Quand Bryan Sykes et son équipe sont parvenus à dater le corps de L’Homme des glaces découvert en 1991 dans les Alpes Italiennes, ils n’ont pas seulement réussi l’exploit d’extraire de l’ADN vieux de 5000 ans des os de ce pauvre homme congelé, ils ont eu aussi la brillante idée de la comparer avec de l’ADN d’une de nos contemporaines.
Ils vont trouver un patrimoine génétique commun entre l’inconnu mort dans les Alpes et une écossaise, preuve qu’ils ont eu par le passé une parente en commun.
L’intuition de Bryan Sykes est qu’il pourra faire de même avec les populations vivantes, retracer les liens de parenté qui nous unissent, prouver que notre patrimoine génétique tire sa source d’un individu ayant vécu il y a -150 000 ans sur le continent Africain et expliquer l’évolution et les migrations des populations à partir de ce continent, mettant ainsi à mal les théories régionalistes qui niaient nos origines communes et supposaient que chaque population s’était développée distinctement des autres.
Il arrivera également à prouver que l’homme de Neandertal est bien issu d’une espèce différente de la notre qui s’est depuis éteinte.
Les recherches de Bryan Sykes repose sur l’ADN mitochondriale, présente dans le cytoplasme de la cellule (contrairement à l’ADN qui se trouve dans le noyau), elle ne contient aucune séquence répétée, ne subit que très peu de mutation et est uniquement transmise par la mère.
Il distinguera sept femmes, toutes à l’origine de la quasi totalité des populations d’Europe à qui il donnera les noms suivant: Ursula, Xénia, Héléna, Velda, Tara, Katerine et Jasmine.
Ursula est née il y a quarante cinq mille ans au pied de l’actuel Parnasse, non loin de l’antique site de Delphes. Elle est l’ancêtre directe d’environ 11% des Européens modernes. Si sa descendance est présente dans l’Europe entière, elle est particulièrement bien représentée dans l’ouest de la Grande Bretagne et en Scandinavie.
Xénia a vécu il y a vingt-cinq mille ans dans ce qui était à l’époque les grandes plaines de l’Europe centrale. Elle est la mère de 6% des Européens modernes (et 1% des amérindiens). On retrouve ses descendants encore largement confinés en Europe de l’est et d’autres en France ou en Grande Bretagne.
Héléna est née il y a vingt mille ans, à l’époque la plus rigoureuse du dernier Âge glaciaire. Ses descendants se sont implantés dans toutes l’Europe puisqu’elle est la mère de 47% des Européens modernes.
Velda a vécu il y a dix-sept mille ans dans le nord de l’Espagne, dans les monts Cantabriques, à quelques kilomètres derrière l’actuel port de Santander. Aujourd’hui 5% des européens appartiennent à sa descendance, plus nombreux en Europe de l’est qu’à l’ouest. On retrouve certain de ses héritiers à l’extrême pointe de la Scandinavie parmi les Saami, en Finlande et dans le Nord de la Norvège.
Tara a sensiblement vécu à la même époque que Velda, il y a dix-sept mille ans, dans les collines de Toscane au nord ouest de l’Italie. Elle est à l’origine de 9% des Européens, la plupart concentré autour de la méditerranée et dans l’ouest de l’Europe. Ils sont aussi particulièrement nombreux dans l’ouest de la Grande Bretagne et en Irlande.
Katerine est née il y a quinze mille ans au alentour de Venise, à l’époque où la mer adriatique était à plus de cent cinquante kilomètres de là . Sa descendance représente 6% des Européens et sont concentrés au nord de l’Italie et autour de la méditerranée.
Jasmine est née il y a treize mille ans dans l’actuelle Syrie, à mille cinq cent mètres de l’Euphrate. Un peu moins de 17% des Européens sont ses descendants. A la différence des six autres, les descendants de Jasmine ne sont pas également répartis à travers l’Europe. Une branche suit la côte méditerranéenne jusqu’à l’Espagne et au Portugal et jusqu’à l’ouest de la Grande Bretagne. Elle est particulièrement répandue dans les Cornouailles, le pays de Galles et l’ouest de l’Écosse. Une autre branche est présente en Europe centrale et dans les plaines de l’Europe du Nord.
Cette démarche a été appliquée au reste du monde et vingt six autres clans ont pu être identifiés. Tous les clans convergent vers une seule aïeule d’origine Africaine, baptisée “Ève mitochondriale”. Elle est l’ancêtre maternelle de toutes les ancêtres maternelles de chacun des sept milliards d’habitants de la planète.
Cette découverte prive l’idée même de race de toute base biologique. Nous sommes tous le fruit d’un brassage, nous sommes tous apparentés. Chaque gène par un voyage différent, nous ramène tous à un ancêtre commun.
Les Sept Filles d’Eve, génétique et histoire de nos origines de Bryan Sykes publié chez Albin Michel 2001
posté le 01/11/2008 | 1954 vues | 6 commentaires | tags: Sykes origine monde génétique livre
Je sais que mon commentaire arrive un peu tard mais…pourquoi tu dis que tu devrais le mal??? Ton activité a un rapport plus au moins direct avec la génétique?
@Olympedegouges, de mémoire il fait de la biologie… enfin je crois.
En effet myama. Je suis en classe prépa bio, et ça devrait faire partie de ma culture générale.. Peut-être que cet article va me sauver au concours! :)
@:le mal: cours acheter le livre car il donne plus de détails sur les sequences utilisées de l’ADN mitochondriale, ca peut toujours servir! et je te met en lien cet article paru sur le site du cnrs, qui infirme la viabilité de l’utilisation de l’ADN mitochondriale dans le cas des invertébrés: http://www2.cnrs.fr/presse/journal/3279.htm
Bonne lecture!
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