Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

28. mai 2012

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Swingtown ou les 70’s disséquées

C’est dans l’émission + Clair que j’ai entendu parler de Swingtown, alors qu’un reportage témoignait de la polémique qu’a engendré le show aux Etats-Unis. Certains criaient au scandale parce que la série créée par Mike Kelley, qui se situe dans les 70’s, traite de l’échangisme (des « swinging couple », d’où le titre). Présentée comme ça, bof, j’avais pas spécialement envie de regarder, mais j’aime bien les 70’s, alors j’y ai quand même jeté un œil.

swingtown1.jpgLa libération sexuelle et sociale des 70’s

Trois couples sont au centre de l’histoire : Susan et Bruce Miller déménagent dans un quartier chic de Chicago. Leurs voisins et meilleurs amis, les Thompson, classiques et un peu chiants, sont tristes de les voir partir (même si ledit quartier chic n’est qu’à 3 pâtés de maison). Les Miller vont alors faire la connaissance de leurs nouveaux voisins, Tom et Trina Decker, un couple « libre », complètement fashion et adepte de l’échangisme.

J’ai lu plus de mauvaises critiques que de bonnes, qui en général accusaient la série d’accumuler les clichés, et au final, de ne pas être très divertissante. Je ne suis pas du tout d’accord, et je me demande même si certains n’oublient pas de solliciter leur cerveau lorsqu’ils regardent des séries, sous prétexte que c’est un divertissement.
Effectivement on peut trouver un peu cliché qu’il y ait le couple moderne « pour », le couple tradi « contre », et le couple tenté mais hésitant.

Pourtant la série est très loin de n’être que ça : l’échangisme n’est qu’un prétexte parmi tant d’autres pour parler de l’impact de la libération sexuelle et sociale des 70’s dans les suburbs américains. Il n’y a d’ailleurs que très peu de scènes explicites, et quand je dis explicite, on ne voit strictement rien de plus que des roulages de pelles, j’étais donc étonnée : mais qu’est-ce qui a pu provoquer un  tel tollé ?

Manichéisme VS Sentiments

Au fur et à mesure qu’on avance dans les épisodes, je commence à comprendre : les personnalités des personnages s’affirment, et ce manichéisme tout particulièrement américain s’estompe. Il n’y a pas d’un côté les gros pervers qui s’envoient en l’air en groupe, et de l’autre les familles « bien comme il faut » : tous les personnages ont les mêmes questions existentielles, les mêmes doutes et les mêmes désirs, qu’ils soient totalement assumés, refoulés ou contrôlés. J’ai rarement vu une série qui traite des sentiments humains, au niveau du couple surtout, mais aussi de l’amitié, avec autant de profondeur. Avec la famille Miller, on assiste à tous les rites de passage : l’érosion des sentiments et l’impression de vivre une seconde jeunesse sur les dancefloors avec leurs nouveaux voisins pour les parents, l’émancipation pour l’adolescente Laurie, et le premier amour hésitant pour le jeune B.J.

Grâce au casting, des femmes notamment, tout ça passe très bien sans être neuneu : à chaque épisode on en découvre davantage sur chaque personnage, et tous sont beaucoup plus que ce qu’ils laissent paraître. Swingtown fustige cette Amérique des apparences, où quand on assume pas d’avoir envie de tenter certaines expériences jugées incorrectes par la société, on refoule à mort et on emmène toute la famille à la messe le dimanche, plus pour montrer aux voisins qu’on est « comme il faut » que par réel croyance religieuse.

Le constat de la série est que se questionner sur soi, connaître et assumer ses désirs et surtout ses sentiments, et bien c’est difficile et parfois douloureux, et jamais sans conséquence. Mais on est tous obligé d’y passer à un moment ou à un autre, le refoulement étant une solution de facilité qui est aussi intenable que peu épanouissante.

L’émancipation des femmes

La série est également très bien faite au niveau de la reconstitution de cette époque où les mentalités changent et les femmes prennent peu à peu leur indépendance.
Certaines phrases font bondir : « You’re the heart of the family, i’m the head », dit Roger Thompson à Janet, sa femme, pour lui rappeler que c’est lui qui a le dernier mot concernant les décisions de la famille. On se rappelle alors qu’à l’époque une femme devait ménager son mari et lui demander son accord pour travailler, pour ne pas le brusquer dans sa virilité, lui qui devait forcément subvenir aux besoins de sa famille pour cause de chromosome XY. Quand le dernier épisode nous remémore que la série se passe en 1976, on se rend compte que tout ça n’est pas si vieux.
Laurie, la fille du couple Miller, représente ce changement : super intelligente, engagée politiquement et féministe, elle s’oppose à son père et montre qu’elle est capable de faire ses propres choix.

