-Vous êtes bien installée dans le divan ? On peut commencer la séance?
-Bien, parlez-moi de votre première fois ?
-Ma première fois ?
-Oui. Qu’est-ce-qui vous passe par la tête quand je dis première fois ?
-Quand vous dites première fois, je pense au vélo.
-Comment cela ? Développez s’il vous plait. Votre point de vue m’intéresse, en vingt cinq ans de consultation, je n’ai jamais entendu réponse si saugrenue. Je vous écoute.
-Prenons la première fois où j’ai fait du vélo, docteur. Mon père tient le vélo et m’aide à avancer. Puis il effectue une légère poussée et me voilà qui avance toute seule. J’entends derrière moi mon père crier : « C’est bien, tu avances toute seule. Continue tout droit, tu vas y arriver. » Fière de moi, je me retourne et boum ! Je tombe, forcément. Après cela, je ne voulais pas tenter à nouveau l’expérience – quand on se casse la gueule une fois, on n’a pas forcément envie de remettre le couvert - mais mon père a insisté - et il a eu raison d’ailleurs – si bien que deux jours plus tard, j’enfourchai mon vélo. La deuxième fois fut la bonne. Je savais enfin faire du vélo.
Après, il y a eu la première fois où j’ai embrassé un garçon. A quatorze ans, on se dit qu’il faut se lancer, qu’il va être temps d’embrasser un garçon avec la langue. Surtout si, comme moi, on a commis l’erreur de dire qu’on l’avait déjà fait mais qu’au bout de six mois aucun élève de la classe ne vous a vue en pleine action : les copains commencent à douter de la véracité de vos propos et vous mettent la pression ; alors si on veut cesser d’être la cible de leurs sarcasmes, il n’y a qu’une solution, prendre son courage à deux mains, dégotter un volontaire et l’embrasser lors d’une boum. Je n’avais pas choisi le bon garçon : il a enfoncé une langue énorme –tellement énorme que je l’ai surnommé langue de bœuf par la suite – j’ai failli finir asphyxiée et ce taurillon me bava copieusement dessus. Vous parlez d’une réussite pour une première fois.
Mais finalement, lors d’une première fois, on n’a pas de repère, on a rien pour comparer, alors on se dit que ça doit être comme ça un point c’est tout. Ma première expérience de bouche à bouche a finalement été aussi concluante que ma première fois à bicyclette : la claque. J’ai attendu un bon bout de temps avant d’embrasser à nouveau un garçon. Et, comme pour le vélo, c’est la deuxième fois qui s’est révélée concluante. Le numéro deux était tout le contraire du numéro un, j’aurais pu rester collée à ses lèvres pendant des heures. J’y ai pris goût, c’est le cas de le dire. Ce fût une révélation : ma véritable première fois en matière de baiser.
J’ai grandi et ne me suis plus contentée de flirter. J’avais un amoureux du même âge et tout aussi inexpérimenté que moi. C’est bien joli tout ça, mais on fait comment la première fois quand ni l’un ni l’autre ne sait s’y prendre ? Bah, on a improvisé. Ce n’était ni bien, ni nul, c’était un premier pas, un balbutiement. Absolument pas traumatisant, fort heureusement, pas l’extase bien sûr. Et ce que j’en garde, c’est un souvenir amusé et tendre : deux adolescents qui ont fait du mieux qu’ils pouvaient, le genre d’expérience qu’on souhaite à sa fille de connaitre le jour où elle décidera elle aussi de perdre sa virginité. Juste un joli amour de jeunesse.
Le corps lui ne garde pas souvenir des ces sensations, quelles sensations d’ailleurs ? Des caresses maladroites, des gestes empruntés, des baisers timides. Rien qui enflamme, qui donne le vertige, qui irradie depuis votre nuque jusqu’au bas de votre colonne vertébrale. Pour cela, il faudra bien souvent attendre une seconde fois.
L’expérience nous fait toujours défaut mais pas à lui, en qui on a confiance. Il nous guide et l’on s’abandonne. On est surprise par ses caresses audacieuses qui nous font découvrir notre propre corps mais on lui demande de continuer car on connait enfin la jouissance : on ressent le plaisir pour la première fois. Dorénavant, notre corps ne pourra plus vivre sans. Notre nuque réclamera désormais d’être embrassée, nos seins attendront d’être pressés, notre corps tout entier voudra être possédé. C’est cette première fois là qui nous fera aimer l’amour. Quand je vous dis que la seconde est la bonne !
Et puis l’amour, c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas.
-Parfait, votre séance s’est bien passée. Nous avons à nouveau rendez-vous la semaine prochaine. Je vous raccompagne à votre voiture ?
-Merci Docteur, ce n’est pas la peine, je suis venue à vélo.
posté le 04/03/2009 | 2416 vues | 4 commentaires | tags: premiere fois experience fesse cachée | 2 ont aimé
Très joli effectivement, et léger. Et vive la chute qui m’a fait sourire :)
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c’est joli et j’ai adoré la chute (de vélo)
Bises
L’Ange