Article sélectionné par BritBrit lors de la semaine de rédaction en chef
Moi et la science, c’est vrai que c’est pas le grand amour. Mais quand elle implique des sujets attraction-répulsion avec un soupçon de polémique, je dois dire que ça me parle tout de suite plus. Je parle évidemment de « Our Body – A corps ouvert», l’exposition anatomique faite de…vrais corps humains ! Il ne m’en fallait pas plus pour réveiller mon côté dark-gore-pouark, je devais voir ça de mes yeux et en même temps réviser ma biologie (croyez-moi c’est pas du luxe).
Un petit mail collectif pour convier des potes : le sujet dégoûte, certains ont peur de ne pas pouvoir supporter, une chose est sûre, cette expo dérange. Trois courageux décident tout de même de m’accompagner.
Armée d’une bouteille d’eau et de malabars à foison au cas où moi et mes camarades aurions une envie saugrenue de tomber dans les pommes, nous voilà dans la (longue) file d’attente du musée, pour 35 minutes de queue : et oui, déjà 30 millions de curieux dans le monde ont vu l’expo, malgré les polémiques qui l’entoure, et elle semble toujours attirer autant.
Il y a effectivement un débat d’ordre éthique sur la provenance de ces cadavres chinois qui ont légué leur corps à la science certes, mais dont on ne peut être sûr qu’ils étaient consentants pour l’exposition de leurs dépouilles dans une expo. S’ajoute à cela un problème d’ordre lucratif : et ouais, ça rapporte beaucoup d’argent tout ça (15 euros l’entrée, tout de même) et la commercialisation du corps, en France c’est interdit…
Le concept de l’exposition est d’être à la fois artistique et éducative : certains cadavres sont « mis en scène » : en train de jouer au foot, aux échecs, de faire du vélo etc., histoire de nous montrer comment le corps marche à ce moment là , aussi bien au niveau des os que des muscles ou des veines/vaisseaux. Les concepteurs de l’expo n’ont d’ailleurs pas hésité à peinturlurer grossièrement des éléments (surtout des veines pour qu’on voit mieux) pour qu’on voit où ça passe.
Sont également exposés des parties de corps, regroupées en 6 secteurs :
• le système musculo-squelettique
• le système nerveux
• le système uro-génital
• le système respiratoire
• le système digestif
• le système cardio-vasculaire
Pour les grosses quiches en biologie, c’est sûr qu’on se couche moins con, et ça c’est cadeau.
Là comme ça en lisant à froid vous vous dites « berk », mais une fois immergé dans l’expo, on est plus dans l’optique «scientifique» du truc, même si certaines « pièces » nécessitent pour les plus sensibles un petit moment d’hyperventilation pour tenir le choc… Les os ça va, vu qu’on a tous plus ou moins déjà vu des squelettes de momie au musée. Les nerfs et vascularisations aussi, même si du coup on pense à tous ces petits désagréments type ces horribles crampes du pied quand on s’étire ou les torticolis. Pour tout ce qui est tripaille et compagnie, y’a rien de pire que chez le boucher, on réalise pas vraiment que ce sont des organes humains (mais j’étais contente d’être végétarienne, pour ma part, la bidoche humaine ressemblant en tout point à la bidoche animale - de la palette et du poulet, pour être précise). D’ailleurs à un moment y’a une tranche de foie, enfin j’dis ça, j’dis rien.
Pour ma part, le placenta, les systèmes uro-génital, et le scalp de peau de tout un corps (Ambiance Dragon rouge) j’avoue j’ai soufflé un bon coup, mais rien d’horriblement choquant, globalement, et rien qui ne m’ait filé la nausée.
Le seul vrai froid dans le dos que j’ai eu, c’est pour le cadavre entier découpé en tranche à la verticale, le tout mis sous verre… Du coup on voit exactement l’intérieur du corps humain dans son intégralité, tranche par tranche… A la dernière plaque, pas de doute, c’est bien un dos, de la peau et des fesses humaines poilues collées à la vitre…
Les cadavres mis en scène, avec le procédé de conservation qu’ils ont subi (les fluides corporels sont remplacés par des polymères afin de créer un spécimen anatomique solide et durable) on oublie que ce sont des vrais. Ce qui nous rappelle la réalité de ces cadavres, ce sont les détails : pores de la peau, poils, dents et surtout les yeux ! (le miroir de l’âme ne dit-on pas ?)
