Histoires

De la réussite des femmes

Article sélectionné par BritBrit lors de la semaine de rédaction en chef

Vendredi 2 février, 9h. Place Victor Hugo. Paris XVI ème arrondissement.

De la réussite des femmesRendez-vous est pris avec la psychologue clinicienne et psychanalyste, Monique de Kermadec, qui travaille avec des adultes à fort potentiel. Le thème de notre entretien est la réussite des femmes dans la société française. Monique de Kermadec termine d’ailleurs l’écriture de l’ouvrage « Réussir en France aujourd’hui », en collaboration avec Dominique Rizet, grand reporter.

L’entretien va durer deux heures : deux heures tout à fait passionnantes, deux heures pendant lesquelles alterneront questions, conseils, mais aussi anecdotes illustrant notre propos et les expériences de chacun des intervenants. En effet, impossible lors de cette enrichissante conversation à bâtons rompus de ne pas analyser sa propre existence, sa propre réussite.

Dans un premier temps, nous tenterons de définir la réussite, notion ô combien subjective. Dans un second temps, nous évoquerons la réussite de la femme au sein de la société française, comment elle peut se donner les moyens de réussir sa vie. Enfin, nous tenterons de donner quelques conseils aux mères afin qu’elles puissent aider leurs enfants à réussir.

Tentons tout d’abord de définir cette notion de réussite.

La notion de réussite est tout à fait subjective. La société actuelle a une conception de la réussite qui est très matérialiste : celui qui a réussi a fait fortune. Cependant, tous les individus n’ont pas cette même appréhension de la réussite. Monique de Kermadec le dit bien : « Il y a autant de définitions de la réussite qu’il y a d’individus ». Telle personne estimera qu’elle aura réussi parce qu’elle sera parvenue à augmenter le chiffre d’affaire de la société qui l’emploie. Telle autre aura une vision de la réussite plus spirituelle : « j’ai réussi ma vie car j’aide autrui » ou encore, « je ne peux envisager une vie réussie sans la pratique d’un instrument de musique ». Un quatrième individu aura besoin de partager son temps de manière équitable entre son travail et ses enfants.

On le voit bien chaque personne a finalement un besoin fondamental de donner du sens à sa vie. Donner du sens à sa vie, c’est laisser une trace, si petite soit-elle, de son passage sur terre ; l’homme doit pouvoir se dire « ma présence a apporté un petit quelque chose », « j’ai été utile. »

Ce sentiment d’avoir réussi sa vie peut se ressentir à tout âge. Il n’est pas rare qu’à la retraite on se réalise enfin. Les seniors ont du temps, du temps pour faire ce dont ils ont toujours rêvé, du temps pour s’accomplir, du temps pour finalement réussir. On ne confond plus vieillesse et retraite. Le retraité reste actif. La retraite est devenue une « nouvelle vie » qu’on s’efforce de réussir au même titre que le reste de notre vie.

Étudions maintenant la réussite de la femme au sein de la société française et les atouts dont la femme dispose pour accéder à cette réussite.

Les femmes veulent réussir que ce soit leur vie professionnelle ou leur vie familiale. Mais ne nous méprenons pas : il n’y a pas deux réussites ! La vie est un tout. Pas facile alors de tout gérer : le travail, le couple, les enfants. Dès leur plus jeune âge, on serine aux femmes qu’elles doivent être parfaites : des petites filles sages, sérieuses, posées et travailleuses à l’école, des mères douces, attentionnées et disponibles, des épouses aimantes. C’est une attitude très culpabilisante pour les femmes si bien qu’il est extrêmement difficile, une fois à l’âge adulte, d’accepter cette donnée pourtant fondamentale « je ne suis pas parfaite ». Nous ne sommes pas parfaites, et alors ? Notre vie sera-t-elle moins réussie à cause de cette imperfection ? Bien au contraire : cette constatation est d’ailleurs nécessaire à notre épanouissement. Cessons de culpabiliser !

Et malgré cette imperfection, nous avons bien des outils à notre disposition pour nous aider à réussir notre vie. De fait, les femmes s’ouvrent davantage que les hommes par la parole, ce qui est un atout considérable : la femme peut ainsi rechercher une aide, sortir de sa solitude, consulter. Monique de Kermadec prône les échanges intergénérationnels : on apprend énormément des autres générations ; dialoguer avec ses grands-parents, ses parents, est extrêmement enrichissant. Faire partie de réseaux est aussi un atout indéniable. Bénéficier d’un réseau familial (famille dans le Who’s who ou le Bottin Mondain) est un facteur de « chance » ; il en est de même si l’on a des amis biens placés ou des connaissances qui ont réussi. Ce maillage relationnel tient une part de plus en plus importante dans la réussite.

Le couple aussi est une aide, à condition de bien choisir son conjoint : la psychologue insiste particulièrement sur ce point. La passion n’a qu’un temps. Il faut choisir son conjoint en fonction de son choix de vie. L’homme et la femme doivent pouvoir compter l’un sur l’autre, se soutenir. Il faut qu’au sein du couple il y ait de la place pour réussir pour tous les deux : mais attention, la réussite est individuelle ! Pour illustrer ce propos, prenons l’exemple du couple Isabel Marant – Jérôme Dreyfus : chacun a réussi de son côté puisque chacun a sa propre maison de couture. Au contraire, la femme de Christian Lacroix, qui travaille avec son époux, s’est mise au service de la réussite de son mari.

