Autant vous épargner immédiatement un suspense inutile : la réponse à cette question est probablement “oui”. Oui, on peut très bien ne pas prendre position sur le conflit israélo-palestinien, et j’irais même plus loin : de quel droit exigerait-on de quiconque, en France, qu’il ou elle prenne position sur un conflit qui se déroule loin de nos frontières, concerne peu de familles françaises et n’engage pas notre pays, militairement du moins ?
Nous ne sommes pas des Américains, n’avons pas de boys sur le territoire concerné, ne comptons pas nos morts à chaque fois que l’on annonce un attentat-suicide ou une attaque. Rien de plus facile apparemment, dans ces conditions, que de ne pas prendre position.
Ajoutons à cela que l’information à laquelle nous avons accès est abondante, certes, mais confuse et souvent très contestée. Les deux camps, pro-israéliens et pro-palestiniens, accusent généralement les médias français de pratiquer la désinformation et de prendre implicitement le parti de l’adversaire. Ces mêmes médias sont soupçonnés de livrer des renseignements partiels, orientés, voire trafiqués, de manière à influencer l’opinion publique en faveur de l’un ou de l’autre (jusqu’au bilan morbide des conflits de décembre-janvier, qui est contesté par certains).
Et le citoyen français lambda, qui compte sur les journaux, la radio et la télévision pour en savoir plus, commence à en perdre son latin. Raison de plus pour s’extraire de la discussion, invoquer son ignorance et se dire incapable de prendre position.
Et pourtant,  ce conflit, comme certains autres et bien plus que beaucoup d’autres, suscite régulièrement en France des réactions si passionnées (je n’entrerai pas ici dans le débat des attaques et agressions caractérisées, je ne parle que de réactions exprimées dans un cadre légal) que je me demande ce qu’il rencontre en nous de colères, de croyances, de convictions et d’espoirs pour nous sembler si proche et si intime alors même qu’objectivement, cela ne nous regarde pas.
Qu’Israël représente, selon les points de vue, l’espoir de voir un peuple persécuté depuis des millénaires vivre enfin en sécurité, ou au contraire un occupant sanguinaire sans limites ni scrupules ; que les Palestiniens et le Hamas passent pour une armée de terroristes décidés à sacrifier leurs enfants pour rayer l’État juif de la carte, ou au contraire pour un peuple en détresse, opprimé et délibérément affamé, qui ne fait que résister aux violences injustes qui lui sont faites, il y a sans doute quelque chose de notre vision individuelle du monde, de la vie et de l’avenir qui est là , quelque part à Gaza ou à Jérusalem, à Ramallah ou dans le Sud d’Israël, qui nous représente, qui reste connecté à nos attentes les plus profondes, et qui explique qu’à chaque frémissement, à chaque attaque, à chaque mort, nous nous sentions directement concernés.
Comme si non seulement nous n’arrivions pas à ne pas prendre position, mais comme si les protagonistes venaient nous chercher personnellement pour nous maintenir à leurs côtés et nous contraindre à être pour ou contre eux, ou un peu des deux.
(cc) Mataparda
posté le 25/01/2009 | 1121 vues | 15 commentaires | tags: conflit israélo-palestinien palestine israel
Il me semble, Jess, que la forte médiatisation du conflit est un effet du fait qu’il éveille en nous un fort intérêt, mais pas forcément sa cause. Les conflits africains inter-ethniques, éventuellement accompagnés de génocides, font souvent l’unanimité : tout le monde prend parti pour le peuple “victime”, qui est aisément identifié comme tel… du moins la plupart du temps (et sans doute les choses paraissent-elles éminemment plus complexes à ceux d’entre nous qui sont plus pointus et mieux informés). Enfin, il ne me semble pas que les passions suscitées par le conflit israélo-palestinien soient dictées par les intérêts économiques en jeu, qui ne sont d’ailleurs pas l’élément essentiel du conflit, loin s’en faut…
Mais ce n’est que mon point de vue !
Pour être honnête, j’avoue avoir décroché depuis plusieurs années car j’entends parler de ce conflit depuis mon enfance, et ce conflit dure depuis plus de cent ans : il est donc antérieur à la création de l’état d’Israël. Malgré la compassion que j’éprouve pour les victimes, j’éprouve de moins en moins de révolte à ce sujet - une sorte de résignation stupéfaite mêlée d’exaspération - et il y a des conflits dans le monde qui me touchent plus.
Je crois que ce phénomène se produit aussi en Israël quand il y a des attentats : il arrive un moment où les émotions s’émoussent car le gens vivent ces horreurs trop souvent. Alors ils se blindent.
Si l’on va par là , Zazouu, ce conflit dure depuis des milliers d’années… Je parle ici précisément du conflit qui oppose l’Etat d’Israël, créé seulement en 1948, aux Palestiniens qui vivent sur cette terre sans Etat.
Quels sont les conflits qui t’émeuvent davantage ? J’aimerais en savoir plus !
