Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

25. mai 2012

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JelizaRose

Revolutionary Road (Les Noces Rebelles)

Article sélectionné par BritBrit lors de la semaine de rédaction en chef

Revolutionary Road (Les Noces Rebelles)

Au cĹ“ur des annĂ©es 60, Frank (leonardo Di Caprio) et April (Kate Winslet) Wheeler forment un couple de jeunes gens beaux, intelligents, sis confortablement dans une banlieue tranquille de la classe bourgeoise supĂ©rieure, mais le tableau n’est jamais bien riant : s’installer dans une coquette maison sur Revolutionary Road ne semble qu’exacerber leur sentiment d’Ă©touffement et de lassitude : les Wheeler se sentent enclavĂ©s dans la banalitĂ© de leur vie, qui est loin de ressembler Ă  ce dont ils avaient rĂŞvĂ© pour eux-mĂŞmes, une existence bohème et prĂ©cieuse de personnages qu’ils croient hors du commun.

film-les-noces-rebelles.jpgAdaptĂ© d’une nouvelle de Yates, et rĂ©alisĂ© par Sam Mendes (American Beauty), ce film ciselĂ© au rasoir est le cri silencieux d’une lame rouillĂ©e dans le rembourrage d’un fauteuil de style, la dernière volute de fumĂ©e d’un mĂ©got froid figĂ© entre des doigts impassibles gantĂ©s de blanc, un blĂŞme après-midi de printemps.

Un cauchemar moelleux qui se dĂ©vide lentement et avec prĂ©cision dans le dĂ©cor parfait des banlieues amĂ©ricaines de la Cote Est, sur la pelouse de devant taillĂ©e aux ciseaux Ă  ongles, dans les verres en cristal qu’on vide trop vite, entre le morne trajet du matin pour aller au bureau et le las trajet du retour, incroyablement morne, parmi les sosies en costume 3 pièces et attachĂ©s-cases qui descendent lourdement les escaliers de la gare.

Sam Mendes est un orfèvre du dĂ©tail : des meubles de bon goĂ»t style mid-century danois, aux tenues de kate Winslet pâles et minutieusement coupĂ©es, Ă  la bande-son Ă©paisse comme une chape de bĂ©ton, tout est peut-ĂŞtre trop parfait, trop insistant. Ça pourrait ĂŞtre pris, prĂ©sentĂ© partout - comme Ă©videmment ici aux US ça l’a Ă©tĂ© - comme encore un autre film sur la dĂ©liquescence d’un mariage trop parfait, l’autopsie d’un American Dream ranci, lancĂ© Ă  fond sur la highway des convenances, sans jamais d’exit possible.

L’histoire tellement actuelle du Mariage Ă  l’amĂ©ricaine, toujours grandiose et prĂ©coce, mais qui refuse de se voir mourir, asphyxiĂ©e dans le silence et la petitesse d’esprit. C’est bon les gars, on vous a grillĂ©s Ă  vue, dans l’affiche officielle vous avez voulu rĂ©cupĂ©rer le sentimentalisme Ă  la con de Titanic. En version pastel cette fois. Ça va faire vendre, sĂ»rement, mais vous ĂŞtes Ă  cĂ´tĂ© de la plaque.

Car ce film est tout sauf un film sentimental, et bien plus qu’un film sur le Mariage. Certes, il peut ĂŞtre regardĂ© du point de vue fĂ©minin du couple, du cĂ´tĂ© de Winslet qui sait nuancer chacune des puissantes facettes de son personnage : l’intelligence pragmatique, la ferveur en ses rĂŞves, son Ă©mancipation, sa façon d’assumer son corps et ce qu’elle est avec une volontĂ© de fer, qui dĂ©note Ă  une Ă©poque oĂą la femme n’est qu’une poupĂ©e de cire qu’on installe chaque jour devant la fenĂŞtre qui donne sur le jardin.

