Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

24. mai 2012

Mot de passe oublié

chiquita

Avec les cadeaux de Noël, le foie gras, le sapin et les cadeaux joliment emballés nous avons presque oublié les événements de la fin d’année. Et pourtant, je pense que nous avons vécu ces trois derniers mois un moment qui restera gravé dans l’histoire du monde : de l’élection presque mythique de Barack Obama à la Maison Blanche au débâcle financier des grandes banques et à la lâcheté avec laquelle les états ont gaspillé des milliards pour les sauver, tout ces événements contiennent les prémices d’un CHANGEMENT…

crise.jpgPremière constatation, c’est la crise, c’est le chômage, c’est la pauvreté et c’est la peur… sans vouloir frustrer certains, il ne faut pas oublier que nous avons la chance de vivre dans un des pays les plus riches au monde… La notion de pauvre est relative… Un pauvre en France est mille fois plus riche qu’un pauvre en Afrique. Et, sans vouloir vous fâcher, il y a des choses pires que la pauvreté dans ce monde : la guerre, la prostitution, l’esclavage, les enfants soldats… euh, je n’essaie pas d’appliquer une thérapie du genre : il y a pire que nous alors arrêtons de nous plaindre. Je suis juste en train de dire que dans toute crise il y a des opportunités, il suffit d’y réfléchir.

Perdre son emploi aujourd’hui peut constituer une chance d’accomplir quelque rêve secret, à condition d’être prêt à faire les sacrifices nécessaires pour y arriver. Mais voilà le mot bannit de nos sociétés de consommation actuelles : sacrifice. Tout est conçu autour de nous (de la pub au système de crédit) pour nous persuader qu’il est facile d’obtenir toute chose que l’on s’est mise en tête, qu’on désire (tiens la pub pour ce yaourt m’a l’air sympa ; il suffit de se rendre au supermarché pour acquérir cette chose). Or, dans l’histoire de l’humanité, rares sont ceux qui ont obtenu sans effort et rapidement ce qu’ils désiraient. (vous voulez une maison, rien de plus simple, allez chez le banquier et, malgré les conditions “éliminatoires” pour vous accorder le prêt et les quelques négociations, il vous l’accordera parce que le banquier veut son bonus et son bonus dépend du nombre d’affaires qu’il va signer).

Je pense que la crise actuelle est une bonne occasion de remettre quelques valeurs à la mode notamment la valeur du sacrifice pour obtenir ce que l’on veut. Je pense que cette nouvelle attitude nous apporte un pouvoir nouveau : Rappeler aux marques et aux industriels de toutes sortes que leur principal actionnaire ce sont ses clients et non pas les quelques vieux riches retraités américains à qui ils paient des dividendes chaque fin d’année.

Eh oui, sans vous, sans votre argent dépensé pour acheter toutes sortes de produits (la plupart du temps inutile), les entreprises ne peuvent pas exister. Et là, nous, les consommateurs tenons un pouvoir énorme, insuffisamment exploité, car quelle entreprise peut fonctionner sans l’argent frais, que par nos achats nous injectons dans sa structure ? Laisser les entreprises vous attendre, vous désirer pour effectuer vos achats et elles seront plus à votre écoute quand vous passerez leur porte.

Pour ceux qui vont me contredire en répliquant que tout ça revient à se tirer une balle dans le pied
parce que sans ventes les entreprises vont fermer leurs portes et délocaliser….euh, pour vendre à qui ? La plupart des produits de ce monde sont conçus pour la riche société de consommation des pays de l’Europe et des USA.
Qu’ est-ce que vous croyez qu’un tibétain va faire avec une console de jeux, avec un DVD ou avec une Peugeot 107 ?
Oh, non, les entreprises vont nous attendre parce que les produits qu’elles vendent sont inutiles pour 80% de la population de ce monde…

L’arrêt brutal de la consommation remet en cause la domination du marketing et du matériel dans nos vies. Si on arrive à se libérer de nos envies de consommation impulsives nous pourront peut être enfin prendre le temps de réfléchir en utilisant ce merveilleux outil qu’est le cerveau, à des choses comme :
-pourquoi est ce qu’on continue à exploiter du pétrole alors qu’on maîtrise plusieurs types d’énergies renouvelables (des éoliennes, panneaux solaires à la géothermie) ?
-Pourquoi est-ce que via nos distractions nous nous éloignons de plus en plus de la réalité pour aller vers un monde virtuel ?
-Pourquoi dans le métro nous faisons tout notre possible (de l’ipod au 20min) pour ignorer les autres ?
-Pourquoi les états se précipitent à sauver des banques alors que la loi du libre échange prôné par le système capitaliste dans lequel nous vivons est claire. Une institution devenue trop faible pour faire face à la concurrence doit disparaître…