C’est exactement de la même chose que je parle, la bande de Gaza fait d’objet d’un conflit antérieur à la création d’Israël, je pensais avoir été claire. Le Rwanda me touche beaucoup plus, les problèmes de la poursuite des criminels de guerre devant des tribunaux qui sont difficiles voire impossibles me touchent beaucoup plus, et il y en a tant d’autres.
Bah après, sans prendre position, on peut aussi voir de quel côté il y a le plus de morts. Je sais bien qu’on ne peut pas “comptabiliser” une guerre, et que s’attaquer à 1 seul civil c’est déjà de trop, mais quand je vois les massacres perpétrés par Israël, je m’interroge, quand même. Loin de toute idéologie, je me dis qu’il y a un côté certainement plus dangereux que l’autre…
Je peux penser a plusieurs raisons qui font que ce conflit est couvert.
- Le fait que, sans etre personnellement implique(e), des gens autour de nous puisse se sentir concernes. Que ce conflit ait une dimension religieuse en est en partie la cause. Les musulmans de France doivent se sentir concernes par la cause des Palestiniens et les juifs de France par Israel.
- Le fait que ce conflit s’inscrive dans un contexte plus vaste et que toute la region du Moyen-Orient soit sujette a des tensions qui sont influencees par ce qui se passe en Israel/Palestine.
- Le fait que les US suivent de pres le conflit, sans doute parce qu’ils ont une importante population juive.
- Le besoin de savoir ce qui va se passer pour un peuple qui a ete persecute pendant des siecles…
le sujet est un peu tabou en france si nous critiquons les israeliens nous sommes anti -semites, les palestiniens anti musulmans alors on se tait et on regarde pas beau tout ca manque de courage.
Oui Zazouu, tu as été claire, ne t’inquiète pas là -dessus ! :-) Nous parlons effectivement de la même chose, tu es partie sur une échelle de temps plus large que moi, voilà tout. Au fait : le conflit de la région n’a d’ailleurs pas toujours été entre Juifs et Arabes au fil des siècles, mais entre Arabes et Arabes, Juifs et Grecs, etc…
De fait, Tristana, le nombre de victimes civiles est en déséquilibre constant depuis le début du conflit. Je ne sais pas si cela permet de détecter le côté le plus “dangereux”, je ne suis pas certaine de la définition à donner de cet adjectif dans un tel contexte.
D’accord avec tes arguments, Arc-en-Ciel, à deux réserves cependant : les gens qui se sentent impliqués le sont souvent plus pour des raisons idéologiques que par appartenance communautaire, selon la vision qu’ils ont d’Israël et de la Palestine ; et quant aux Etats-Unis, j’accentuerais là aussi l’aspect idéologique qui pèse à mon avis davantage que le nombre de Juifs vivant aux USA.
Olivia83, la plupart des gens que je connais prennent en fait position, que ce soit pour un camp ou pour l’autre, et souvent avec des termes qui manquent de modération (ce que je déplore). Je ne croise guère de personnes qui refusent de trancher, ou alors souvent par crainte de ne pas être en mesure de juger (manque de connaissances sur le sujet, par exemple)… Si bien que je me dis parfois que le courage serait de cesser de donner des leçons aux uns ou aux autres, et de laisser les belligérants et les gens directement concernés mener les choses… Le plus inquiétant dans tout cela, selon moi, est l’impression que cela peut continuer encore des siècles sans qu’aucune paix ne soit jamais trouvée.
Excellent article (et bon suivi dans les commentaires!). Je n’avais jamais envisagé la question du point de vue de nos “visions individuelles du monde”, qui me paraît une assez bonne explication à l’implication des gens (de loin) dans ce conflit. Il est clair que les enjeux, à l’échelle individuelle, ne peuvent se résumer aux enjeux affichés par les Etats ou les peuples directement impliqués. C’est effectivement tout une vision du monde qui trouve un écho dans telle ou telle position dans ce conflit. Bravo pour l’analyse. :)
Merci, Alexander Stuff ! Je suis flattée par ces compliments et touchée par ton intérêt pour cet article. Rien à ajouter par ailleurs sur le fond.
Excellent article, bravo! Je me retrouve tout à fait là -dedans.
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Le conflit israélo palestinien est un des conflits les plus médiatisé. En effet certains conflit en Afrique ne sont pas couvert. Cela est du je pense au fait qu ‘il ne recouvre aucun intérêt économique. De plus la communauté internationale est à l’origine de la création de l’Etat d’Israel par une résolution votée en 1947 il me semble. C’est pourquoi tous les regards sont portés sur cette guerre qui n’en fini pas. Mais bon ce conflit qui nous parait si proche est en fait lointain et c’est pourquoi prendre partie pour l’un ou pour l’autre est dangereux. Surtout lorque l’on a pas tous les éléménts pour comprendre l’incompréhensible. Je pense au contraire que pour être le plus honnête il faut se tenir à l’écart de toutes ses manifestations qui cristalisent des passions diverses.