Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

24. mai 2012

Mot de passe oublié

c-la-loose-totale

Quand je m’imaginais accoucher, je me disais ce sera comme dans les films. J’aurais un peu mal, je crierais (Elles crient toutes !) quelqu’un dira « Allez me chercher des draps propres et une bassine d’eau chaude ! » je pousserai et hop ! Il sera là ! Marc essuiera une larme en disant « Bienvenue au monde, mon fils ! » Tout le monde applaudira etc.

mon-accouchement.jpgEt bien ma vie n’est pas comme dans les films.

Plus j’y pense et plus je me dis que la grossesse est une grande leçon d’humilité dans la vie d’une femme.

Du premier mois à la naissance, jusqu’à la rééducation du périnée, on subit humiliations sur humiliations.

C’est bien simple, j’ai rayé le mot pudeur de mon vocabulaire, de ma mémoire, de ma vie.

Ça a commencé avec ma première analyse d’urine.

Quand je suis arrivée toute émue avec mon pipi tiède au fond du sac dans sa petite boite tuperware, au laboratoire.

Là une secrétaire m’a dit d’un air dégoûté « C’était pas la peine, vous faites pipi ici ».

Un coca light plus tard, j’ai donné pour la seconde fois ma dosette de pipi (dans les toilettes je me suis fait à moitié pipi sur les mains, c’est super dur de bien viser le mini gobelet). Je suis repartie anxieuse, en attendant les résultats avec mon pipi froid, qui stagnait dans son tuperware tout au fond de mon sac.

(Je suis d’ailleurs retombée dessus plusieurs jours plus tard…je l’ai malencontreusement glissé dans le sac de Nicole).

Et bien disons que l’accouchement est l’ultime leçon d’humilité, celle qu’on n’oublie jamais.

C’est l’apothéose, le bouquet final de ces neuf mois.

Tout a commencé en salle de travail.

Je plante le décor : Moi, avachie  sur la table de travail, comme un éléphant de mer sur le sable, les jambes écartées, le teint rougi pas les contractions.

Et les sages-femmes (mâles et femelles).

Et disons-le, je me suis faîte allègrement « trifouillée » par tout ce beau monde, c’était comme une tournante, mais médicale.

« Elle est à deux ! »

« A Deux ? T’es sûr ? Moi j’aurais dit plutôt 3 et demi ! Attends, je vérifie ! »

Re trifouillage.

« Elle est à deux Vévé, c’est parce que t’as des gros doigts ! Eh ! Gégé ! elle est à deux ou à trois et demi la p’tite dame ? »

« J’arrive ! »  Et Gégé de vérifier. (re, re trifouillage)

« Ah non les gars, vous êtes bourrés ou quoi ? Elle est à quatre !»

Et Vévé : « Attends tu me fais douter ! » re re re trifouillage.

« Bon faut demander à Véro ! Véro ! Viens voir ! »

Etc .

Et moi, docile, crispée, au bord de la crise de nerf et en nage (les contractions s’intensifiaient) j’ai enduré avec humilité et aussi parce que je n’avais pas le choix.

J’ai juste attendu qu’ils se décident (sur les quinze, y’en a bien deux qui allaient tomber d’accord !) pour savoir si oui ou merde, on allait me faire cette Putain de péridurale !

Bon j’exagère mais si peu ! Marc était là bien sûr, tendu, impuissant, malheureux. Il sortait pudiquement à chaque fois que quelqu’un venait me « sonder » (je ne l’aime pas pour rien celui-là !). Et on attendait, on attendait. J’entendais les cris de nouveaux-nés venant de salles voisines et je me disais et moi ? Quand est-ce qu’il vient le mien ? Je le vois quand mon fils ? Quand est-ce que je peux le serrer dans mes bras ? Il faut que je lui dise que je l’aime, que son papa l’aime et qu’on est heureux, heureux de le voir.

J’ai vécu tous ces mois, j’ai enduré tout ça pour ces quelques secondes, ces minutes de bonheur.

Marc et moi on se regardait. A chaque nouveau cri on avait les larmes aux yeux. C’était long, un vrai supplice.

Quand enfin, ils sont tombés d’accord ! Ou ils ont eu pitié, je ne sais pas j’avais tellement mal ! Je n’ai jamais ressenti ça, c’est atroce.

Je ne pensais plus à rien, je n’étais que douleur. Je tremblais de douleur. Je pleurai de douleur. Une sage femme a mis fin à mon calvaire, elle a dit « Bon on va lui faire une péridurale ». J’ai accueilli l’anesthésiste comme le messie, elle m’a piquée dans le dos je n’ai rien senti et soudain, le miracle s’est produit.

La douleur a disparu. Woaou ! Je m’en souviendrai toute ma vie ! Cette putain de douleur est partie ! Et je me suis sentie tellement, tellement soulagée que j’en ai pleuré !!  La fatigue me submergeait, j’avais trop souffert ! Et là, le bonheur ! Plus rien ! Je ne sentais plus rien ! On m’a donnée ma poire pour que je dose moi-même en me disant « Des que vous sentez quelque chose, n’hésitez pas à vous injecter une dose » « T’inquiètes ! » que je lui ai dit !!  Et en effet je n’ai pas hésité !

Je sens pas un petit quelque chose là ? Pof ! Une dose ! Non mais !

