[ndlr : article sĂ©lectionnĂ© par Mely durant la semaine de rĂ©daction en chef]Â
La scène ne se passe pas au lit, Ă©tant donnĂ© qu’en ce moment au lit, si on y est, on y dort. MĂŞme pas on se parle, tu vois ? Donc la scène se passe dans le salon. Elle est assise dans le canapĂ©, un bĂ©bĂ© sur elle et deux prĂ©ados de huit ans de chaque cĂ´tĂ© en train de bruyamment finir leurs devoirs. Bien qu’Ă©puisĂ©e, elle est d’une humeur joyeuse pour la simple raison qu’elle s’est achetĂ© au Monoprix une petite robe en jean dans laquelle elle se sent merveilleusement bien, voire presque belle. Il est 19h00 et il rentre du boulot, embrasse tout le monde, la regarde amoureusement et lui demande :
- Tu as eu l’Ă©lectricien ?
Elle, un peu déçue qu’il ne s’extasie pas sur sa robe, rĂ©pond de mauvaise grâce :
- Il a laissĂ© un message, je n’ai pas rappelĂ©.
Lui : Je lui avais donnĂ© ton portable pour que tu lui dises Ă quelle heure ça t’arrange le mieux qu’il passe, je me suis dit que c’Ă©tait le plus simple.
Elle, sentant toute sa bonne humeur tomber comme un soufflé raté :
- Plus simple pour toi, ça c’est sĂ»r.
Lui, étonné :
- Attends, je ne comprends pas ? Vu que tu es Ă la maison, c’est mieux que tu voies avec lui, non ?
Elle, de plus en plus acide :
- Bien sĂ»r. De la mĂŞme façon qu’il est normal que je gère l’installation du nouveau lave-vaisselle, la livraison des courses, les activitĂ©s des grands, le vaccin de la petite, les sĂ©ances de kinĂ© et toutes ces autres choses passionnantes. C’est pratique hein, le congĂ© maternitĂ©.
Lui, agacé :
- Je ne vais quand même pas prendre une journée de congé alors que tu es là , si ?
Elle, sarcastique :
- Oh non, seigneur, il ne manquerait plus que ça ! Alors que de toutes façons, entre deux couches et trois tĂ©tĂ©es, je n’ai que ça Ă foutre, de me taper l’Ă©lectricien !
Lui, jetant l’Ă©ponge :
- Ouh lĂ … D’A-CCORD.
- Quoi, “D’A-CCORD” ? D’accord “elle a ses règles” ? D’accord “bobonne est mal lunĂ©e” ? Tu m’excuses, hein, je suis un peu en retard sur mon timing, le repas n’est pas fini, je me dĂ©pĂŞche. Si ce n’est pas trop demander, tu peux prendre Helmut deux minutes ?
Sur ce, elle part rageuse dans la cuisine, consciente d’avoir fait monter la mayonnaise toute seule comme une grande mais furieuse quand mĂŞme. Dire qu’il aurait suffit qu’il lance un “jolie robe !” et elle le rappelait sur le champ, l’Ă©lectricien. CrĂ©tin.
Alors qu’elle fait son boudin en touillant sa ratatouille, il apparait dans l’encoignure de la porte et l’observe, ne sachant pas trop si la crise est passĂ©e ou ne fait que commencer.
Après quelques minutes de silence, elle lance, plus agressive qu’elle ne le voudrait, mais c’est ça ou elle chouigne :
- Elle est moche, c’est ça ?
Lui, un peu perdu :
- Qu… quoi ?
- Ma robe, elle est moche. Dis-le, va. Au point oĂą j’en suis.
Et lĂ , non content d’avoir loupĂ© le coche en arrivant, il s’enfonce en hĂ©sitant trois secondes de trop :
- Ben, heu…
- C’est bon, j’ai compris, n’en rajoute pas. Et arrĂŞte de me regarder comme ça, merci.
- Non, mais attends, c’est pas ça, c’est juste que…
- Que quoi ? Tu trouves qu’elle ne me va pas, tu as le droit, tu n’y peux rien après tout. En mĂŞme temps c’est normal, rien ne me va, de toutes façons, je me demande pourquoi je persiste Ă acheter quoi que ce soit. Je vais mettre des jeans de grossesse jusqu’Ă la fin de ma vie, c’est pliĂ©. Et en plus j’ai bientĂ´t cinquante ans. C’est la fĂŞte, je te le dis, moi.
