cinoche

Il Divo – La vità è una commedia…

Je vous rassure, j’ai gardé de très bons rapports avec Tiny. La preuve, ce soir, c’est cinoche pour tous les deux. Nous sommes tous les deux des cérébraux, nous aimons l’Italie à la folie… Tiens, et si on allait se voir Il Divo, de Paolo Sorrentino?

Il Divo – La vità è una commedia…Le petit coquin avait déjà vu Gomorra sans moi. C’est pourquoi, pour se faire rattraper, il m’a proposé ce biopic sur Giulio Andreotti, l’un des personnages les plus influents de la vie politique italienne entre les années 1960 et 1990. Élu sept fois à la présidence du Conseil (L’équivalent de notre Premier ministre avec les mêmes pouvoirs qu’un chancelier allemand), ce politique affilié à la Démocratie Chrétienne (équivalent de l’UDF de la grande époque) se fait emmerder dès 1992 avec des suspicions d’assassinats et de liens avec la mafia. Plusieurs procès ont eu lieu, l’un à Palerme, l’autre à Pérouse, tous les deux condamnant, puis finalement relaxant Il Divo.

Même si ce ne sont que des suspicions, Paolo Sorrentino fait un portrait à charge de l’homme politique. Pour le réalisateur, Andreotti est forcément pour quelque chose dans la vague d’attentats qui a touché l’Italie entre 1969 et 1984, dans l’assassinat et le suicide de certains “amis”, et même dans la non-libération d’Aldo Moro, député influent de la Démocratie Chrétienne, enlevé puis exécuté par les Brigades Rouges en 1978. Paolo Sorrentino montre d’ailleurs la déchirure que provoque cette mort chez Giulio Andreotti en diffusant sporadiquement des extraits audio des propos d’Aldo Moro en détention pour ponctuer les scènes les plus graves du film…

Ce qui est curieux, et finalement ce qui fait la force de ce film, c’est son parti pris. Autant, quand on mène une enquête à charge contre une figure de la vie politique, la plupart des réalisateurs préfèrent montrer un mec pourri, cynique, filmé sur un ton grave, autant Sorrentino préfère dire dans son film Ce mec est tellement cynique et tellement pourri qu’il vaut mieux prendre le parti d’en rire.

Et c’est ainsi qu’on découvre un Andreotti certes cynique, certes sournois, certes avide de pouvoir, certes de mauvaise foi (ce qui tombe très mal pour un démocrate chrétien, hé hé hé), mais terriblement mélangé. En effet, seul Dieu et l’amour de sa femme Livia semblent rompre cette routine où toutes les infamies et les accusations semblent lui glisser dessus. De plus, il se sent véritablement investi d’une mission quasi-divine dans sa gouvernance, et l’on peut se dire que ce cynisme face à ses critiques révèle en réalité une certaine humilité devant l’œuvre que Dieu lui ordonne de faire…

Parlons maintenant de la mise en scène. Paolo Sorrentino semble s’amuser à filmer le mythe sous tous les angles, avec toutes les lumières, ce qui donne parfois des prises de vues très audacieuses qui démontrent l’omniprésence d’Andreotti dans le film. Il attend, on le sert, on vient le voir, mais il ne se déplace jamais pour obtenir ce qu’il veut, sauf peut-être pour obtenir la confession auprès du curé de sa paroisse en pleine nuit, entouré par une quinzaine de gardes du corps.

Évidemment, Giulio Andreotti ne peut se déplacer sans sa cour, qui se délite à mesure des événements, des échecs politiques (notamment en 1992, lorsqu’Andreotti se présente sans succès à la présidence de la République) et des “départs inopinés” de certains. Bref, cet homme est un pourri, mais un pourri solaire, charmeur, droit…

Et surtout tourmenté, entre son idéal de société et ce qu’il se sent obligé de faire en tant qu’homme politique. Car sa grande contradiction, même à ses yeux, reste qu’il faut parfois faire le mal pour accomplir le bien, d’où certaines exactions pour donner une image extérieure de l’Italie plus “propre”. En témoigne l’une des scènes cultes de ce film, entre Andreotti et un journaliste de la Reppublicà :

- Vous croyez au hasard, monsieur Andreotti ?

- Je crois plus à la volonté de Dieu

- Est-ce donc un hasard si (et le journaliste cite tout un tas d’accusations d’attentats et de meurtres politiques)

Ce à quoi répond Andreotti (en substance)  :

- Est-ce un hasard si vous pouvez aujourd’hui venir ici me dire tout ceci, et ce avec une totale liberté, alors que si je n’avais rien fait, Berlusconi vous aurait racheté et bâillonné ?

- Vous savez très bien, monsieur Andreotti, que l’histoire est bien plus complexe que cela.

- C’est bien, vous avez compris tout seul. Maintenant, appliquez votre phrase à moi. Effectivement, l’histoire est bien plus complexe que cela…

Mais toute cette histoire pesante est pourtant agrémenté d’un second degré fort bienvenu. C’est vrai, alors qu’en France, on va à l’ode cire-pompes des hommes politiques une fois sonné le trépas (voir Le promeneur du Champ de Mars de Robert Guédigian, que justement, je n’ai pas envie de voir), en Italie, on ne semble pas se gêner pour balancer des trucs dégueulasses dans la joie et la bonne humeur, même quand les personnages visés sont encore de ce monde.

C’est ainsi qu’en guise d’introduction, on voit toute une série d’assassinats politiques et de “suicides” avec le nom des morts et leurs fonctions, tout cela sur fond de musique so pop, à savoir Tchip Tchip de Cassius et filmée de manière très esthétisante. Ce décalage ambiant se poursuit ainsi dans tout le film, comme la réunion du cercle des intimes d’Andreotti sur fond de Pavane de Gabriel Fauré, comme pour accentuer de manière excessive tout le cérémonial entre ces hommes de pouvoir. Mais je pense que la musique de fond la plus drôle reste quand même le témoignage à charge des mafieux sur fond de Danse macabre de Camille Saint-Saëns…

Bref, quand le cinéma italien prend vraiment le parti de proposer une vision décalée de sa vie politique quelque peu morose, ça vaut le coup. De plus, sous l’aspect de la farce et de la parodie se cache une véritable réflexion autour de l’alliance entre idéaux sociaux et acquisition du pouvoir. En effet, ce qui pourrait être la raison de la gouvernance peut au final en être la parfaite antinomie. Allez-y de ma part…

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