Les croyances populaires sont assez rĂ©pandues en Asie. Chez moi, il n’a jamais vraiment Ă©tĂ© question de ces croyances populaires asiatiques dans mon enfance, vu que ma mère est française et mon père totalement athĂ©e, mais dans ma famille, du cĂ´tĂ© khmer,  il y a beaucoup de croyants, et les petites traditions ancestrales sont monnaie courante.
Parmi ces petites croyances populaires, chez les asiatiques en gĂ©nĂ©ral, et encore plus chez les khmers, les fantĂ´mes sont particulièrement rĂ©pandus. La tradition veut qu’il y ait un fantĂ´me gardien dans chaque maison. C’est pour ça que dans chaque famille il y aura toujours une personne qui a dĂ©jĂ vu un fantĂ´me, ou il y en aura toujours un qui pose problème.
Par exemple, mon petit frère pleure toujours très longtemps après ĂŞtre rĂ©veillĂ©. Il est ronchon, bougonne, et râle pendant plusieurs quarts d’heure avant de se calmer. J’entendrai toujours ma belle mère dire que c’est un fantĂ´me qui le possède Ă son rĂ©veil, quand il est le plus vulnĂ©rable, et qui parle Ă sa place. Un fantĂ´me vietnamien, de prĂ©fĂ©rence.
Nous avons souvent des problèmes de sonnerie de porte aussi. La sonnerie qui se coince, et qui sonne pendant plusieurs minutes, qui se dĂ©clenche Ă deux heures du matin… Quand mon père dit que ce sont certainement des plaisantins sortant de boĂ®te, ma tante est persuadĂ©e que c’est un fantĂ´me qui passe par lĂ . C’est quand mĂŞme vachement chiant un fantĂ´me.
Quand j’avais encore mon chien, il faisait toujours tomber les rideaux, dont les tringles Ă©taient accrochĂ©es par du scotche double face. Quand mon chien est mort, les rideaux tombaient tous seuls. Tout le monde disait que c’Ă©tait le fantĂ´me du chien qui revenait faire des siennes.
J’en parlais Ă une autre tante, qui me raconte souvent ses histoires d’enfance et qui me disait qu’Ă©tant enfant, elle croyait voir rĂ©gulièrement des fantĂ´mes. Elle se baladait seule dans la jungle et voyait des buissons bouger avec des râles rauques qui s’en dĂ©gageaient. Bien plus tard, elle s’est rendue compte qu’en fait elle surprenait des soldats vietnamiens faire leurs petites affaires avec des cambodgiennes… La magie de l’enfance.
En fait, je ne sais pas si ces histoires de fantĂ´mes sont vraiment liĂ©es aux croyances populaires, puisque les fantĂ´mes sont surtout liĂ©s au rapport Ă la mort. Un jour oĂą j’Ă©tais en train de faire la cuisine avec une de mes tantes, elle me dit que le week-end dernier elle Ă©tait Ă un enterrement. Un homme Ă©tait mort en une fraction de seconde, puisqu’il avait coupĂ© un arbre qui lui Ă©tait tombĂ© dessus. Elle m’a racontĂ© sa mort d’abord tout simplement, puis me dit qu’il avait laissĂ© deux enfants derrière lui, et s’arrĂŞta net. Elle me regarda avec un sourire figĂ©, puis me dit « je n’arrive plus Ă en parler », elle avait la chair de poule. Je trouvais Ă©trange de voir une personne d’habitude si lĂ©gère et si gaie se figer comme de la glace en parlant de la mort.
Il est vrai que la mort, quand on est enfant de mĂ©decin, est une chose que l’on voit complètement diffĂ©remment des autres enfants. Quand une des amies de mon père, kinĂ©sithĂ©rapeute en hĂ´pital, raconte Ă un dĂ®ner chez nous que le jour d’avant une personne âgĂ©e est morte entre ses mains et que c’Ă©tait la première fois avec une lĂ©gèretĂ© dĂ©sopilante, ça ne me choque presque plus. J’ai très vite rĂ©alisĂ© que le travail de mon père consistait Ă sauver des gens, et que s’il n’y arrivait pas, ils pouvaient mourir, et que mĂŞme mon papa, aussi fort soit-il, n’en pouvait rien.
Alors peut ĂŞtre est-ce pour ça qu’en Asie comme ailleurs, on croit aux fantĂ´mes, aux esprits, et autres manifestations de l’au delĂ : pour ne plus avoir peur. La mort, aussi naturelle soit-elle, provoque en nous un sentiment d’impuissance tel, que nous inventerions presque tout et n’importe quoi pour ne pas en avoir peur.
En Asie, les fantĂ´mes sont la solution. Et ici, que faisons nous pour combattre la peur de la mort ?
(cc) michellardi
posté le 03/02/2009 | 3982 vues | 3 commentaires | tags: fantome sadako khmer
Ici aussi, en Europe, on y croit, aux esprits… aux lutins et autres fĂ©es… Moi, c’est frĂ©quent, ils viennent cacher des feuilles ou des crayons, des clĂ©s… Les lutins ne sont pas mĂ©chants, ils sont taquins, ce sont les gĂ©nies de la maison, ils nous taquinent, mais ils ne sont pas humains. Les fantĂ´mes et les esprits, c’est diffĂ©rent. Ce sont les morts qui n’ont pas encore trouver la paix… ils sont humains, ils errent près de nous. Photo film a raison, en Bretagne, et ailleurs (une thèse avait Ă©tait faite, voici quelques annĂ©es, par une chercheuse du CNRS sur la sorcellerie dans le bocage français)
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Très joli texte, j’ai bien aimĂ© la chute.
En Bretagne, avec la culture celte, il y a egalement beaucoup de gens qui parlent de fantomes, qui en ont vu, vivent avec….
Parfois, penser que la personne est encore lĂ sous une autre forme, permet de faire son deuil….