Bon pour ta culture gé !

Il y a plein de rappels historiques, un épisode traite notamment de la poursuite par l’administration Nixon d’Harry Reems, acteur principal du film Gorge Profonde. Le but était d’en faire un exemple pour intimider quiconque voulant participer à la création de film porno. Pour la petite histoire, Harry Reems a été jugé coupable en 1976 mais un grand nombre de figures majeures d’ Hollywood, dont Frank Sinatra, Sammy Davis Jr., Jack Nicholson et Warren Beatty, se sont ralliés à ses côtés, étant contre cette censure et l’entrave à la liberté d’expression. Finalement, sa condamnation a fini par être annulée.

Vous pourrez aussi réviser votre connaissance en présidents américains puisque Laurie a souvent des discussions à ce sujet avec son boyfriend. Dans tout autre domaine, vous saurez également ce qu’est un quaaludes (ou mandrax) et une key party…

Disco, paillettes et design rétro

Le New Yorker, cette danse collective des 70’s qui faisait fureur, n’aura plus de secret pour vous, grâce à la démonstration des acteurs de Swingtown. Pas de problème non plus pour retrouver la bande-son de chaque épisode puisque tout est dispo sur lastfm.

Mention spéciale au superbe travail des décorateurs de la série qui s’en sont donnés à cœur joie entre les téléphones filaires à cadran ou ovale, les tailles très hautes, les cols pelle à tarte et les affreux papiers peint à fleurs.

Le petit +

Si je ne vous ai pas encore convaincu de regarder cette série de qualité, sachez que vous pourrez y retrouver Erin Daniels (Dana de L Word) en avocate féministe (et blonde) et Grant Show (Jack de Melrose Place) en beau mec swinger avec une grosse moustache 70’s fort ridicule.

Une piqûre de rappel nécessaire

Au final, je comprends peut-être pourquoi on a voulu absolument interdire cette série : à l’heure où une partie de l’Amérique prône assez fort pour que le reste du monde l’entende une certaine régression, notamment au niveau du droit des femmes, Swingtown nous remémore que dans les années 70 débutaient ces combats féministes que l’ont croyait acquis pour de bon. Une piqûre de rappel qui semble plus que salutaire à l’heure où une Sarah Palin a failli être vice-présidente et où les lobbys conservateurs ont énormément de pouvoir, arrivant même à faire censurer certains programmes.

Sur Swingtown, The American Family Association et le Parents Television Council entre autres ont quand même obtenu que de grosses entreprises stoppent l’achat d’espaces publicitaires pendant la série.

Entre ça et la faible audience de cette première saison diffusée l’été dernier sur CBS, la série a peu de chance d’avoir une deuxième saison. Une pétition de fans peut d’ores et déjà être signée online, mais il y a peu d’espoir. D’ailleurs, le producteur Alan Poul a précisé que le dernier épisode de la saison a été tourné en tenant compte de cette possibilité : il se termine sur un cliffhanger, qui permet une éventuelle suite mais qui donne également (selon lui) une fin satisfaisante.

 

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Derniers commentaires

 

tout à fait d’accord avec toi. J’ai eu la chance de me frotter à la première saison. Je l’ai trouvé captivante . Le choix délibéré d’aborder le thème en apparence léger de l’échangisme pour évoquer toute une période de bouleversements culturels m’a paru particulièrement judicieux. L’acharnement dont a été victime la série met surtout à jour une certaine hypocrisie et prouve une fois de plus qu’une partie de la société américaine continue de rêver sa famille idéale comme une espèce de prison dorée à la 7th heaven (7 à la maison) où papa, maman et leurs gentils enfants vont à l’église tout les dimanches et se jurent abstinence les uns aux autres tout en crachant sur les moeurs dissolues de la société moderne… Je me demande d’ailleurs à ce titre s’ils ont vraiment pris la peine de regarder ne serait ce qu’un épisode avant de se prononcer de manière aussi tranchée car d’ autant que je me souvienne les moments les plus torrides … sont des scènes roulages de pelle on ne peut plus courantes dans ce type de série … il n’y aura pas de deuxième saison : “pas bankable” selon la chaîne. Dommage je commençais tout juste à trouver tout ses gens en pantalon taille haute ultra serré, moustache surdéveloppée et brushing à la Travolta terriblement uuuuum sexy; Mention spéciale pour la Bree Van De kamp de la série, Janet ( époustouflante Miriam Shor ),qui selon moi, est l’une des figures les plus intéressantes de ce microcosme.


 

ça donne envie d’aller découvrir cette série…On manque de choses non-politiquement correctes ^^


 

d’accord avec kirb!


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