Il peut aussi ĂŞtre vu du point de vue du mari, Di Caprio, qui se retrouve confrontĂ© Ă  l’hypocrisie de son milieu professionnel, ses pulsions personnelles, l’arrivisme et le regard rĂ©probateur de son voisin. Ce film est le tĂ©moignage glacial sur l ‘hypocrisie de la sociĂ©tĂ© de la fin des annĂ©es 50, l’Ă©tau de la conformitĂ©, la frustration et le dĂ©calage entre la machine implacable des morales de fer et les dĂ©sirs personnels.

C’est aussi un film sur une pĂ©riode impertinente, de contraste, celle de l’AmĂ©rique flamboyante qui fume et boit les pieds sur le bureau, baise et vient changer de chemise au bureau, sous le nez des opĂ©ratrices du standard tĂ©lĂ©phonique et des secrĂ©taires tremblantes parquĂ©es dans leurs open-space, qui s’Ă©changent en pouffant des nouvelles Ă  l’eau de rose et des potins croustillants. L’Ă©poque oĂą mettre des mains aux fesses n’est pas encore considĂ©rĂ©e comme du sexual harassment, et oĂą la silhouette de fortunes sans prĂ©cĂ©dent grandit sans cesse dans les chromes rutilants du Chrysler building .

En cela, le film est très proche de Mad Men. On y retrouve le mĂŞme personnage gominĂ©, clope au bec, sĂ©ducteur, arriviste sanglĂ© dans ses bretelles, qui refuse toute forme d’implication en tout genre, tiraillĂ© entre ses brillantes maĂ®tresses des lofts de la City, le miroir des empires possibles Ă  bâtir, et sa blonde femme de banlieue qu’il vient retrouver dans l’ambiance plombĂ©e des goĂ»ters d’anniversaire, avec les voisins inquisiteurs et suspicieux, car il s’est encore trompĂ© dans la couleur du glaçage du gâteau.

C’est aussi un des films les plus fĂ©ministes de l’annĂ©e : comme dans Mad Men, une femme, aussi Ă  l’aise dans son Ă©poque qu’un serpent d’eau au milieu du dĂ©sert de Gobi, en avance sur son temps, frondeuse et entière, essaie de sortir du chemin tracĂ©, et tente de s’engager sur Revolutionary Road. A ses risques et pĂ©rils puisque le titre est d’une effroyable ironie grinçante (* Spoiler Alert*).

Ce film, inerte dans le scĂ©nario et l’action, est l’un des films les plus violents que j’aie vu cette annĂ©e (avec Le Liseur, toujours avec Winslet). Un film un peu trop “amĂ©ricain”, donc tirĂ© Ă  4 Ă©pingles, un peu trop “joli”, qui n’a pas la virtuositĂ© sautillante de Mad Men. Un film qu’on a l’impression de regarder de loin, comme Ă  travers de lourdes lunettes en corne. Mais un des grands films amĂ©ricains de cette annĂ©e tout de mĂŞme.

 

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Derniers commentaires

 

Absolument d’accord!!


 

encore un film qu’il faut que j’aille voir. Les apparences sont tromeuses. Si ce film est dans le genre d’American Beauty il doit ĂŞtre bien!


 

Je suis d’accord, c’est un très bon film, mon premier choc de l’annĂ©e. Et il est justement intĂ©ressant de faire entrer ce film en rĂ©sonance avec Titanic, je pense que le choix des acteurs n’est pas DU TOUT innocent, de la part de Sam Mendes (mĂŞme s’il s’agit effectivement des deux meilleurs de leur gĂ©nĂ©ration, et pour Winslet, de la femme du rĂ©alisateur :D).


 

Je ne l’ai pas vu, mais je l’ai lu… et je peux t’assurer que ce n’est pas une nouvelle, mais bien un bon gros roman :)


 

desolee, j ai fait un anglicisme, a force de plus parler francais ici :-) j ai oublie que novel c est roman :-)


 

:)

sinon j’ai bien aimĂ© ton article, c’Ă©tait pas une critique gratuite hein ^^


 

pas de probleme !! ca se lit facile ou c est un peu “lourd” ? T en as pense quoi?


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