Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

24. mai 2012

Mot de passe oublié

Zora

Je le méprisais ce matin au cours, c’est la première fois qu’il vient, il ne connaît personne et il est là à faire mille blagues à la seconde et à ne donner de place à personne d’autre, il est tout excité, il bat du genou constamment, j’aime pas les gens qui font ça, il me rend nerveuse. Ce soir, ça va pas mieux, il fait son malin à chanter toute la soirée et Daisy me dit devant lui qu’il n’est pas vilain garçon, qu’il a du charisme, beurk. J’ai pas envie de me taper ce type pendant une semaine et en plus, j’ai capté que sa chambre est juste à côté de la mienne. En plus il me fait un plat à deux balles tu ressembles à Emmanuelle Béart (c’était avant qu’elle fasse l’amour à un canard) et veux-tu que je t’en colle une, ça va bien aller merci.

Quand il me demande, en allant se coucher, de venir dans sa chambre pour discuter et pour le border, je ne comprends rien. Il a pas senti que je le déteste ? Il a pas compris ? Qu’est-ce qu’il me veut ?
Tu comprendras un peu plus tard ces questions niaises.
Je le rejoins dans sa chambre et nous parlons assez longuement de choses et d’autres, j’aimerais vraiment me souvenir de quoi, toujours est-il que ça me plait, il est moins insupportable en tête à tête.

A un moment, il me dit qu’il faut que je l’embrasse pour qu’il puisse s’endormir. Je lui dis je veux pas que tu t’endormes, j’aime bien papoter.
Il insiste, je ne comprends pas. (non mais vraiment, je ne comprends pas)
Je l’embrasse gentiment sur la joue.
Sur la joue…Ben oui, parce que ce que j’ai omis de dire jusque là, c’est que nous sommes en 1990 et que je suis une innocente jeune fille avec un ticheurte blanc-bleu et un dauphin en pendentif (ben oué) sur une chaîne en or (et re-oué), qui n’a jamais vu un joint de sa vie, qui n’a jamais embrassé un garçon sur la bouche, qui ne sort pas, qui ne fait pas le mur, qui ne boit pas d’alcool et qui a vaguement fumé une cigarette un jour qu’elle était seule à l’étang, pour essayer parce que c’est la classe. Ca s’appelle godiche je crois.

Ok, le garçon me remet les pendules à l’heure, c’est là qu’il faut que tu m’embrasses et il me montre sa bouche.
Ah d’accord, j’avais pas compris ! Attends tu veux donc dire que…
C’est donc le moment, ça y est, c’est aujourd’hui que je vais embrasser un garçon sur la bouche pour la première fois…Tu m’aurais dit ça ce matin, je t’aurais traitĂ©e de triple idiote et voilĂ  que j’approche ma bouche de ses lèvres et que je me mets Ă  les bĂ©coter. Il m’apprend, il a 20 ans et cette sensation, oh maman, cette sensation, ma bouche se fond dans la chaleur de la sienne, je ne la sens plus, je suis un marshmallow grillĂ©, grillĂ©e et en pleine perdition. Je m’allonge contre lui et…tu peux l’expliquer toi ce que ça fait d’être complètement tourneboulĂ©e, submergĂ©e par la chaleur et l’humiditĂ© au point que tu oublies que tu as un corps et qu’en mĂŞme temps c’est le seul truc qui te reste Ă  la conscience ? Enfin soit, le garçon a vingt ans et moi quinze et il se met Ă  me peloter les seins et c’est dĂ©licieux, mais pourtant, je reviens dans le mode « conscience » des jeunes filles responsables dont je fais (malheureusement) partie. Je me dis ouah c’est la première fois que j’embrasse un garçon sur la bouche, ça ne peut pas ĂŞtre aussi la première fois que je fais l’amour, ça ferait trop de choses Ă  assimiler en trop peu de temps pour mon mini-cerveau de musaraigne.
Je fais donc la sage, je lui dis je vais aller me coucher, dans ma chambre.

Le lendemain, après déjeuner, il me propose de faire une sieste et de zapper les cours.
Les rideaux tirés, l’obscurité si particulière d’une chambre l’après-midi, ses baisers, ses étreintes, mon abandon. C’est là que je bascule, que mon cerveau décède. Je passe la semaine dans cette chambre à ne pas dormir, à lire « L’insoutenable légèreté de l’être » de Milan Kundera, à l’attendre souvent, parce que lui, il va au cours des fois, moi non, c’est pas la peine, les fois où je vais au cours, je n’arrive pas à me concentrer, je me fais assaillir par l’exigence de mon désir, je suis un sexe ambulant, hors du rythme, le prof me dit va dormir, c’est pas la peine.

Nous n’avons pas fait l’amour cette semaine-là, ni après d’ailleurs, je lui ai à peine touché le sexe, la consistance m’a fait penser à ces gommes parfumées de toutes les couleurs que j’avais dans mon plumier. D’ailleurs j’ai passé le restant de l’année scolaire à triturer ces pauvres petites choses en m’érotisant toute seule.

la-premiere-fois.JPG

Il y a eu une autre première fois. A deux trois jours d’intervalle, ma première pelle et aussi mon premier cunni. Je me souviens d’avoir été gênée, je me disais que ça devait pas être agréable à faire, j’avais un peu honte et ça m’a un peu gâché le plaisir. Après, quand les garçons me disaient que c’était vraiment super agréable et qu’ils adoraient ça, j’ai pu mieux en profiter mais ce n’est que bien plus tard, quand j’ai moi-même fait un cunni à une fille, que j’ai compris l’intérêt de la chose. Mais ça, c’est une autre histoire.

Forcément, c’était aussi la semaine de mon premier râteau. Ben oui, tout à la fois, sinon c’est pas drôle. Nous n’habitions pas dans la même ville et puis lui, mon délire de fille raisonnable et mon âge, ça le faisait à moitié rire je crois.

Je suis restée amoureuse de lui pendant deux ans. Sur ces deux ans, on a repassé deux nuits ensemble, mais jamais seuls, on dormait à plein dans une chambre.
La première nuit, je l’avais anticipée à mort, je m’étais acheté un ensemble Lejaby (dont j’ai encore la culotte) et je me suis arrangée pour me déshabiller devant lui, tout à fait innocemment…tu parles comme j’ai dû avoir l’air fine.

Les deux nuits, on les a passées sans bouger, l’un à côté de l’autre, sa main sur mon ventre et le carnage dans ma culotte. Puis je suis passée à autre chose, à une autre première fois.

 

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Joli texte…ça traduit bien ce qu’on a toutes vĂ©cu Ă  cet âge : le dĂ©but de dĂ©sir, la peur, la honte et l’amour, aussi.


 

Très sympa ^^ Pour ma part, la première fois a Ă©tĂ© tellement catastrophique que j’en ai fini par oublier que j’ai eu une première fois.


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