Le 22 octobre est sorti le premier volet du biopic en deux parties que Jean-François Richet consacre à Jacques Mesrine, L’Instinct de Mort. Alors que je suis plutôt du genre sceptique quand une pluie d’éloges s’abat sur un film avant même sa sortie, pour le coup, j’ai été bien obligée de me rendre à l’évidence.
Le film est une réussite. Réalisation soignée, rythme soutenu, bande originale magnifique, interprétation magistrale, le film fait parfois penser au Casino de Martin Scorsese, et renoue avec la tradition des films noirs français à la Verneuil. Il suffit pour s’en convaincre de voir la scène d’ouverture : les images et la musique soulignent une tension qui, dès les premières secondes, vous happe dans la vie extraordinaire d’un homme hors du commun.
Mais attention, il ne s’agit pas de faire l’apologie de celui qui reste avant tout un criminel. Le portrait que nous propose Richet est, et c’est là tout son intérêt, sans aucune complaisance. Il nous montre un truand dont la popularité a peut-être trop vite gommé un caractère finalement très ambigu et aux nombreuses zones d’ombre : violent, rapide à dégainer, sans pitié ni scrupule, Mesrine n’était pas l’espèce d’Arsène Lupin que la mémoire collective semble vouloir garder en souvenir. Et pourtant, encore aujourd’hui, trente ans après sa mort, Mesrine fascine. Comment un homme, voleur, assassin, à la morale plus que douteuse, a-t-il pu devenir et rester notre truand « préféré » ?
Mesrine Ă©tait d’abord un anarchiste, luttant contre un système qui a fait de lui ce qu’il a Ă©tĂ©. La guerre d’AlgĂ©rie l’a probablement transformĂ©, et il dira lui-mĂŞme : « On a armĂ© ma main au son de la Marseillaise et cette main a pris le goĂ»t de l’arme.» Mais il Ă©tait surtout dĂ©terminĂ©, prĂŞt Ă aller jusqu’au bout de la « liberté » qu’il revendiquait, tout Ă fait lucide sur les sacrifices qui en sont l’inĂ©vitable prix.
Cette image d’un homme sachant où il voulait aller et y allant de toutes ses forces est probablement l’une des raisons pour lesquelles Mesrine est, de manière assez étonnante, une sorte de modèle, personnalité magnétique dont les traits de caractères résonnent en chacun de nous. Vivant selon ses propres règles, charmeur, plein de bagout et d’assurance, narguant avec insolence la loi et l’ordre, loyal envers ses amis et sa « cause » (il dénoncera à plusieurs reprises les quartiers de haute sécurité) : les moyens n’étaient certainement pas les meilleurs, et la fin sans doute pas toujours louable, mais personne ne reste indifférent face à ce genre de personnages.
D’autant que Mesrine aura surtout su se mettre lui-même en scène, faisant de sa vie des livres et un film avant qui que ce soit d’autre. Évasions spectaculaires qu’il annonçait lui-même (arrêté en mars 1973, il lancera : « Vous voulez parier que dans trois mois je serai dehors ? », ou préviendra encore qu’il ne « donnera pas » deux ans à La Santé), première arrestation par le commissaire Broussard qu’il trinquera au champagne, jeu du chat et de la souris avec la police, se laissant notamment interviewer par une journaliste de Paris-Match alors qu’il est en cavale, Mesrine n’était pas l’ennemi public n°1 pour rien.
Enfin, sa mort, porte de Clignancourt, est l’ultime et tragique épisode d’une vie digne d’un roman noir. Même s’il savait ce qui l’attendait (il dira à Broussard : « Quand nous nous rencontrerons à nouveau, ce sera à celui qui tirera le premier. »), un homme criblé de balles au volant de sa voiture, geste suspect ou pas, sommation ou non, ça ressemble à une exécution, prévue, planifiée, organisée, et peu importe l’homme, ça laisse un drôle de goût amer dans la bouche. Et ça a achevé de lancer le mythe.
La sortie du second volet, L’Ennemi Public n°1, est prévue le 19 novembre. J’y serai.
Citations extraites de: http://www.francesoir.fr/enquete/2008/10/22/jacques-mesrine-itineraire-d-un-malfaiteur-audacieux-qui-enfant-voulait-etre-truand.html
posté le 27/10/2008 | 1056 vues | 4 commentaires | tags: Mesrine
Oui super article, très juste. J’ai Ă©normĂ©ment aimĂ© le film pour les raisons que tu explique au dĂ©but, ce n’est pas une apologie.
Contrairement au film de Jean-Paul Rouve sur Spaggiari qui ne montrait que le cĂ´tĂ© mĂ©galo du personnage ; ici tout est montrĂ© et mis en avant. C’Ă©tait d’ailleurs, la condition sine qua non (j’ai envie de dire) pour que le film se fasse avec Vincent Cassel. Il a d’ailleurs prĂ©cisĂ© dans une interview (pour Studio) qu’il voulait que les gens Ă©prouvent le plaisir coupable de s’attacher au personnage…
Vincent Cassel a vraiment la gueule de l’emploi et est incontestablement l’un de nos meilleurs acteurs (dans ce genre de rĂ´le en tous cas…)
J’ai aussi beaucoup aimĂ© le film, alors que j’y allais un peu Ă reculons.
très bon article et très bons films également.
Moi qui dĂ©testais les films de gangsters, je ne me suis pas ennuyĂ©e une seconde. C’est dingue comme Cassel joue bien. C’est un vrai salaud, mais on a bizarrement envie qu’il rĂ©ussisse ses Ă©vasions. Il a mis un revolver dans la bouche de sa femme mais on Ă©prouve de la tendresse quand il sourit Ă sa fille…Cassel est vraiment très très fort ( mais pas très beau avec son gros bide! Quel don de soi!))
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Très bon article qui rend bien compte du film “Mesrine” tout en nous dĂ©peignant le principal protagoniste.
Quand je suis sortie de la salle “je me suis dit enfin un gangster un vrai et en plus un français”.
J’aurai brandi un drapeau français.
On se retrouve Ă supporter le mĂ©chant qui n’est mĂŞme pas gentil car on voit bien que c ‘est un grand malade Ă la personnalitĂ© complètement ravagĂ©e.
C’est la mĂŞme avec Dexter ou le film Hooligans..