Le but de l’expo est que les visiteurs partent avec une meilleure connaissance de l’anatomie, des fonctions du corps, et une meilleure appréciation de leur santé (la gueule des poumons de fumeurs, ça calme grave). C’est vraiment intéressant de pouvoir visualiser ce qu’il se passe quand arrivent les maux dont on entend souvent parler (rupture des ligaments croisées, déplacement d’une vertèbre, crampe etc.).
Au final c’est une exposition extrêmement enrichissante, que je recommande chaudement, ne serait-ce que pour mieux se connaître… de l’intérieur. Et aussi si par exemple vous comptez un jour briller à Qui veut gagner des millions et claquer la bise à Jean-Pierre Foucault : savoir que le stapedius est le plus petit muscle du corps humain (il est dans l’oreille), bein ça peut servir !
Concernant l’ambiance, c’est calme, mais pas non plus solennel. J’ai moi-même piqué quelques fous rires, et je suis loin d’être la seule. Il y a d’ailleurs des petites phrases que vous entendrez 27 fois à peu près :
- Sympa cette épiphyse proximale, je m’en ferais bien un pendentif
- Je me taperais bien un os à moelle/pâté de tête/salami/rognons
- J’ai l’impression qu’il me regarde
- Ah c’est là le foie/pancréas/estomac
- C’est si gros que ça un colon ?
- Wouha c’est beau quand même (pour tout ce qui est vascularisation qui ressemblent à des coraux, ou alors pour l’esthétisme sinusoïdale des cerveaux !)
Our body – A corps ouvert
Espace 12 Madeleine
12, boulevard de la Madeleine
15,50 euros (13,50 pour les -26, chômeurs, étudiants, etc.)
De 12 h Ă 20 h du lundi au jeudi, de 12 h Ă 22 h le vendredi, de 10 h Ă 20 h le week-end. Jusqu’au 23 mai, puis au Parc floral jusqu’au 23 aoĂ»t.
posté le 23/02/2009 | 3186 vues | 5 commentaires | tags: Our body corps humain exposition
Oh lĂ . J’avais entendu parler de cette exposition lorsque j’Ă©tais Ă New York. Mais je n’ai jamais oser franchir la porte. Je suis flipĂ©e.
Pourtant à la lecture de ton article, je suis moins effrayée peut-être que ça vaut le coup finalement.
Quoique je voudrais pas tomber dans les pommes non plus !
Pas pire que les dysections auxquelles j’ai assistĂ©es: au moins Ă l’exposition, tu n’as pas l’odeur!
En tout cas tu as raison, la chair humaine vidée de son fluide (sang, lymphe et compagnie) ressemble beaucoup à de la chair de volaille.
Tu reprendrais bien un chicken wings? Bon appétit! ;-)
Je suis partagĂ©e entre l’envie d’y aller par curiositĂ© et le dĂ©gout que provoque les diffĂ©rences Ă©numĂ©rations. La science te moi ça fait deux mais bon parfois la pĂ©dagogie ça aide;. Je verrais si je suis motivĂ©e unde ces quatres et j’mebarquerais d’autres courageux.
En justice, Ă©thique, science, et art, difficile Ă prendre position. NĂ©anmoins, comme aux rĂ©actions vues dans les mĂ©dias et mĂŞme lu dans l’article, j’ai pu ressentir un intĂ©rĂŞt scientifique, je crois que cette exposition permet sans doute de faire prendre conscience de qui nous sommes.
En tant que juriste, et attachĂ©e Ă cette règle de l’interdiction de mercantilisme du corps humain, c’est vrai que je me suis posĂ©e la question. NĂ©anmoins, ici, je crois qu’il y a en effet plus l’aspect scientifique, qui a sans doute dĂ©passĂ© l’aspect artistique. Trop loin, je ne suis pas allĂ©e voir l’exposition, mais j’avoue que j’aurais Ă©tĂ© curieuse.
Christelle
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