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Le temps d’une chanson…

Cela faisait bien longtemps que je voulais retourner à la Cité de la Musique. La première fois que j’y suis allée, c’était en 1998. J’avais 15 ans, j’étais en 1ère dans un lycée privé de Dinan et en voyage pédagogique à Paname. C’est ainsi que j’ai découvert un artiste exceptionnel qu’est Emmanuel Rossfelder. Je suis tombée amoureuse de cet endroit.

Et donc, depuis avril 2008, quand je me suis installée dans mon petit quartier de Montparnasse, outre le Louvre, Orsay, Guimet, l’Érotisme…, la cité de la Musique faisait partie de mon programme des musées parisiens. Et ça tombe bien : il y avait l’air d’avoir une bonne exposition en ce moment.

En effet, depuis le 21 octobre est organisé Gainsbourg 2008, une expo sur tout l’univers artistique de Serge Gainsbourg (1928-1991). Divisé en quatre périodes (Bleue, Les idoles, La décadanse, Ecce homo), tout son univers est décortiqué selon ses influences, ses collaborations, à travers la littérature, l’histoire, ses souvenirs de son hôtel particulier rue de Verneuil.

Et honnêtement, j’ai vraiment apprécié. Oui, on ne voyait pas pour une fois le Gainsbourg provocateur, mais l’exposition offrait une véritable analyse de son œuvre. Comment Dvorak et surtout Chopin l’ont accompagné dans la composition, comme Boris Vian l’a poussé à embrasser une carrière musicale plus que picturale.

Et d’ailleurs, en guise de playlist, je vous ai fait une petite classification selon les quatre périodes délimitées par l’exposition :

Le temps d’une chanson…Bleue (1958-1964)
Ce sont les débuts de Gainsbourg en tant que pianiste et compositeur dans les boîtes de jazz. Il commence à se faire connaître du grand public comme un cynique, un réservé. Ce sont des chansons qui restent encore aujourd’hui comme un peu old school et intemporelles.

  • La Javanaise (Reprise par la suite par des femmes telles que Juliette Gréco et Vanessa Paradis, cette chanson marque cette influence très rive gauche qu’a prise la carrière de Gainsbourg)
  • Le poinçonneur des Lilas (Une autre caractéristique des débuts de carrière de Gainsbourg est le second degré qu’il mettra dans ses textes… Second degré dont il fera preuve en faisant une parodie du Poinçonneur des Lilas où il se met en scène en croque-mort)
  • La chanson de Prévert (Toujours la rive gauche d’un point de vue littéraire)
  • Couleur café (Les années 1960 voient aussi le début pour Gainsbourg de son obsession pour les rythmes tropicaux, au point d’importer dans le milieu des années 1970 le reggae en France)
  • Élisa (À rebours des yé-yés qui le fustigent, Gainsbourg aime à remettre au goût du jour le bastringue des années 1930 pour donner à ses compositions des allures intemporelles)
  • L’eau à la bouche (Enfin, je ne saurais clore cette période et entamer la suivante sans parler de cette obsession permanente chez Gainsbourg qu’est le sexe et la transgression sexuelle. Encore au début de sa carrière, il arrivait à en parler à mots couverts, ce qui n’est plus le cas dès les années 1970)

Le temps d’une chanson…Les idoles (1964-1969)
Alors que les yéyés battent leur plein, Gainsbourg commence à écrire pour des muses qui hier lui riaient au nez. Il écrit notamment cet énorme tube pour France Gall, Poupée de cire, poupée de son. Sa notoriété en tant que compositeur, interprète et acteur ne cesse de grimper. C’est alors qu’il rencontre LA Bardot, avec laquelle il vivra une histoire passionnelle.

  • Sous le soleil exactement (Il commence à écrire des textes hédonistes, loin du cynisme que l’on lui a collé aux basques au début de sa carrière)
  • Les sucettes (C’est drôle, quand c’est France Gall qui chante, ça paraît beaucoup plus innocent. Car contrairement à Lio chantant Banana split du haut de ses 16 ans, France Gall ne savait même pas ce qu’elle chantait, la pauvre. Comme si Gainsbourg en avait fait exprès :p)
  • Comic strip (Dans un contexte de création d’un comics mettant en scène des chanteurs yéyés, Gainsbourg offre à Bardot un petit délire qui augure leur passion…)
  • Bonnie & Clyde (MA chanson préférée de Gainsbourg. Car tels Bonnie Parker et Clyde Barrow, Serge Gainsbourg & Brigitte Bardot auraient dû être un couple éternel, violent et passionné. C’est dans cette mesure que cette chanson sonne si juste)
  • Initials B.B. (Même après leur rupture, on note encore l’obsession de Gainsbourg pour son ancienne conquête, au point de la sublimer au son de la Symphonie du nouveau monde de Dvorak. Moi, si Gainsbourg m’avait écrit une chanson comme celle-là, je m’en fous, je serais revenue)
  • Requiem pour un con (Car malgré tout, avec le succès, le cynisme ne l’a pas quitté)

Le temps d’une chanson…La décadanse (1969-1979)
Ne se remettant que difficilement de sa rupture avec Brigitte Bardot, il rencontre sur un tournage une petite Anglaise, déjà maman d’une petite Kate du haut de ses 20 ans. Avec Jane Birkin, il découvre une autre muse, la met en scène, lui fait enregistrer des chansons. C’est aussi le début d’un processus autodestructeur, à base d’alcool et de clopes. La période la plus dense artistiquement.

