Plutôt que de disserter, réfléchir, philosopher sur ma vie professionnelle, expliquer où j’en suis et comment j’en suis arrivée là et comparer ma situation à celle des femmes autour de moi, je me suis dit que le plus simple, ce serait encore de faire un condensé des discussions que j’ai  pu avoir avec des tas de personnes, à propos du boulot, le nôtre, celui des autres, celui qu’on aimerait faire ou qu’on fait déjà , bref des conversations que tout le monde a déjà eues, ramenées à un seul et même échange entre trois copines. Et comme je n’ai aucune imagination pour les prénoms (je ne vous raconte pas la galère que ça a été pour trouver des prénoms à mes deux garçons !), A, B et C, ce sera très bien.
AÂ : Bon, les filles, on est lĂ pour parler travail.
C : Ben ça va aller pour toi, ça va être rapide.
A : Pourquoi tu dis ça ? Je ne sais pas ce que c’est le travail, c’est ça ?
B : Non, je pense plutôt que ce qu’elle a voulu dire, c’est que comme tu ne travailles pas, c’est un peu plus rapide à expliquer, c’est tout…
A : Ah oui, vous croyez ? Et à votre avis, comment ils réagissent, les gens, quand je leur dis que j’ai 28 ans et que je suis mère au foyer ?
C : Parce qu’ils ont une réaction ?
A : Mais bien sûr, qu’est-ce que tu crois, ils me regardent comme si j’avais 60 ans de retard ! Je me retrouve toujours à être obligée d’expliquer que c’est un choix, une chance, et plus je me justifie, plus je trouve que ça sonne faux.
B : OK, mais pour nous qui te connaissons, on s’en fout, tu n’as pas à te justifier, on voit bien que ça te convient, et que tu n’as pas envie de bosser…N’est-ce pas ?
A : Non, bien sûr que non, je suis convaincue que je n’aurais pour l’instant aucun intérêt à travailler, je suis vraiment bien chez moi avec mes gosses.
C : Et puis c’est pas comme si tu avais vraiment bossé avant, que tu avais un travail auquel tu tenais…
A : Non, c’est vrai, je n’ai pas eu à faire un sacrifice de ce côté-là .
B : Alors que moi, c’est tout le contraire, j’adore mon travail, je m’éclate au boulot, mais du coup, maintenant, je me demande quel sera le meilleur moment pour avoir des enfants, je suis obligée de planifier ma famille.
C : Oui mais toi, au moins, tu t’épanouis, alors que moi, par exemple, au bureau, je me fais chier, mais vraiment.
A : Alors pourquoi tu ne changes pas ?
C : T’es marrante, toi, comme si c’était facile… On entend partout que c’est l’horreur, qu’avoir un CDI c’est inespéré, alors je ne vais pas m’amuser à risquer de tout perdre, surtout si je ne sais pas pour quoi.
A : En même temps, on fait tout un truc autour du boulot, mais est-ce que c’est vraiment tellement important ? Je veux dire, c’est pas le principal dans la vie, si ?
B : Je dirais que ça dépend de ton échelle de valeurs, et des choses que tu as envie de faire et d’accomplir dans ta vie.
C : Et moi je ne peux pas m’imaginer ne pas bosser. J’ai besoin d’avoir une activité intellectuelle, tu comprends ? Enfin, je ne veux pas dire que toi tu n’en as pas, mais…
A : Non, c’est bon, je comprends, je suis d’accord, c’est vrai aussi que parfois, j’aimerais me servir de mes neurones pour autre chose que le menu du jour. Mais en même temps, pour ça, j’ai tout un tas d’activités à côté, et puis j’essaye d’écrire, aussi.
B : Et pourquoi tu n’en fais pas un travail, alors ?
A : Parce qu’il faudrait que j’y consacre vraiment beaucoup de temps, je pense, pour pouvoir en vivre, et que pour l’instant, je n’en ai pas tant que ça.
C : Le temps, ça se trouve.
A : T’as peut-être raison, ouais… Bof, je me dis toujours que je pourrais m’y consacrer plus tard, quand j’aurais tourné la page famille de ma vie, et que je pourrais penser à travailler pour de bon.
BÂ : Pendant que moi, je penserai Ă fonder ma famille.
C : Et que moi, j’en serai encore à chercher l’un et l’autre.
B : Vous pensez qu’un jour, on aura fait tout ce qu’on avait envie de faire, qu’on ne sera plus en train de réaliser  des choses, mais que ce sera accompli, que nous, on sera accomplies ?
C : J’en sais rien, peut-être…
 A : Tu sais quoi ? J’espère bien que non.
(c) ‘Katch’
posté le 22/10/2008 | 1021 vues | 11 commentaires | tags: Les Amies friends conversation taf
@chocobox: on va pas encore faire un dĂ©bat stĂ©rile mais sincèrement pour moi une femme qui est au foyer n’a avant tout pas envie de travailler.
mais no problem, personne n’a envie de travailler. seulement une femme pourra toujours trouver l’excuse de la famille. chez un homme c’est encore très mal vu.
et non je ne nie pas le travail que ça reprĂ©sente d’ĂŞtre Ă la maison.
Petit rectificatif: tel que je vois les choses, une femme au foyer est avant tout une femme qui a eu la chance de pouvoir faire le choix de ne pas travailler.
