Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

24. mai 2012

Mot de passe oublié

Zora

Article sélectionné par La poupée russe lors de sa semaine de rédaction en chef

Je ne sais pas pour vous, mais cette année, pour moi, novembre, c’était la déprime. La crise existentielle, la défragmentation, le vide sidéral. Comme rarement. Ma conception nihiliste de la vie qui en général me renforce (rien n’a de sens, rien ne vaut vraiment la peine de se bouger, les gens sont cons, à quoi bon ?) m’est revenue en pleine face et s’est mise à me couler.

le-vilain-petit-canard.jpgJe n’avais plus l’énergie de rien, je me levais le matin et me lançais des défis ridicules, genre faire la vaisselle et sortir acheter du pain, et j’avais toute la peine du monde à les relever. A me relever.
Je ne savais plus qui j’étais, quelle était ma relation aux gens, à mon amoureux, à mes amis, à mes parents, au travail, à la société etc… Ma dernière réflexion était de me dire que l’âme et la personnalité n’existent pas, qu’on est tous du vide déguisé, qu’il n’y a que l’image qui existe.

L’histoire du vilain petit canard m’a toujours fascinée. Cet être esseulé, rejeté de tous, qui se sent coupable d’être laid et pas adapté et qui se fait finalement adopter par ses pairs me donnait l’espoir qu’un jour moi aussi je serais capable de déployer mes ailes, en sécurité auprès des miens, et de briller de mille feux.

Petite, c’est l’histoire, comparable, de Cendrillon qui me fascinait. Cendrillon en haillons qui se fait repérer par le prince et termine épousée dans la belle robe et aimée, sauvée. Mais Cendrillon, je l’ai envoyée balader parce que cette histoire-là fait plus de mal que de bien aux petites filles qui finissent par croire dur comme fer que c’est un homme qui va arriver pour les reconnaître et leur donner de la valeur…Tu peux toujours attendre.

Le vilain petit canard, lui, est tout seul, il essaye de se faire adopter dans différentes bandes avant de se faire jeter, encore et encore, jusqu’à ce qu’il aborde les cygnes, qui le reconnaissent et lui apprennent enfin l’appartenance.

J’ai 34 ans. Ça fait bientôt 20 ans que je dis que je veux écrire et que je fais tout pour m’en défendre, pour l’éviter, pour fuir. Comme le vilain petit canard, je n’ai toujours pas trouvé ma place, ma famille. Je suis allée voir à gauche à droite, j’ai rencontré des gens, des romanciers, des poètes avec qui je n’ai pas trouvé d’atome crochu et s’ensuivait toujours une période ou je me disais que tout ça, c’était pas pour moi, je me sentais totalement inadaptée. J’ai eu un blog pendant un temps, puis j’ai arrêté d’écrire pour la énième fois et le blog est mort. Puis j’ai collaboré avec un cinéaste sur ses films, j’ai appris les techniques de scénario et me voilà plus qualifiée qu’avant avec pourtant la même paralysie dans l’action.
Ça fait 20 ans que je tourne autour de l’écriture comme un ours autour d’un pot de miel. Et oui, si je compare ma vie à celle que je menais il y a dix ans, des progrès ont été faits, plus de projets, plus de visibilité, mais ces progrès sont minimes.

Si ma non-réalisation n’a jamais vraiment été une vraie souffrance jusque-là, c’est peut-être précisément parce que le vilain petit canard allait un jour trouver sa place parmi les cygnes et découvrir sa valeur et ne plus se soucier des autres volatiles.

Je me suis toujours dit qu’un jour, l’écriture me serait facile, comme une évidence, une discipline et une aisance dans le travail qui me viendraient subitement le jour où je comprendrais mes blocages et où je trouverais des gens ayant les mêmes aspirations que moi, mais à ce rythme-là, il me faudra plusieurs vies avant que ça ne m’arrive.

Et si ce jour n’arrivait jamais ? me dis-je, affalée dans mon fauteuil à rassembler le courage pour m’habiller et aller l’acheter ce foutu pain ? Et si je ne rencontrais jamais cette famille qui me permette de m’épanouir, de déployer mes ailes ?

C’est encore cette vieille notion Walt Disney que les choses vont t’arriver comme par enchantement.

Ce jour n’arrivera pas, ma pauvre idiote.
Et lĂ , je me dis que mĂŞme le vilain petit canard est un imposteur.

Un jour, il faut bien que j’admette que la Foi n’est rien sans mon ennemie jurée, l’Action.
Et vice versa. Et il serait peut-être temps de l’apprivoiser celle-ci.

Donc oui, il est temps de me mettre au boulot.
Écrire cet article était mon petit défi de la semaine.

