Précédents: 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29,30, 31…
Pour la petite histoire, les parents de Maxime ont vécu en France pendant une bonne quarantaine d’années avec la grand-mère: ils avaient fuit le régime de Salazar après que le grand-père fut emmené un matin par la police et qu’il ne donna plus aucune nouvelle…
Puis, il y a de cela cinq ans environ, ils ont décidé de rentrer au pays: ils avaient assez travaillé pour profiter d’une retraite bien méritée.
Ainsi tout le monde parle et comprend le français, ce qui est un grand avantage pour nous pauvres touristes.
Le soir, nous prenons nos repas tous ensemble et nous discutons joyeusement, les uns se rappelant leurs souvenirs de leur vie passée en France, les autres racontant les changements qu’il y a eu depuis cinq ans.
D’un côté de la table Domi et moi, de l’autre Max et sa mère et à chaque extrémité son père et sa grand-mère.
En général, nos repas sont généreux et généreusement arrosés par le vin vert issu des vignes de la maison… pour faire passer tout cela, un petit verre ou deux, ou plus si affinité, d’aguadenrte; l’eau de vie d’ici qui porte bien son nom: eau brûlante. Bref, en fin de repas, les esprits sont un peu nébuleux empreints d’une douce ivresse qui délit les langues encore plus.
Et ce soir, j’étais assise sur le banc adossée à mon homme et buvant à petite gorgée mon dès à coudre d’eau de vie (oui, je suis servie dans un dès à coudre car l’alcool me met K.O. en moins de deux, alors imaginez-vous ce que ça donnerait si je buvais un vrai verre!). Nous rions aux larmes du souvenir, que vient d’évoquer le père de Maxime, de l’époque où il ne maîtrisait pas encore bien la langue française et qu’il avait expliqué à son employeur qu’il ne pouvait venir travailler pour cause de constipation… c’est-à -dire le rhume en langue lusitanienne.
La dessus, je vois Maxime se lever, faire le tour de la table, mettre un genou à terre devant moi, me prendre une main dans les siennes, me regarder droit dans les yeux.
Encore dans l’humeur humoristique des secondes précédentes, je ne sais si je dois rire ou être sérieuse: je me retourne incrédule vers Domi et lui souris en haussant les épaules.
Maxime a l’air on ne peut plus sérieux et dit:
- “Mya, Je t’aime…”
Bah voilà ce qui me manquait durant ces vacances! Une déclaration d’amour inopinée! Mais étant donné son taux d’alcoolémie, je ne me laisse pas impressionner.
- “Moi aussi Max, je t’aime: tu le sais bien… On t’aime tous ici, n’est-ce pas? Dis-je en me retournant vers ses parents et Domi…
- Non, Mya, tu ne me comprends pas: Je t’aime vraiment comme un amoureux…
- Ah… c’est gentil ça mais c’est trop tard… lui répondis-je en me serrant des les bras de Domi, et en sentant une bonne grosse demi douzaine d’yeux braqués sur nous…
- Mais non Mya, ce n’est pas trop tard car je t’aime et je suis l’homme le plus comblé du monde: tu as rencontré un homme parfait qui sait bien mieux que moi te rendre heureuse… car physiquement j’aime les hommes et je ne pourrais jamais te donner cette part là de moi.”
Le silence qui suit me donne l’impression d’être devenue sourde: plus aucun bruit… ah si l’eau de la source qui coule… ouf! Mais nous sommes tous en suspend, en arrêt sur image: nous sommes tous sous le deuxième effet Kiss Cool… le premier était surprenant mais le second a eu l’effet d’une bombe.
Plus personne n’ose ouvrir la bouche, Maxime est retourné s’asseoir près de sa mère: il a mit sa tête entre ses bras, je sais qu’il pleure. Nous n’osons pas nous regarder les uns les autres.
C’est alors que la mère de Maxime s’effondre en larme en entourant son fils de ses bras:
- “Mais qu’est-ce que j’ai fait? demande t’elle entre deux hoquets de larmes. Qu’est-ce que j’ai fait?”.
Le père de Maxime s’est levé pour fumer sous la vigne, la grand-mère est absorbée dans l’observation méticuleuse de l’ourlet de son châle noir.
Je ne sais que faire, ni que dire… en fait je réalise soudain que pour moi l’homosexualité de Maxime était une évidence sur laquelle il venait de mettre un nom tout simplement; en effet je ne l’ai jamais vu avec une fille et il me parle toujours de ses amis “i” mais je n’avais pas encore fait de lien de cause à effets de ces éléments.
Je me suis alors levée pour commencer à débarrasser la table, la grand-mère a alors dit:
- ” Bah, tu restes mon petit fils que j’adore car tu n’es pas bourru comme les autres: tu as toujours eu une sensibilité qui m’a toujours plu.”
posté le 03/10/2008 | 567 vues | 8 commentaires | tags: Domi/vie quotidienne/amour/amitié/coming out
@Luciamel, voilà c’est corrigé… désolée pour la faute, comme tu dis il n’est à ne pas confondre avec La gare!
Des pogrès en Portugais… bah pas beaucoup: la famille de Max parle français.
Je sais que ça a pas beaucoup de rapport avec le coming-out mais dis-moi, t’as déjà pensé à faire publier toutes les “domis” sous forme de bouquin ? Enfin je dis ça parce que perso je lis ça comme un livre, enfin comme une série livresque !
@Netzah… c’est drôle car tu n’es pas la seule à m’avoir posé la question: j’ai mes amies “non virtuelles” qui m’en ont parlé mais pour être franche je ne vois pas un éditeur s’intéresser à mon style.
@Netzah, mais je prends ta remarque comme un compliement: merci!
c’en était un ! et si j’étais ton amie irl je te traquerais pour que tu cherches un éditeur que ça brancherai ;)
En fait je ne voulais pas faire la comparaison parce que j’avais peur de te vexer, mais ça fait très “Bridget Jones” dans le bon sens du terme, en mieux écrit et forcément plus réel, et je pense que tu devrais tenter le coup ! (maintenant, ce n’est que mon humble opinion ;)
@Netzah: tu m’as fait rougir… et maintenant j’ai les chvilles qui gonflent…
Je ne me vexe pas de la comparaison à Bridget Jones puisque j’édite des pages de mon journal intime… il y a des pages inédites bîen sûr mais je suis pudique tout de même!
Je crois qu’il va falloir que je finisse par me pencher sur la question… à force de se l’entendre dire… mais après avoir lu l’article de Maia Mazurette, le monde de l’édition me paraît un vrai parcours du combattant…
faut pas^^
Après c’est clair que le monde de l’édition ça doit pas être facile, mais qui ne tente rien…
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Salazar, à ne pas confondre avec la gare St Lazare… Je vois que tu as goûté les douceurs du pays, et qu’en prime tu as eu droit à un drame en technicolor (le pays où ça le fait ! ;-))) après Monaco, avec Grace Kelly et Cary Grant, sur la croisette, tu nous fais “Vicky, Cristina, Lisboa”… nouvelle version du “Christophe Colomb, l’énigme”, d’Oliveira. Bon, dis-moi, tu as au moins un peu progressé en portugais ? moi, New York, Woody Allen, avec à l’arrière plan, Sarko en goguette avec Carla, sur fond de crise mondiale généralisée… le nouveau King Kong… est arrivé !