Mais dans tous les cas, la femme est libre de sa décision. Si le mari se transforme en dictateur, la femme peut choisir de partir, ou non. Cela induit bien sûr l’autonomie financière de la femme. Cette autonomie financière est l’une des clefs de la réussite : la femme doit pouvoir s’assumer, être autonome. Celui qui a le pouvoir est celui qui apporte l’argent. Mais qui dit pouvoir ne dit pas obligation de se transformer en homme. Défendons nos avantages durement acquis par nos mères et nos grands-mères, certes, mais sans renier notre féminité, nous n’en serons que plus respectées, et ce, même lorsque nous travaillons dans un milieu très masculin. La fermeté n’exclut pas la féminité.

Maintenant que nous avons énuméré quelques unes des cartes dont dispose la femme pour réussir sa vie, tentons de donner aux mères quelques conseils afin qu’elles puissent aider leurs propres enfants à réussir à leur tour.

Avant toute chose, il est utile de rappeler qu’à notre époque encore, les garçons sont davantage poussés que les filles. Les parents espèrent toujours donner naissance à des garçons : le nom de famille se trouve ainsi pérennisé. De plus, les parents ont toujours plus d’ambition pour leur fils. Cette préférence inconsciente a été révélée par une enquête française menée en 1992 (1) : après vingt ans, les dépenses consacrées à la scolarité des garçons dépassent de 20 % celles des filles. Monique de Kermadec constate également cette différence puisqu’elle reçoit, lors de ses consultations pour enfants précoces, environ 80 % de garçons contre 20 % de filles : les parents se font davantage de soucis pour leurs fils. La phrase « elle pourra toujours faire un beau mariage » n’est hélas peut-être pas si caricaturale. Au vu de ces chiffres, un conseil aux parents s’impose : élevez vos filles comme vos fils !

L’autre conseil qu’on peut donner aux parents est de laisser l’enfant chercher, tâtonner. Mais s’il échoue, me direz-vous ? Qui n’a pas échoué un jour ? L’échec est constructif, il permet d’apprendre à rebondir. Il ne faut pas mâcher tout le travail à ses enfants, il faut se contenter de les accompagner, rester à leur côté, les aider à développer leur résistance à la difficulté. Il faut qu’ils aient confiance en eux, en leurs possibilités, en leur créativité.

Finalement, le rôle des parents est de rendre leurs enfants autonomes et aptes à affronter les aléas de la vie.

Donnons donc à nos enfants et à nous même les moyens de réussir notre vie. Ayons confiance en nos capacités à bâtir notre rêve. C’est le gage d’une vie réussie.

Cependant, je ne peux m’empêcher de m’interroger : même si les choix que nous faisons sont parfois payants, « les fractures sociales renforcées par les fractures territoriales, ainsi que le dit le sociologue Eric Maurin (2), verrouillent l’avenir des individus et les assignent à des destins sociaux écrits d’avance. »
Quelle part tiennent alors nos décisions dans notre réussite ? Sommes-nous tous libres de réussir ?

A lire :

(1) C.Barnet-Verzat et F-C. Woeff : « Choix d’éducation et composition par sexe de la fratrie » Cahier de recherche n° 2002-11, Laboratoire d’économie de Nantes, 2002.
(2) Eric Maurin : « Le ghetto français : enquête sur le séparatisme social », le Seuil, 2004.

Jean-François Amadieu : « Les clés du destin ; école, amour, carrière » Odile Jacob, 2006.

(cc) Photo Ladies Room prise lors de la rencontre de Monique de Kermadec

(cc) billaday

NDLR : Lire aussi l’article de Mamzelle

2 Responses to “De la réussite des femmes”

  • Cela me fait penser à ma maman. Elle a 55 ans et une réussite sociale très forte. Malgré le temps qu’elle a consacré à sa carrière professionnelle et à ses activités associatives, elle a réussi à mettre au monde deux enfants, qui sont devenues deux femmes avec leurs blessures, mais qui sont arrivées à réaliser leurs rêves. Nous sommes évidemment conscientes que notre réussite, c’est la réussite de notre mère. J’estime que la vie de ma mère est réussie, malgré le fait qu’elle ait foiré sa vie de couple. Justement, c’est parce qu’elle ne s’est pas arrêtée à cet échec (enfin si, un peu) que sa vie est réussie. Aujourd’hui, ma mère a peut-être fait des conneries dans l’éducation de ma soeur et la mienne, mais je n’ai aucun reproche à lui faire. C’est ça aussi, avoir réussi son éducation. Merci maman.

  • Avatar de Psy
    Psy

    Un petit message complémentaire à la suite de notre rencontre de vendredi : tout est dans le regard que nous portons sur les choses, les événements, les gens ! Bonne chance à toutes !

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