  • Je t’aime… moi non plus (D’abord enregistré avec Bardot, ce duo est censuré par le Vatican et la reine d’Angleterre, mais devient l’un des plus gros cartons commerciaux de Gainsbourg et prouve que sa petite Anglaise n’a pas froid aux yeux, contrairement à son icône cloitrée à la Madrague.)
  • Marilou sous la neige (Marilou est une incarnation de la mélancolie qui commence à gagner le Gainsbourg en pleine crise de la quarantaine. Se voyant vieillir, il profite pour aduler, puis tuer des petites gamines dans ses chansons)
  • L’homme à tête de chou (Cette période est aussi marquée par l’égocentrisme que met Gainsbourg dans ses textes)
  • Je suis venu te dire que je m’en vais (Cette chanson a été chantée en 1973, après sa première attaque cardiaque, alors âgé de 45 ans. Se voyant sombrer, il décide de mettre en chanson sa décadence physique. Comme une logique d’abandon pour que ses proches ne puissent voir cette inexorable fin)
  • La décadanse (Après avoir vérifié que la petite Jane en avait dans le ventre, Gainsbourg va de plus en plus loin artistiquement avec elle…)
  • Sea, sex & sun (Ce tube, bande originale du film Les Bronzés, marque l’influence du mythe crée par la Lolita  de Vladimir Nabokov dans la tête du quasi-quinqua qu’est Gainsbourg en 1975)
  • Rock around the bunker (En tant que Juif, il devient obsédé au milieu des années 1970 par la décadence de la civilisation que représente le Troisième Reich et le régime nazi)

Le temps d’une chanson…Ecce homo (1979-1991)
La cinquantaine arrivée, Jane se barre avec Kate, sa première fille, et la petite Charlotte qu’ils ont eu ensemble et dont il est fou. Parallèlement, il opère une nouvelle orientation artistique. Il enregistre en Jamaïque avec les musiciens de Bob Marley et retrouve la scène après 15 ans de studio en chantant en 1979 au Palace. La fin de sa carrière sera marquée par divers scandales, l’exacerbation de ses thèmes de prédilection (Eros & Thanatos) et l’expression de son amour inconditionnel à sa fille Charlotte.

  • Aux armes et caetera (Il fit scandale en mettant la Marseillaise à la sauce reggae, mais il fut à mon sens beaucoup plus subversif et beaucoup plus méritant en invitant le public à la chanter devant la manifestation de paras qui annula son concert de Strasbourg en septembre 1980)
  • Charlotte for ever (Bande originale de l’ode cinématographique d’un papa gaga à sa fille chérie)
  • Lemon incest (Certes, Gainsbourg a beaucoup joué sur la transgression, mais là, il touche quand même à un gros gros tabou. Il a beau aimer les femmes plus jeunes que lui, ça commence à être dérangeant)
  • Sorry angel (Thanatos sublimé par un homme qui voit sa fin venir… Une belle tentative pour apprivoiser ce destin)
  • No comment (Je rougis comme une pivoine en entendant cette chanson. Il faut dire que Gainsbourg n’a plus l’aplomb de ses jeunes années où il parlait de sexe à mots couverts)
  • Aux enfants de la chance (Sur son dernier album, You’re under arrest, il prend peur face à sa déchéance et espère mettre en garde contre cette destinée… Aux enfants de la chance est à mon sens un dernier espoir de lucidité d’un homme presque mort. C’est ce qui donne sa force aujourd’hui)
  • You’re under arrest (À force de faire de l’ego trip, il est devenu presque une caricature de lui-même sur son dernier album)

Pour finir, voici un petit extrait de Charlotte Gainsbourg, qui a bien tenté de faire valoir sa descendance, contrairement à son petit frère Lucien (dont on n’entend guère parler). En sortant  5.55 en 2005, elle pensait faire facilement carrière. Dommage, elle a hérité de la voix fluette et du talent d’actrice de sa mère, la petite Jane. Malgré tout, un morceau se dégage de cet album : The songs that we sing

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5 Responses to “Le temps d’une chanson…”

  • Vu ce week-end !!
    :)

    par contre, comme une grosse andouille que je suis à trop traîner, j’ai pas vu l’heure et n’ai pas pu accéder à la seconde salle où étaient exposées les pochettes de vinyl…
    Sob

    As-tu vu toi ?

  • J’ai vu, oui, et c’est vrai que l’on pouvait voir toute la discographie de Gainsbourg à travers les artistes pour lesquels il avait écrit (Chamfort, Valérie Lagrange, Isabelle Adjani, Jane B….)

  • Article sympa sur une expo que je compte aller voir.
    J’ai une question: à combien de temps évalues-tu la durée nécessaire à la visite? Je compte y aller un soir en nocturne (ouverture jusqu’à 22h les vendredi et samedi), est-ce que 2-3h suffiraient ?

  • Elle se fait en à peine 1h. Ne t’inquiète pas, tu en auras largement le temps.

  • enfin si ya du peuple, tu peux tabler sur 2h !
    moi j’ai loupé la seconde salle à me prélasser dans la première, bon certes c’était un dimanche, donc on était pas tous seuls… :)

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