A qui profite réellement la crise d’aujourd’hui ? Et qui sait, peut être que de toutes ces cervelles réveillées de leur rêve de consommation effréné et obligées à réfléchir, naîtra peut être une lueur d’espoir, un mouvement de fond, une conscience qui fera que le monde de nos enfants sera lui meilleur…. 

(cc) Môsieur J.

 

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Derniers commentaires

 

D’accord avec toi concernant la surconsommation et tout ce que l’on nous vend ou tente de nous vendre… à nous de reprendre en main et de boycotter l’inutile… mais en France, le boycott c’est pas notre truc, semble t il !


Tout est relatif et penser qu’il y a tjr pire ben perso, ça m’aide à accepter mes “petits” ou gros tracas et ne jamais perdre de vue le reste du monde bien évidemment.


Concernant les pauvres, oui enfin en France, il y en a quand même, faut pas se voiler la face, mais effectivement, d’autres pauvretés ailleurs, pires surement, sont aussi de mise.


REVEILLONS NOS CERVELLES !

:o)


 

Je suis entièrement d’accord avec toi sur la société de consommation et ses nouveaux besoins qui en réalité n’en sont pas.


Cependant, il y a dans tes propos des petites choses qui me dérangent :


- “sans vouloir vous fâcher, il y a des choses pires que la pauvreté dans ce monde : la guerre, la prostitution, l’esclavage, les enfants soldats…” : je ne pense pas que nous devions penser en termes de hiérarchie des malheurs du monde.


- “Un pauvre en France est mille fois plus riche qu’un pauvre en Afrique”.

Même si un pauvre français “gagne” plus qu’un pauvre africain, la donne de base n’est pas la même. Nous n’avons pas la même façon de vivre. Et j’en parle plutôt facilement vu que dans ma famille nous avons une djiboutienne issue des bidonvilles qui nous dit souvent qu’elle était plus heureuse avant que maintenant, et que son rêve serait de retourner chez elle.


Ceci renvoie aussi à une notion de confort qui est souvent liée à notre vision occidentale. Par exemple : un enfant qui dort sur une paillasse en Asie, n’est pas plus malheureux que notre fançais sur un matelas. C’est juste que dans son pays, le climat est tel qu’un matelas rendrait son sommeil insupportable.

Cela me rappelle d’ailleurs un reportage où l’on montrait des pêcheurs africains qui mangeaient les têtes des poissons pour laisser les bons filets aux riches occidentaux. Sauf que dans ce cas précis, le “bon” pour les pêcheurs étaient les têtes et non les filets.


Pour poursuivre sur cette dernière citation, difficile de te lire quand on sait que de nombreux SDF sont encore morts dans les nuits hivernales françaises. Va leur dire qu’il y a pire ailleurs…


Ne prends pas mal mes propos, je ne veux pas déclarer de “guerre”, mais juste démontrer plus ou moins maladroitement qu’avant de se dire “ailleurs, c’est pire”, se dire aussi “qu’ailleurs c’est différent”.


 

@BritBrit : merci pour ce commentaire plein d’intelligence (et didactique!). la pratique du regard sur la “différence” (et la relativité que ces différences engendre) n’est pas facile à faire passer, et je trouve ton propos très clair, très respectueux aussi, pour les personnes que tu cites en exemple, comme pour ton interlocutrice.