(cc) Olivander

 

Signaler un abus

Envoyer Ă  un ami

Derniers commentaires

 

HĂ© bien en tout cas, c’est intĂ©ressant Ă  lire ton texte !

Continue !

peut-ĂŞtre que comme certaines ici, tu seras “remarquĂ©e” !

:)


 

DĂ©fi bien relevĂ© ! Et oui, dans la vie il faut agir, rien ne nous tombe tout cuit dans le bec (sauf si tes parents ont plein de fric et des relations partout) ^^ Mais je ne vois pas pourquoi tu ne pourrais pas y arriver aussi bien qu’une autre :p


 

j’ai beaucoup aime lire ton texte, je te souhaite de continuer…


 

Procrastination, quand tu nous tiens… Mais je suis ravie de voir que t’as pris confiance et Ă©crit cet article, qui valait la peine :)

Bonne continuation!


 

Très bel article, qui prouve que ton travail a fini par payer!

Je te souhaite de t’accrocher et de continuer, le vilain petit canard se transforme en magnifique cygne a la fin!


 

Merci pour vos encouragements, ça me fait vraiment plaisir :-)


 

Très bon article.


 

C’est vrai qu’il est facile de se laisser aller, de rĂŞver d’action au lieu d’agir vraiment. C’est plus facile. Tant qu’on reste dans le rĂŞve et l’espoir, on Ă©vite tous risques de se planter et/ou de devoir admettre que nos rĂŞves nous sont hors de portĂ©e.


Mais, en contre-partie, tant qu’on se lance pas, on ne se donne pas les moyens de vĂ©rifier si “ça” nous plait vraiment ou si c’est juste une idĂ©e qu’on se fait.


Sinon, je confirme : novembre = moral en baisse et chamboulement existentiel.


 

Moi je n’irais pas dans le sens des filles qui disent “tres bon article” meme si Oui il l’est, bon.

Je te dirais plutot : AGIS, reveille toi, ecris, fonce, défonce toi dans ce que tu veux, mets-y ton energie car personne ne le fera pour toi.

Pourtant ça en vaut vraiment la peine.

Non le monde n’est pas rempli de cons qui ne valent pas la peine qu’on agisse, et la vie n’est pas une Ă©preuve de vide intersidĂ©ral Ă  franchir : la Vie vaut beaucoup mieux que ça.

Alors donne toi ce courage d’avancer, d’Ă©crire, de t’y mettre, et alors la Vie te le rendra au centuple….

Bon courage.

Merci pour ton article, tu comprendras qu’il me touche ;o)


 

J’attends avec impatience de te relire


;)


Je laisse un commentaire

NB : Avant de commenter, rendez-vous sur la charte des commentaires

Vous devez vous identifier pour pouvoir laisser un commentaire.

Zapping

Laurie
Laurie a posté un commentaire. (21:02)
Audrob
Audrob a posté un article. (18:52)
Rose H.
Rose H. a posté un commentaire. (17:13)
Kostasb13
Kostasb13 a mis Ă  jour son avatar. (17:13)
Kostasb13
Kostasb13 se lance dans l'aventure Ladies Room. (17:13)
Previously on LR

Paulette, émancipée ?

J'en ai tellement entendu parler que je voulais voir ça par moi-même. Je parle de Paulette, bien sûr, le magazine communautaire lancé par Irène Olczak. En 2010, c'était la version web, puis plus...

Bref : un phénomène de société ?

Bref, programme court ou shortcom, est diffusée sur l’antenne de Canal + depuis septembre 2011. Ce n’est pas la première série de ce genre. Un gars une fille avait aussi eu un grand succès...

Récit de concert où glam et bière peuvent rimer

Ce jour-là, j'avais mis trois heures à me préparer pour le concert qui m'attendait et j'ai bien fait. Habituée des petits concerts de ma ville, frêle esquif aimant la bière, j'étais encore une fois parée...

Paradigme de la vie et des relations par mon chat

Parfois, je me sens proche des idées de Brigitte Bardot. Je ne parle pas de cette obsession pour la choucroute ou l’aigreur haineuse, mais plutôt de la croyance en un monde animal...

Ne pars pas

C’est sous la pluie battante que je le regarde partir, la nuit tombe doucement ce soir, timidement. Dois-je le rattraper pour lui dire ce que je ressens ou laisser faire la vie qui peut-être le ramènera à moi ? Je n’ai pas le courage...

D'autres vies que la mienne d'Emmanuel Carrère

Travaillant depuis peu dans le domaine du droit, une collègue m'a conseillé de lire le roman d'Autres vies que la mienne d'Emmanuel Carrère afin de mieux appréhender le monde de la jurisprudence...

Les Partenaires

Les Amies

Paperblog