L’an dernier, j’ai passé le soir de la Saint-Valentin avec George. Non non, pas George le voisin de pallier, celui qui prétexte tous les vendredis qu’il n’a plus de beurre, plus d’économe, plus de sel dans sa vie pour venir frapper à votre porte et vous importuner alors que vous regardez votre petit DVD en pantoufles.
Pas non plus George du bureau de tabac/troquet/rade immonde de la petite place en bas de chez vous, qui, accoudé au comptoir, cesse tous les matins de parler à son 4e verre de rosé pour vous adresser un petit « Alors mademoiselle, Mabro Light, comme d’hab’, hein, hohoho alors celle-là elle change pas hein, aïe aïe aïe tsss » avant de reprendre sa conversation avec la machine à café.
Pas non plus le George qui marche devant vous dans le métro et qui remet sa cravate bien droite toutes les dix secondes en évoquant au téléphone avec sa femme/copine/maîtresse/babysitter la délicieuse soirée champagne qui s’annonce.
Pas non plus le George qui chaque jour rend heureuse votre meilleure amie et dont vous êtes secrètement amoureuse.
Non.
Le vrai George.
Le seul George qui compte.
LE George.
Le Clooney.
George Clooney.
Oui Madame.
J’ai passé la dernière Saint-Valentin avec George Clooney. Il faut que je vous raconte.
Il est venu me chercher en bas de chez moi, le George. Pour l’occasion, j’avais enfilé ma robe de soirée fatale, la noire échancrée asymétrique qui en a rendu dingue plus d’un. Quand j’ai ouvert la porte de mon immeuble, le chauffeur se tenait là , prêt à porter un éventuel parapluie, une valise, une table basse, que sais-je, n’importe quel accessoire qui eût pu m’encombrer.
Mais je n’avais que mon petit sac-à -main auquel je tenais, et surtout je n’ai pas calculé le chauffeur une seconde, subjuguée que j’étais par la très discrète limousine 4×4 qui stationnait devant chez moi. Intimidée, j’ai suivi le monsieur à casquette élégante, qui m’a ouvert la porte comme dans un conte de fée.
Une porte qui ouvrait sur le George.
Le Clooney.
George Clooney.
George Clooney m’attendait dans sa voiture. Il m’attendait MOI.
Extase.
Remise d’avoir enfin touché le bonheur suprême, j’entrepris quand même de faire bonne figure.
Dans la limousine, tout s’est bien passé. La discussion fut agréable, nous avons parlé de sa vie, de la mienne, de mon boulot, de mon chat, de son boulot, de son castor (ce n’est pas une métaphore), et ce dans un climat très détendu. Le seul incident a été l’apparition soudaine sur un trottoir d’un zombie avec une hache plantée dans la tête. Nous en avons bien ri. Détail amusant : toute cette conversation s’est déroulée avec pour fond sonore, dans les baffles de la limousine, la chanson Time of my life passée en boucle.
Je savais que George était plein de surprises, mais tout de même. Sacré George.
Le chauffeur nous a déposés devant le Ritz, place Vendôme. C’était une belle coïncidence parce que cet hôtel-restaurant de luxe était le seul que je connaissais à Paris.
Et là , tout s’est passé extrêmement vite, et je n’ai plus que des souvenirs fragmentés. Je me rappelle l’entrée dans le hall, la table réservée, Brad Pitt à la table d’à côté, mon visage rose de bonheur et de chaleur et de Ohmygodwhatshappenningtome, encore un zombie un peu plus loin mais cette fois sans tête, toujours Time of my life en mode repeat song, les plats délicieux et d’une finesse indescriptible, David Pujadas qui faisait le service d’ascenseur, des litres et des litres de champagne, des bouchons qui sautaient et Brad qui se marrait comme un gamin, des lustres scintillants et un grand escalier en marbre au pied duquel, quelqu’un avait oublié une chaussure, les fleurs impeccablement disposées tout autour du lit dans la chambre de notre suite, la salle de bain merveilleuse avec tout ce dont a jamais rêvé une femme, et sur le lit, George en train de lire Belle du seigneur en français en attendant que je revienne dans la chambre revêtue d’une nuisette indécente.
A ce stade, nous ne nous étions même pas encore embrassés.
Quelqu’un sonna d’ailleurs à la porte, cria « Vous ne vous êtes pas encore embrassés ! », puis repartit dans le couloir.
George s’est alors approché de moi, lentement, et a pris mon visage dans sa main, passant ses doigts forts et puissants dans ma nuque. J’avais l’impression que mon corps entier allait fondre, mes jambes commençaient à perdre leur sensibilité et mes mains étaient moites comme jamais.
Sa barbe était parfaitement mal rasée. Son parfum, autoritaire. Son sourire, imparable.
Il a approché ses lèvres, et je ne me souviens plus de rien d’autre.
Je me suis réveillée le lendemain dans un état de bonheur absolu. Je ne me souvenais plus de grand-chose mais j’avais passé la meilleure Saint-Valentin de ma vie.
A la radio, qui m’avait réveillée, passait la chanson Time of my life. J’ai regardé l’heure, mais ce n’est pas le « 08 :06 » qui m’a choquée sur mon radio-réveil.
C’est le « 18 novembre 2008 ».
Et là , le monde s’est écroulé, et je jure que les larmes étaient prêtes à sortir. Je me suis levée, chez moi, toute seule, comme une misérable. Je suis allée éteindre la télé où tournait encore le DVD du film de zombies que j’avais cru intelligent de mater la veille et devant lequel je m’étais endormie. J’ai trébuché sur Belle du seigneur qui traînait par-terre dans ma chambre en bordel, et suis allée me faire un Nespresso en me demandant si ma Ford Fiesta allait démarrer ce matin-là .
posté le 02/02/2009 | 1341 vues | 6 commentaires | tags: George Clooney it's complicated saint-valentin
tevouille> Bien sûr que je crois aux zombies. Ce n’est pas un mythe, ils existent vraiment. Ils sont juste un peu différents, un peu déformés. En fait pour moi, un zombie est à l’humanité ce que “cet certitude” est à la langue française : une erreur d’orthographe.
:)
lilagreen> merci !
MAIS MDR
Cosmic Waste, tu m’as convaincue, je m’en vais de ce pas adopter un geek pour qu’il me sauve un jour à l’attaque des zombies.
Et je tiens aussi à dire qu’il m’arrive plus souvent de faire des fautes de frappe que des fautes d’orthographe… J’espère que tu garderas au moins en toi CETTE certitude!
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Je me demande encore si c’est ce monde de pub qui a déclenché ton rêve ou cet certitude en toi que les zombies existent.
J’suis sure que tu crois aux zombies.
Tarée! xD