cette crise est en train de déclencher tout un tas de réactions psychologiques qui n’ont pas finies de se répondre et de se caricaturer elles-mêmes : la peur, l’angoisse, la culpabilité, la moralisation (comme dans ton article, Chiquita), la fronde, la provocation (en réponse à la moralisation et à la culpabilité, ça devrait arriver plus tard, quand on en sera à vraiment accuser untel et untel), la grosse déprime, l’inconscience, et… quoi qu’il arrive, les media s’en donnent à coeur joie, ça leur donne des contenus juteux sans trop faire d’efforts de donner à voir la peur qui s’installe. bien entendu, cette peur est légitime pour beaucoup de gens, mais elle est aussi instrumentalisée pour en faire quelque chose de profondément rationnel, comme la peur du terrorisme. rien n’est vraiment clairement expliqué, on en reste aux effets, aux malheurs individuels, aux subjectivités, aux émotions… cette crise est une régulation d’un système qui allait trop vite, trop loin, c’est la maladie déclarée d’un système bancal auquel nous participons plus, mais qui n’aura jamais de réel “remplaçant”. nous devons y participer, à plus ou moins grande échelle, malgré nous. c’est sur ce point que la “moralisation” de la crise, cette sorte de culpabilisation n’est pas nécessaire. tous, nous allons payer le prix d’un système, notre système, et de ses excès.

tout ce qui me plait dans cette crise, c’est que dans ce genre de moments, le marché de l’art se casse la figure, et que les artistes se remettent toujours au boulot! culturellement parlant, c’est toujours une aubaine!

alors, on serre les fesses, on se blinde psychologiquement, on écoute pas trop les media qui font peur, on se serre les coudes et on attends que ça passe, en slalomant du mieux qu’on peut…

bonne journée à tous!


 

oups : il fallait lire : “irrationnel”, et non pas “rationnel”… allo, docteur Freud? ;)


 

je suis entièrement d’accord sur le changement nécessaire de nos mentalités et de nos modes de consommation. malheureusement je suis extrêmement pessimiste à ce propos car il faut se rendre à l’évidence: la majorité des Français (jaurai pu dire des occidentaux, voire des humains) ne veut pas moins acheter et moins posséder.

parce qu’on (famille, mais aussi médias…) les a toujours éduqué dans cette optique que la valeur d’un homme se mesure à ses possessions.

parce que le confort matériel et intellectuel, on s’y habitue, et une baisse de la consommation est synonyme pour beaucoup de “vivre moins bien”.

parce qu’ensuite, peut-être à cause de cette mentalité, la crise provoque un regain d’individualisme, chacun sauve ses meubles sans penser au bien collectif.

vous allez aussi crier à l’élitisme, mais prendre la résolution de consommer modérément demande une certaine maturité que malheureusement peu de monde possède.

je pense qu’il faut avoir eu les moyens de vivre bien et de s’acheter du superflu pour se rendre compte qu’il est superflu justement. quand on ne peut pas se l’offrir, le superflu reste un rêve, que personne n’a envie d’abandonner.


un exemple bête: au collège c’étaient toujours les enfants les moins riches qui avaient les plus belles Nike…les mères disaient, “je veux qu’il/elle soit comme tout le monde”. tout le monde n’a pas de Nike, mais l’orientation de notre société nous fait croire que pour exister, il faut des Nike et un écran plat.


 

j’ai écrit cet article non pas pour faire la morale mais parce que j’espère sincérement que la crise nous fera reflechir à notre mode de consommation: et on peut chacun faire bouger les choses à notre niveau.

En adhérant à des associations tels que Que choisir qui combattent le mode de consommation imposé par les grandes marques; en se renseignant plus sur les produits qu’on consomme; en privilégiant la quantité à la qualité…et sortir ainsi de ce système où, “il faut des Nike et un écran plat” (c’est tellement vrai!)


Autrement, pour répondre @BritBrit: je sais que la pauvreté se juge par rapport à un niveau de vie, tout de même, je pense que, dans leur malheur, les pauvres en France sont des “privilégiés” justement parce qu’ils vivent dans un système qui a prévu des structures et des association pour aider ces gens.


Finalement, merci à toutes pour vos commentaires intéressants!


 

@Chiquita : “je pense que, dans leur malheur, les pauvres en France sont des “privilégiés”…”

Heu, je ne sais pas quoi dire tellement ça me laisse perplexe…


 

