Cela pourrait être le titre de la dernière daube sucrée de Christina Aguilera, vite arrivée dans les bacs, vite oubliée. Un clin d’Å“il à cette comédie musicale cheap avec Elvis Presley. Ou le énième album de Marianne Faithfull, la grande dame du rock and roll Anglais. Un truc triste et sourd, une dernière tentative de la plus fameuse des groupies pour enfin devenir autre chose que l’image vieillie du swinging london, qui s’ennuie à l’heure du thé entre quelques films à la tonalité étouffée, ses photos privées avec les Stones et la machine à écrire déglinguée de W.S.Burrough.
C’est sans compter la personnalité de Faithfull, ces yeux moqueurs sous le casque blond et cette formidable voix patinée par l’âge et la cigarette, tellement plus puissante et profonde qu’à l’époque de As Tears Go By. Grave, musquée, noire, presque gothique, la voix de Marianne transperce le temps, dépasse les modes. En vol au dessus d’un nid de coucous. On a l’impression que si elle ne peut jamais être pleinement joyeuse, sa voix a contribué à créer au fil des ans cette espèce de saint des saints des égéries immortelles, un territoire dark et race, ou entourée de quelques invités de choix, elle se livre à des considérations calmes et émouvantes sur le commun des mortels.
En très bonne compagnie, Marianne défriche ici avec ce double CD un nouveau territoire, à la fois classiquement pop et terriblement jazzy, laissant la place à une vraie liberté des cuivres et des cordes. L’émotion est palpable, la voix quitte parfois sa forteresse sophistiquée pour juste vibrer en roue libre avec le jazz band qui a les luxueuses tonalités du bois ciré qui respire en rythme, celle d’une Irina Palm un peu allumée, à la fois gentiment vulgaire et émouvante au House Of Blues de Chicago .
Essentiellement constitué de reprises, l’album met discrètement à nu ce qui fait la classe et l’allure de Faithfull : une sorte de détachement désabusé sur la vie, et une réelle passion des émotions ciselées, ce qui reste quand tout le reste disparait- que ce soit un arrangement de qualité, ou le soutien de Cat Power -
C’est un disque risqué aussi, avec des reprises variées, de l’icône plastique Dolly Parton (”Down From Dover”) aux doux rockeurs du Black Rebel Motorcycle Club (”salvation”).
Il y a des moments où on ne sait pas si Marianne a placé une certaine collaboration par gout, par amitié et par respect, ou pour meubler, finir cet album, pouvoir le vendre et se rassurer sur son identité médiatique d’égérie. Il y a cet aspect “vendeur/sécurité” qui me dérange un peu : il y a Nick Cave un peu là par habitude (son groupe, les Bad Seeds, fut souvent le backing band de l’anglaise), et aussi un Keith Richards fantomatique, carrément là à contrecÅ“ur.
Mais il y a surtout des moments de grâce où elle semble simplement fumer une cigarette à la fenêtre d’une décapotable, hallucinante de classe et sans ceinture de sécurité, comme une Deneuve délurée qui aurait pris un acide dans un film de Jacques Demy : une simple reprise des Decemberists (”The Crane Wife 3″) et Marianne s’envole, là où seules Nico, Pallenberg et quelques autres savent à quoi ressemble l’éternité.
Easy Come , Easy Go de Marianne Faitfull, sorti le 10 novembre 08
Dates en Europe : 1
12-06 Reims, France - La Comédie
12-09 Geneva, Switzerland - Comédie
02-06 Luxembourg, Luxembourg - Théâtre National de Luxembourg
02-07 Luxembourg, Luxembourg - Théâtre National de Luxembourg
posté le 20/11/2008 | 2394 vues | aucun commentaire | tags: Marianne Faithfull album critique
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