A la fin je ne sentais plus du tout mes jambes, j’avais l’impression d’être une paraplégique, mais je m’en foutais ! Je ne souffrais plus et c’est tout ce qui comptait. Marc aussi se sentait mieux. Il pouvait enfin me sourire et me voir sourire, il était tellement mal pour moi le pauvre. Et puis second miracle, quelqu’un a dit « Vous allez pousser madame, à trois, vous poussez !»

Quoi ? Maintenant ? Là tout de suite ? J’avais à peine eu le temps de faire mumuse avec ma poire qu’il fallait déjà pousser ! J’ai vu Marc blêmir, il m’a regardé paniqué, j’ai senti qu’il n’attendait qu’un signe de moi, un mot, un regard « Va ! Sors ! Ce n’est pas grave, je comprends ! » mais je n’ai rien dit ! Pas folle la guêpe !

On a commencé ensemble, on finit ensemble !  Il était là pour la conception, y’a pas de raison qu’il soit pas là pour la naissance !

Et je me suis concentrée sur Baudouin, j’ai poussé ! Bravement, quand on me le disait, jusqu’à m’en faire péter les vaisseaux. Je ne sentais pas grand-chose mais j’entendais « Il est là, je vois sa tête ! Il arrive ! Courage ! Encore une fois ! Bravo Madame ! »

Galvanisée par ces encouragements, je me suis donnée à fond,
j’ai poussé, poussé, j’y ai mis mes dernières force et j’ai été récompensée ! J’ai entendu un cri. Le plus beau cri que j’ai jamais entendu. Le premier cri de mon fils. Marc et moi on s’est regardés et j’ai vu qu’il était aussi surpris, aussi bouleversé que moi. On a été cueillis par ce cri qui remue les tripes. On m’a tendue mon fils, j’ai vu un petit truc tout rouge qui s’agitait, on me l’a mis contre mon cœur, j’ai plongé mes yeux dans les siens et plus rien.

Je suis tombée raide dingue amoureuse. Le temps s’est arrêté. Juste lui et moi. Yeux dans les yeux, cœur contre cœur. Il était tout chaud, tout mouillé, tout doux tout fragile. Ses beaux yeux ouverts sur moi. Je n’ai jamais échangé un regard d’une telle intensité, pas même avec Marc. On se mangeait des yeux, on se nourrissait l’un de l’autre.

Le plus beau moment de ma vie. J’ai regardé Marc, il me regardait souriant, ému, timide, bouleversé. Il pleurait sans même s’en rendre compte. A cet instant je l’ai aimé comme jamais. Il s’est rapproché pour regarder son fils, (on a un fils !) le toucher, le caresser. A ce moment, on a su lui et moi qu’on était éternels.  Notre amour existe, il s’appelle Eliot, il pèse 2, 600 KG. Je sais que plus jamais je ne vivrai un truc aussi fort.Mais c’est pas grave, parce que ça n’est que le début.

 Ma pensée positive : I did it !

(cc) Raphael Goetter

 

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Derniers commentaires

 

felicitations! pour le bebe et pour le texte. clap clap

meme si effectivement ta pudeur a souffert c’est rien en comparaison des 2600g de bonheur. la douleur physique risque d’avoir laisse plus de trace.

maintenant tu vas devoir t’ocupper de 2 hommes……


 

FĂ©licitations c-la-loose-totale!Et content d’avoir tes nouvelles, avec ton article plein d’humours et d’Ă©motions.Ton style unique que j’aime!


PS:je viens de voir que tu as un blog.C’est gĂ©nial car j’y suis accro (aux blogs) depuis quelques temps!


 

Beau style! Et très très beau moment…

Bon, lĂ  ça me fout un peu le blues car ça ne m’arrivera probablement jamais, mais je me dis que si ça avait Ă©tĂ© le cas ça aurait certainement ressemblĂ© Ă  ça…! J’envoie d’ailleurs ilico le texte Ă  ma soeur, sage-femme… (ceci Ă©tant, au CHU oĂą elle bosse, c’est rationnement cĂ´tĂ© personnel donc ils se bousculent pas Ă  15 Ă  mesurer les cols…).

FĂ©licitations et beaucoup, beaucoup beaucoup de bonheur… (et bon courage, aussi…)


 

merci les filles! Quand Ă  toi Madgalena, j’espère qu’un jour tu auras toi aussi le bonheur de faire “l’Ă©lĂ©phant de mer” dans une salle de travail!! On ne sait jamais ce que la vie nous rĂ©serve!!


 

euh? pour philesb et moi on est des mecs lol


 

au dĂ©but de l’article je me suis dis: ” bah, quelle horreur! je vais aller me faire ligaturer les trompes. Mon utĂ©rus, c’est pas un Ă©tal de melons au marchĂ© non mais !”


et quelques lignes plus tard, je me suis dit: “OOOoooh (tĂŞte penchĂ©e et regard de cocker), c’est quand mon tour?”


très joli article!


 

C’est en effet une pĂ©riode oĂą on a l’impression que la moitiĂ© de la terre vous zieute l’entrejambe. Et ça continue après pendant plusieurs semaines : gynĂ©co, rééducation du pĂ©rinĂ©e…

Les hommes ne connaissent pas leur chance.


 

Tout d’un coup, j’ai peur ^^


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