Je suis une travailleuse du sexe. Bon, d’accord, pas tout à fait. Je suis une travailleuse d’autour du sexe : mon boulot consiste à lire des bouquins de sexologie, regarder des films porno, squatter des sites érotiques, rencontrer des vendeurs de vibros, découvrir des artistes obsédés sexuels… et enfin, mixer tout ça dans des articles, des livres et des scénarios.
A plein de points de vue, c’est un job en or massif. Je ne me lève jamais le matin (sauf si je le veux bien), je peux bosser chez moi ou dans des bars ou toute nue ou en jogging pourri, je considère les discussions intimes des fins de soirées comme du temps de travail, et surtout, surtout, personne ne m’embête. J’ai des deadlines, des projets, des impératifs. Mais ça ne veut pas dire que je vais me taper des réunions et des collègues imposés. En huit ans de vie professionnelle, j’ai signé deux fois un CDI : Je n’ai jamais tenu plus de neuf mois. L’idée de devoir poser des vacances, au lieu d’en prendre tout simplement, me terrorise (vraiment).
Ensuite, bien sûr, il y a les mauvais côtés. L’autodiscipline obligatoire quand on aurait envie de se contenter de suivre un planning, les pages blanches, les comptes en banque ingérables, les questions indiscrètes des inconnus, la tendinite pas soignée depuis six mois, la flexibilité reine (« comment ça il te faut 12 pages pour demain ? »). La dernière fois que j’ai passé un jour sans penser au boulot, euh, je ne m’en rappelle pas. Je travaille les samedis, dimanches, jours fériés, et pendant les vacances. Bon, je ne vais pas m’en plaindre : C’est par choix.
Et donc, la libido. Même si je ne m’intéresse pas exclusivement à la sexualité, elle m’occupe facilement quatre heures par jour d’une manière purement théorique. Il y a le petit écœurement quand on lit un traité sur la perversion, le dégoût devant certains sites, la remise en question après certains articles, l’excitation devant la production érotique, les tests de sextoys. Ce qui, pour une seule journée, fait beaucoup de stimulations.
Je ne suis (malheureusement ?) pas comme ces chirurgiens qui réparent des os en bouillie toute la journée, et qui oublient instantanément leur boulot dès qu’ils rentrent chez eux. Peut-être que ça viendra avec le temps. En attendant, j’alterne entre des phases « quoi tu veux faire l’amour ? Hein ? Mais j’en ai marre de bosser, moi, sale mâle égoïste… ramène donc le scrabble par ici », et des phases « oh tiens j’ai encore envie, oui c’est la douzième fois depuis ce matin, oui je suis une obsédée, oui j’assume ».
J’ai donc des périodes avec sexe, et des périodes sans sexe. J’ai aussi des fantasmes qui évoluent, des points de vue intéressants sur ce que je fais dans mon lit, des nouvelles envies tout le temps. Mais il y a une grosse différence entre bosser sur la sexualité, et bosser sur SA sexualité à soi. La même différence qu’entre un boulot et un loisir, probablement…
(cc) purpleheartsurgery
posté le 22/10/2008 | 2722 vues | 5 commentaires | tags: libido boulot taf sexe
Moi, j’ai beaucoup rĂŞver quand Ă faire un boulot autour du sexe mais je ne sais pas si j’aurais assumer; en tout cas ce que tu fais je trouve ça très bien
bon courage pour sĂ©parer le vĂ©cu et le travail, moi je n’y arriverai pas
;-)
xena > ah bah mes parents Ă moi ça va… c’est plutĂ´t les parents des autres qui sont relou :)
Cela me rappelle ma seule soirée dans un call center érotique : plaus jamais !
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ton boulot dois ĂŞtre passionnant , mais tu ne rencontres jamais de pb avec ton entourage ? (je pense surtout aux parents …)