La nuit, je ne dors pas. Ou pas assez. Il y a toujours quelque chose qui ne va pas. Trop chaud, trop froid, trop mangé, trop bu, pas assez mangé, pas assez bu… au moindre bruit, je ne peux fermer l’oeil. Et je ne dors que couchée sur le ventre, autrement je somnole. Bref, mon état par défaut, c’est le non-sommeil, voire l’agitation, à tel point que j’ai besoin de me souvenir de techniques de relaxation apprises à des cours de yoga pour m’apaiser.
Un autre moyen pour lâcher prise est la masturbation. Je convoque des sensations enfouies, éprouvées avec tel ou tel, parce qu’il m’a fait jouir, même si par ailleurs c’est un salopard. Il m’arrive de mixer les souvenirs et d’imaginer faire l’amour avec l’homme que j’ai le plus aimé, avec qui c’était merveilleux mais jamais parfait pour une raison ou pour une autre, et avec qui je ne le ferai plus.
J’aime imaginer être totalement offerte à mon homme, non pour être à sa merci mais pour jouir pleinement de son étreinte, sans parasitage hypervigile. La première fois que nous nous sommes retrouvés au lit, un après-midi, nous avons tous deux été surpris par l’intensité de notre désir, mais nous n’avons pas pu jouir ensemble. Je l’ai écrit dans mon journal fin juillet 2008, dont je vous livre des extraits.
Arrivés chez G. je l’ai laissé prendre sa douche en premier puis j’y suis allée, me laver les cheveux aussi. Quand je suis venue le rejoindre nous avons fait la sieste, enlacés puis nous avons pas mal poussé le flirt, je lui ai demandé « viens sur moi ». Il m’a dit alors, « tu es craquante ». J’étais très excitée, il m’avait fait mouiller toute la journée, réveillant des sensations très fortes, un vrai désir. Je lui ai avoué qu’on ne m’avait pas touchée comme cela depuis longtemps. En fait, personne ne m’a touchée comme cela avant, il a éveillé en moi une infinie tendresse dont je ne soupçonnais pas être capable de faire preuve.
Ce soir-là , en rentrant du restaurant, nous sommes retournés dans cette chambre…
C’est drôle comme nous sommes restés habillés parce qu’on savait que la première fois, ce qu’il faut, c’est se déshabiller progressivement. Longs préliminaires. A un moment donné, je lui demande d’enlever le pull, il est imberbe, très beau de corps. Je me serre contre lui, lui me dit « je cherche les défauts ». [Je lui avais dit dans la journée, que j’en avais comme tout le monde] (…) Bon, je lui avais dit que je pensais souvent à autre chose pendant le sexe. Ça n’a pas loupé, j’étais embêtée de ne pas être totalement concentrée comme d’habitude. Plus j’y pensais, plus je pensais à autre chose. Il m’a dit qu’il avait été sur le point de jouir à plusieurs reprises, mais qu’il s’était retenu parce qu’il n’avait pas envie de jouir tout seul. Il me dit que j’étais « loin ».
Je l’ai un peu mal pris mais qu’y faire ? (…) Il m’a fait jouir assez patiemment. Puis au moment où on avait fermé la lumière je lui ai fait une pipe monumentale, gorge profonde. Je crois que je suis très douée parce qu’il n’a pas pu s’empêcher de crier [nous ne souhaitions pas faire de bruit, n’étant pas seuls dans cette maison]. Et j’ai avalé, et je me suis léché les doigts. (…)
On a refait l’amour plus classiquement le lendemain matin et il a joui. (…) Nous avons pris le café sur le balcon au soleil, au milieu des fleurs. (…) Je lui ai dit « on monte », je n’en peux plus de ne pas le toucher, puis j’ai un peu regretté cet élan, je suis allée faire la vaisselle. (…) [Ce matin-là ] il m’a observé longuement le visage quand j’avais les yeux fermés. Il trouve que je ressemble à cette photo de Man Ray avec le masque. Il me trouve belle et me le dit. Avec lui je me suis sentie si belle, en arrivant lundi à Paris, après m’être lavé les cheveux j’ai eu l’impression d’irradier.
C’est un peu passé maintenant, hélas. Combien de temps est-il resté à me toucher le visage, à le contempler ce dimanche matin ? J’aime me laisser faire, j’aime qu’il me touche, qu’il me regarde… [Le dernier soir] il parle de rester éveillé toute la nuit. Les caresses sont bonnes mais son sexe « calme », comme ça lui arrive au début de ses relations, rien à voir avec moi, je lui dis que je suis intimidante, il me dit que ce n’est pas ça. Il sent me dit-il, la force de mon désir. Déjà le matin, après la douche, je lui avais demandé de m’aider à me mettre de la crème dans le dos et ses caresses m’excitaient.
Je n’avais que la serviette autour de moi et il était étonné, quand il a touché mon sexe, de le trouver si humide. Je plaisante en disant que je suis mouillée parce que je sors de la douche. Le lendemain, il m’excitait encore plus par le souvenir de la veille. (…) il ne s’explique pas comment je peux le désirer autant et je lui dis que je ne l’explique pas non plus.
Quelques mois plus tard, nous nous sommes revus. Comme l’écrit si élégamment Alice Ferney dans La Conversation amoureuse, « la fièvre paralysante du plaisir imaginé par avance aurait fait de ce rendez-vous un fiasco. Il fallait à ce moment que Gilles André soit plus frivole que bouleversé».
Or mon amoureux était bouleversé. Dimanche 5 octobre 2008, j’écris dans mon journal :
Nous n’avons donc pas fait l’amour ce week-end. C’est un peu frustrant mais je me souviens aussi qu’il m’avait reproché d’être « ailleurs » quand on l’avait fait [la première fois]. Peut-être qu’il y aurait eu trop de pression pour moi, je n’ai pas réussi à profiter totalement de son étreinte, à me laisser aller, parce que je savais qu’il partirait très vite.
Pendant que je le serrais, j’avais envie de lui dire « je t’aime » et « mon amour » mais je me suis retenue. Je l’ai pensé très fort pour que ce soit transmis d’une manière ou d’une autre. Ça y est, je pleure. Depuis ce jour, je n’ai de cesse d’imaginer ce que ça aurait été entre nous, si chacun de nous avions eu le temps de lâcher prise…
(cc) misspiano
posté le 07/03/2009 | 1185 vues | 1 commentaire | tags: étreinte lâcher prise fesse cachée masturbation amour | une personne a aimé
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