Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

24. mai 2012

Mot de passe oublié

Elixie

Pourquoi on n’a pas assez parlé de Malalai Kakar

La crise : Les marchés financiers s’effondrent et potentiellement nos comptes en banque avec ; on parle de récession économique la plus importante de notre histoire, comme si un certain jeudi de l’année 1929 n’avait jamais existé, et Wall Street est devenu le centre du Monde. La crise est un “sujet-météo”, tel les prochaines élections américaines, la grossesse de Rachida Dati ou l’investissement de Tom Cruise au sein de l’Eglise de Scientologie. Un sujet-météo est un de ces sujets inépuisables, dont le thème permet de débattre pendant des heures de façon plus ou moins stérile puisqu’on n’en connaît pas réellement les implications ni le résultat final.

malalai-kakar.jpegDans le contexte actuel où on se fige sur les fluctuations boursières et autres fonds bancaires, peu savent que Malalai Kakar a été assassinée devant sa porte. A vrai dire, peu savent qui est Malalai Kakar.

L’Afghanistan fut d’abord maudit de par sa position géographique : Au centre du monde perse, le pays a du sans cesse lutter contre les envahisseurs indiens, russes, et britanniques. Son histoire compte plus de Shah tués que les Mille et Une Nuits ne compte de traductions. Quand les Afghans ne sont pas aux prises d’une invasion soviétique, ils doivent faire face à une guerre civile les opposants aux Talibans. Ces derniers, au départ simples étudiants en théologie, devinrent rapidement un groupe d’opposition, militant pour le retour à un “Islam pur”, groupe si important qu’il devint une communauté à part entière, communauté si puissante qu’elle arriva à la tête du pouvoir en 1996. L’Occident a immédiatement rejeté le mode de pensée des Talibans, notamment parce qu’il prônait le port de la burqa pour les femmes, mais la réalité sur place était différente : Epuisés par des années de combats, les Afghans voyaient plutôt d’un bon Å“il ce retour à la paix et à certaines valeurs. Le Pakistan soutient cette nation limitrophe qui semble retrouver ses marques. Sauf que petit à petit, les Talibans vont affirmer leur position extrémiste et intégriste.

En 2001, c’est la débandade. Ils détruisent les statues de Buddha, inscrites au patrimoine mondial de l’humanité de l’UNESCO. Le Pakistan les lâche. Et surtout, ils assassinent le commandant Massoud, chef de l’Armée Islamique, qui s’est distingué par ses prises de position : Il se battait pour un Afghanistan libre et avait signé la Charte des Droits Fondamentaux de la Femme Afghane. Suite aux attentats du 11 septembre, les États-Unis en font une affaire personnelle, et font tomber les talibans à la fin de l’année pivot, 2001.

A partir de ce moment, de tentative de meurtre (auprès du président actuel Hamid Karzaï notamment) en attentats, les Talibans n’ont eu de cesse de tenter de revenir sur le devant de la scène. Ils s’en prennent notamment aux bâtiments scolaires ou d’entreprises où des femmes y sont dirigeantes. Dans leur vision du monde, la femme ne doit pas travailler, rester à la maison, et ne sortir qu’accompagnée de son mari ou d’un membre de sa famille de sexe masculin. Tout refus de se plier à ces directives se terminait, sous leur dictature, par le fouet ou la lapidation.

Alors évidemment, quand une femme devient lieutenant-colonel et dirige le département des crimes contre les femmes à Kandahar, elle devient en même temps la cible numéro un des Talibans. Malalai Kakar a ainsi vu son crâne transpercé de 2 balles en même temps qu’on tirait sur son fils de 18 ans, qui sortait avec elle. Parce que c’était dans sa culture ou parce que cela lui permettait de cacher la kalachnikov et le pistolet qui la protégeaient, Malalai préférait porter la burqa. Mais elle avait cessé de s’en vêtir à partir de 2005 pour montrer aux femmes quels étaient leurs droits. Dire qu’elle était courageuse, c’est peu dire. On pourrait plutôt la décrire comme étant une warrior, une de ces femmes qui n’éprouvent pas la peur ou du moins, qui ne la laisse pas transparaître.

Malalai Kakar était une inspiration vivante, une féministe révolutionnaire, probablement pas assassinée pour rien, mais dont la mort est clairement un pas en arrière, et si nous connaissons aujourd’hui une récession financière, nous connaissons aussi une récession de l’humanité.