Maintenant, pour ce qui est des hommes, je ne sais pas comment les autres le prendraient, mais si mon homme Ă moi avait envie de s’occuper de nos enfants et que je pouvais trouver un boulot qui nous ferait vivre aussi bien que le sien aujourd’hui, alors bingo, on Ă©change!
Ce que j’avais envie de soulever ici, c’est aussi le fait que jongler entre boulot et famille, faire le choix de l’un plutĂ´t que l’autre est une vraie problĂ©matique pour les femmes, alors que pour les hommes, j’ai l’impression que la question se pose moins. Mais ce n’est que mon humble avis.
Dans le mot “femme” , il y a , tout compris , “faire des choix” , “faire des sacrifices” , “jongler” , rien n’est simple , quand on est une femme , qui plus est dans une ville de province , on doit forcĂ©ment passer par lĂ , et au bout du compte , il y a toujours une frustration quelque part !
J’aime beaucoup cet article ! Les Ă©changes sont très pertinents !
@Rebecca M. ce qui me gĂŞne, c’est que tu penses que les femmes sont confrontĂ©es au choix plus que les hommes.
je pense surtout que chez les hommes il y a une certaine norme sociale qui voudrais qu’il reste celui qui apporte l’argent Ă la famille et qui voit mal le fait qu’il ait envie de pouponner.
mais tout change, doucement…
j’ai des collègues qui sont jeunes papas et eux aussi ont adaptĂ© leurs horaires pour s’occuper de leurs enfants: rĂ©sultat, eux aussi trouvent que c’est difficile de jongler entre boulot et enfants.
DeeCurl: tu penses qu’on est en dĂ©saccord, alors qu’en fait je te rejoins complètement: que les hommes aient envie de pouponner, c’est une merveilleuse avancĂ©e, mais il me semble que socialement, comme tu dis, ils sont plus enfermĂ©s dans leur rĂ´le de “gagne-pain”, de mĂŞme que la femme l’est dans celui de “maternante”, ce qui implique qu’elle soit obligĂ©e de prendre sur elle plusieurs responsabilitĂ©s qu’un homme laissera plus facilement filer, justement parce que la sociĂ©tĂ© le conforte dans ce rĂ´le. C’est un peu le serpent qui se mord la queue, en somme, mais si les individus qui se sentent concernĂ©s font entendre leur voix, la sociĂ©tĂ© changera…doucement, comme tu dis
Ah, j’allais oublier, Ă propos du jonglage entre boulot et vie de famille, la femme y est forcĂ©ment plus confrontĂ©e ne serait-ce qu’au niveau de la grossesse. Une femme qui a une carrière et qui veut faire des enfants doit se poser la question du “meilleur moment”, parce qu’il va forcĂ©ment falloir qu’elle s’arrĂŞte, et que le retour au travail n’est pas toujours aussi facilitĂ© que ça. J’ai beaucoup d’amies dans ce cas pour lesquelles c’est un vrai casse-tĂŞte. Encore quelque chose Ă faire avancer…
@Rebbeca M. alors on est d’accord! :)
à ton deuxième post, je réponds sans hésiter:
- rallonger le congĂ© paternitĂ© pour plus d’Ă©galitĂ© devant l’arrivĂ©e d’un enfant qui “pĂ©nalisera” hommes et femmes (et pas rallonger le congĂ© maternitĂ© seul comme vient de le dĂ©cider Bruxelles)
- généralisation du télétravail.
qui de nos politiques aura les c… de proposer ça?
Article très pertinent, pour ma part je suis un mĂ©lange de B et C. Je trouve que de nos jours ĂŞtre mère au foyer est un luxe dangereux. Un luxe : actuellement, mon ami ne peut financièrement pas assumer seul le coĂ»t de la vie (loyers, factures, courses, essences, impĂ´ts…) donc mĂŞme si je voulais rester Ă la maison, je ne pourrais pas. Dangereux : le jour oĂą monsieur vous quitte (ce que je ne souhaite Ă personne) ? Il faut trouver un emploi et lĂ … C’est l’impasse, la galère. Les employeurs ne sont pas tendres avec les femmes aux foyers et les renvoient vite fait bien fait Ă leurs chaudrons, hĂ©las… Cependant, je ne remets en cause aucun choix personnel, chacun sa vie… Du moment qu’on est heureuse, tout va bien.
Je suis d’accord que reposer financièrement sur son homme est dangereux lorsqu’on est femme au foyer (s’il s’en va, on est mal.), n’empĂŞche que les “working mothers” qui m’entoure ne gagne pas des fortunes car elles ne peuvent se donner Ă fond dans leur job, famille oblige… qu’elles engagent beaucoup de frais de garde et autres pour combler leurs absences et que du coup, elles gagnent leurs vies, certes, mais ne sont pas rĂ©ellement indĂ©pendantes financièrement (s’il s’en va, lĂ encore elles sont mal) …
Aussi, un retour Ă l’emploi ça se prĂ©pare, on peut très bien ĂŞtre femme au foyer et se tenir au courant du marchĂ© du travail, s’orienter, se former, apprendre une langue qui viendra donner du poids Ă son CV et se faire ou Ă©toffer un rĂ©seau! Comme dans tout job la reconversion est possible, faut s’y prĂ©parer, se donner les moyens:)
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