Que les choses soient claires : je suis une pure pessimiste de la mort absolue. Je crois que je verrai le déluge de mon vivant, que l’humanité va s’auto-détruire dans cinq secondes, et pire encore, que Lorie aura eu le temps de sortir un nouvel album. Je crois que le legging va redevenir à la mode, qu’on va réélire Sarkozy et que le chat du voisin est mort. Pourtant, je considère que j’ai de la chance.
C’est assez irrationnel, vu que je n’ai jamais gagné au Loto (je ne joue pas), que je n’ai même jamais rien gagné du tout (à part la terreur de ceux qui m’affrontent au poker), et que j’ai le don de toujours récupérer le siège à côté du bébé (mais je change de place). Alors quoi ? Et bien pas grand-chose, honnêtement, juste ma manière de penser.
Il y a deux mois j’ai trouvé dix euros par terre devant ma porte, et j’ai payé à boire à mes copains, et j’ai passé une excellente soirée. Même si j’ai sans doute claqué dix euros pour pleiiiin de conneries depuis cette bouteille de vin, je me considère toujours en dette cosmique par rapport à mon karma. D’autant que je lui dois toujours les deux cents balles que j’ai trouvés par terre il y a dix ans. En fait, dès qu’il m’arrive un truc pas cool et inattendu, c’est plus fort que moi, je pense à ces dix euros tombés du ciel et aussi à ma bonne santé, au fait que dans ma famille les gens ne meurent pas, ou à mes amis qui sont des créatures plus charmantes que des Petits Poneys.
Mais pourquoi tant de bonne humeur, alors que j’ai passé les vingt premières années de mon existence à me galérer ma race ? Et bien justement, à cause de ça précisément. Sauf à passer sous un camion, et sans jouer les Cosette, ma super jeunesse en banlieue pourrie pouvait difficilement évoluer vers quelque chose d’encore plus nul. Alors que si j’étais née Marie-Candice dans le 16e, j’aurais sans doute pu tomber de haut (genre, de mon cheval).
Ce qui compte, en fait, c’est le sens de la vie. La mienne s’incline clairement et exponentiellement vers le bas, pas comme une défaite mais comme une pente très douce : il suffit de me laisser porter, et rien qu’avec la force d’inertie c’est de plus en plus facile et léger.
Et puis il y a un deuxième phénomène bien connu des économistes du bonheur : la tendance naturelle à vouloir se comparer aux autres. Comme je ne fréquente ni top-modèles ni wondermen à succès (sans choisir volontairement des loseurs, hein), je me retrouve toujours dans le juste milieu, voire en haut du panier. D’ailleurs je crois très très sincèrement que lire des magazines people où tout le monde est riche et beau, c’est se faire du mal.
La chance, c’est un truc joli, même si ça n’existe que dans notre tête. C’est rassurant (tous les avions peuvent s’écraser sauf le mien, c’est une certitude absolue), ça rend reconnaissante (« Waou ils ont encore des burgers chez MacDo je suis TROP née sous une bonne étoile du zodiaque !!! »), c’est pas si courant (tout le monde revendique la loose), je pense même que ça lifte subtilement le front.
Alors comment on peut être pessimiste et chanceuse à la fois ? Déjà , parce qu’on n’a pas peur de la contradiction. Ensuite, à cause d’une constatation toute simple : si moi j’ai le cul bordé de nouilles, ce n’est pas le cas de tout le monde, et je suis quand même liée à au karma pourri de ceux qui partagent mon univers (les Français, l’humanité, les adorateurs de Lorie).
La preuve une fois encore, que l’Enfer c’est les autres. Les salauds.
* La jolie image est de bluheron.
posté le 17/11/2008 | 1312 vues | 2 commentaires | tags: sens de la vie karma coup de bol chance psycho
Etre pessimiste te rend profondément heureuse? Grand mal t’en fait ^^
J’espere qu’il ne t’arrivera que ce que tu n’attends pas, histoire de prouver que de un j’ai toujours raison, et que deux le karma est vraiment un gars qui veut te contredire.
Tres bel article!
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Tout à fait d’accord avec toi et Sartre qui a dégainé cette fameuse phrase : l’Enfer, c’est les autres !
Perso : l’avion j’ai l’impression que du moment où je suis à bord, il n’attendait que moi (ce fourbe) pour tomber…
Dans le doute, je le prend pas. En bonne trouillarde que je suis. héhé
L’ennui c’est que tu vas vraiment nous porter la poisse en croyant à la réélection du nabot ou le prochain album de Miss Franconville… MAIS TAIS TOI DONC !!! :)