@chiqita : merci pour ces précisions, mais je crois que le contenu de ton billet était assez clair à se première lecture. en revanche, je suis d’accord avec BritBrit, cette façon de créer des “classes” entre les pauvres, cette insistance à penser les pauvres occidentaux comme des privilégiés est édifiante. surtout je me demande ce que tu connais du monde non-occidental pour imaginer les gens si différents que, dans leur malheur, ils ne cherchent pas à s’associer et à se battre contre leur sort… certes, vu de France, pays de l’Etat providentiel, on s’imagine que les gens ailleurs sont plus malheureux parce qu’ils ne peuvent pas (toujours) compter sur leur pays pour les aider. mais cette absence de l’Etat est fortement compensé, ailleurs, par une solidarité familiale, communautaire, voire des initiatives individuelles… je ne crois pas du tout que les pauvres en France soient automatiquement des privilégiés. une personne qui n’a pas les moyens nécessaires pour subvenir à ses besoins de base (se protéger avec un toit, manger à sa faim) reste un pauvre, quel que soit l’endroit où il se trouve sur Terre. malheureusement, la pauvreté est une des choses les mieux partagées dans le monde. de plus, quand on a été éduqué, comme en France, dans cet idée que l’Etat doit pourvoir à tous les besoins, on a pas la même souplesse d’initiative, mais je pense évidemment, face à l’urgence dans laquelle les gens peuvent se trouver, il faut trouver à se débrouiller, à survivre, et pour ça, tous les moyens sont bons…


 

C’est un peu mal formulé de la part de chiquita, mais si, elle a raison, la pauvreté dans les pays riches n’a pas du tout les mêmes conséquences que dans les pays en voie de développement, ou même émergents (où les inégalités sont très grandes). Dans les PED, pauvreté implique qu’on ne mange pas à sa faim, qu’on ne peut pas envoyer ses enfants à l’école, qu’on attrape un tas de maladies qui ont été éradiquées dans les pays occidentaux (lèpre, choléra - cf. le cas du Zimbabwe -, tuberculose, polio, etc.) et autres joyeusetés. Les pauvres en France - hormis certains groupes en marge : SDF, sans-papiers…-, ne sont pas confrontés à des problèmes de cette ampleur, quoi que vous puissiez en dire.

Après, ce qu’il y a de plus dur dans la pauvreté, je suppose, c’est le regard que la société porte sur nous. Et ça, ça ne doit pas être bien différent en Occident et dans les PED…


 

@shen-te : si on exclut de la société française les SDF et les sans-papiers, cette idée qu’il vaut mieux vivre en France se tient tout de suite mieux… mais justement, ils font bien partie de la société française, à mon humble avis, ces personnes ne sont “en marge” que parce qu’on les voit comme tels, mais ils vivent AVEC nous. la pauvreté en France existe bien dans les termes que tu décris, des personnes ne mangent pas à leur faim, sinon il n’y aurait pas cette foule tous les jours à la soupe populaire ou aux restos du coeur, d’autres ne peuvent pas bien scolariser leurs enfants, d’autres encore souffrent de maladies que l’on croyait éradiquées de notre sol (comme la tuberculose, justement)… je suis d’accord pour reconnaître que certaines épidémies sont aujourd’hui bien contrôlées en Occident, et que la survie y est possible, mais la pauvreté, elle, est tout aussi violente et inacceptable où que l’on se trouve…


 

Je suis bien d’accord, mais d’une part, les pauvres des PED sont bien plus nombreux, et d’autre part, ils n’ont même pas Les restos du coeur pour les aider à subvenir à leurs besoins alimentaires. Après, ce n’est pas une raison pour relativiser la pauvreté dans les pays développés, mais il faut quand même reconnaître que la situation dans les pays les moins avancés, voire certains pays en développement ou émergents, est SANS COMMUNE MESURE avec ce qui se passe en Europe. En Inde ou dans certaines zones en Afrique, ce sont des quartiers entiers qui ne disposent pas d’infrastructures sanitaires. Ce n’est pas le cas en Europe, jusqu’à nouvel ordre (c’était le cas fin XIXè s. ok, mais aujourd’hui, non).


 

@Shen-Te: Merci, tu as très bien exprimer mon idée que je ne suis pas arrivée à expliqer pleinement. Je suis d’accord qu’il y a des pauvres en France et qu’ils ont un destin marginal par rapport au reste de la société, reste t il que la pauvreté extreme ce n’est pas dans les pays occidentaux qu’on la rencontre.

Après, je pense que malgré la pauvreté materielle, il est possible d’être heureux et ceci n’importe où on habite et je pense que ce ça le plus important à retenir: ce n’est pas les choses matérielles qu’on peut s’offrir avec la paie du fin du mois qui nous amènent le bonheur.


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