 

Signaler un abus

Envoyer à un ami

Derniers commentaires

 

Instructif. Merci


 

Super article… merci pour toutes ces infos, c’est vrai qu’on se sent souvent désinformé. C’est effectivement un pas en arrière qu’un telle femme ait été assassinée, mais j’espère que son travail n’aura pas été vain. J’espère qu’au contraire son meurtre fera se soulever plusieurs femmes comme elle qui se dresseront contre les talibans. Parce que le temps que l’occident se réveille, ça peut durer encore longtemps.


 

Pourquoi ne parle-t-on pas assez de ces femmes comme elle, qui à mes yeux incarnent véritablement le féminisme?


 

J’aimerais lire plus d’articles dans ce genre, pas aussi dramatiques, mais aussi instructifs. Merci. Je ne savais même pas comment elle s’appelait.


 

Merci, ta conclusion est on ne peut plus juste.


 

super Elixie. merci pour cet article.


 

Encore un article super interessant que j’ai apprecie…


 

Merci pour cet article.


 

je vais copier-coller un “merci pour cet article” mais c’est sincère. la désinformation actuelle m’exaspère.


 

carte humour :

‘Malalai Kakar’ ? bah aussi avec un nom pareil, tu m’étonnes qu’on lui ait pas donné le nom d’une bouche de métro.


-un peu d’humanité dans ce monde-


tu dis Monique ?… c’est quoi l’humanité ?


nnnd’accord. assieds-toi. alors voilà, tu sais rire ? bon. tu ne mangerais pas tes enfants ni ceux des autres ? bon. tu n’es pas mariée, mais si tu devais l’être ce ne serait ni avec papa ni avec maman ? bon. tu dis bonjour madame/monsieur ? bon. tu manges à table ? bon. des fois tu fais des dessins, tu sais même pas pourquoi, mais tu dessines, hein ? bon. tu te retournes des fois sur tes traces de pas dans le sable ? bon.


ben t’es humaine, Monique.


 

may nat !!!!!!!!!! :D


 

j’aime lire des articles atypiques dans ce genre, merci :p


Je laisse un commentaire

NB : Avant de commenter, rendez-vous sur la charte des commentaires

Vous devez vous identifier pour pouvoir laisser un commentaire.

Zapping

Audrob
Audrob a posté un article. (18:52)
Rose H.
Rose H. a posté un commentaire. (17:13)
Kostasb13
Kostasb13 a mis à jour son avatar. (17:13)
Kostasb13
Kostasb13 fête son 1er jour sur Ladies Room. (17:13)
BritBrit
BritBrit a posté un commentaire. (17:06)
Previously on LR

Paulette, émancipée ?

J'en ai tellement entendu parler que je voulais voir ça par moi-même. Je parle de Paulette, bien sûr, le magazine communautaire lancé par Irène Olczak. En 2010, c'était la version web, puis plus...

Bref : un phénomène de société ?

Bref, programme court ou shortcom, est diffusée sur l’antenne de Canal + depuis septembre 2011. Ce n’est pas la première série de ce genre. Un gars une fille avait aussi eu un grand succès...

Récit de concert où glam et bière peuvent rimer

Ce jour-là, j'avais mis trois heures à me préparer pour le concert qui m'attendait et j'ai bien fait. Habituée des petits concerts de ma ville, frêle esquif aimant la bière, j'étais encore une fois parée...

Paradigme de la vie et des relations par mon chat

Parfois, je me sens proche des idées de Brigitte Bardot. Je ne parle pas de cette obsession pour la choucroute ou l’aigreur haineuse, mais plutôt de la croyance en un monde animal...

Ne pars pas

C’est sous la pluie battante que je le regarde partir, la nuit tombe doucement ce soir, timidement. Dois-je le rattraper pour lui dire ce que je ressens ou laisser faire la vie qui peut-être le ramènera à moi ? Je n’ai pas le courage...

D'autres vies que la mienne d'Emmanuel Carrère

Travaillant depuis peu dans le domaine du droit, une collègue m'a conseillé de lire le roman d'Autres vies que la mienne d'Emmanuel Carrère afin de mieux appréhender le monde de la jurisprudence...

Les Partenaires

Les Amies

Paperblog