- N’importe quoi, hein. Tu as trente-s…
- Oh ça va hein. Ne joue pas sur les mots, c’est pas le moment. Tu viens de me balancer que ma robe est immonde alors que je l’ai achetĂ©e pour toi, en plus, alors essaie de ne pas remuer le couteau.
Là , comme un rat pris au piège, elle le voit se débattre intérieurement et chercher LA phrase magique, LA répartie qui le sauvera, le mot qui empêchera le tsunami lacrimal qui ne va pas manquer de se déclencher dans les secondes qui viennent.
Quand soudain, un éclair de génie :
- Mais non… c’est juste qu’en fait… Attends, fais voir. Si, c’est ça. Elle est trop grande.
Elle, hésitante :
- Trop… trop grande ? Tu crois ?
Puis, tournant sur elle mĂŞme :
- Vraiment, tu trouves ?
Lui, retenant son souffle, conscient de marcher sur des Ĺ“ufs mais sentant qu’il la tient, sa rĂ©ponse Ă dix mille dollars :
- Ah mais oui, je t’assure, c’est ça, elle est bien trop grande. La taille en dessous ce serait bien mieux.
Elle, ragaillardie :
- Non mais maintenant que tu le dis, j’ai hĂ©sitĂ©, tu vois. Mais bon, c’est du 44 et le 42 en ce moment, mĂŞme pas j’essaie, alors qu’en fait, mais oui, lĂ , ça baille, c’est vrai.
- Ben tu vois, tu aurais dĂ» tenter le 42. Tu as maigri, c’est tout.
Elle, émue :
- Ou… oui, si ça se trouve, tu as raison.
Puis, soudain souriante, preuve vivante que souvent femme varie :
- Bon, l’Ă©lectricien, tu as son numĂ©ro ?
Edit : En vrai, je ne suis pas si bĂŞte. Et je le sais que dans cette robe je fais sac. Et que le 42 ne m’irait pas. Et je sais aussi qu’il le sait. Mais parfois, faut bien dĂ©cider d’arrĂŞter avant que vraiment ça ne finisse vraiment en eau de boudin.
Edit2 : En revanche, toujours pas rappelĂ© l’Ă©lectricien. Faut pas dĂ©conner, non plus.
(c) Jessie Romaneix
posté le 13/10/2008 | 2115 vues | 22 commentaires | tags: dispute robe A deux Quotidien
ah le sketch! Pensée de ronde mieux que Florence Foresti!
Oh j’adore ! drole et mignon ! Vraiment bien.. et tellement vrai :D
Ah ben bravo c’Ă©tait pas gagnĂ© mais belle leçon de sortie de crise, des 2 cĂ´tĂ©s!
ouais super article, tres drole.
Je dois avouer que je me vois bien dans le role du pauv’ mec qui rentre du boulot et ne remarque pas que sa femme a juste une robe en jean. Je veux dire sa tenue est adequate vu le moment de la journee. Si elle avait achete une robe de soiree ou un tailleur et qu’elle le porte un jour de la semaine vers 19h les capteurs internes lies a mon age avance m’auraient indiques: fait gaffe y’a un piege , reflechis , trouve ce qui cloche etc…La, ma petite cervelle masculine serait passee en mode: putain elle vient d’acheter des fringues le compliment s’impose.
Comme quoi on a besoin d’etre eduque!!!!! :D
J’ai pleurĂ© de rire c’est trop drĂ´le. C’est dingue de voir comme on peut faire une histoire pour rien.
Juste excellent! On s’y retrouve Ă peine tiens. Non mais c’est vrai, c’est pourtant si simple de nous contenter…
J’adore, c’est excellent. Ravie de voir que je suis pas la seule meuf hystĂ©rique du coin ! :p
@marieedith: tu sais meuf et hysterique ca va generalement bien ensemble lol
Y a pas Ă dire, c’est bien tous les mĂŞmes ! Toujours Ă cĂ´tĂ© !!
Mais, moi je suis sĂ»re que le 42 ne te boudine pas, c’est parce que tu te vois bien plus grosse qu’en rĂ©alitĂ© !
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quel bohneur de lire une vraie tranche de vie, waoaw