore comme un coup de tonnerre. La note du pays avait...
Je passe une nuit agitée. Réveillée vers trois heures du matin par un cauchemar angoissant. Je tourne et retourne dans mon lit dans l'espoir de retrouver le sommeil. J'essaie d'avoir des pensées apaisantes. Songer à ce que...
C’est l’histoire d’Aurélien, un petit con de 26 ans à l’époque qui balançait l’histoire d’un mec qui surprend sa petite amie avec un autre et qui débite dans un rap plein de fiel tout le malheur qu’il lui souhaite...
Le 11 janvier 2012, les « lego friends » envahiront les magasins de jouets français. Ils ont déjà inondé le marché anglais et américain. Cette nouvelle gamme serait plus girly...
Pour tous ceux qui aiment la littérature ! Il s'agit d'une saga dont on ne peut pas décrocher, dans un monde où la magie, la guerre et la diplomatie s'entremêlent, où la haine côtoie l'amour...
fantasme très intĂ©ressant mais soit dit en passant “vanille” veut dire “non BDSM (Bondage Domination Sado-Masochisme)”
L’Ange