A 21 ans, je n’ai encore jamais foutu les pieds dans une fac. Enfin si : ça m’est arrivĂ© d’aller Ă©couter des confĂ©rences sur Proust Ă Jussieu, ou mĂŞme d’aller chercher des amies Ă Censier. Je vais probablement voir aussi la Sorbonne bientĂ´t, vu que l’amoureux vient de s’y inscrire, mais sinon, “niet”.
Je ne sais pas si c’est une tare ou une bénédiction, en tout cas, ça a peu de chance de s’arranger d’ici mon insertion dans la Vie Professionnelle. En somme, les « Années Fac », je ne les connaîtrais très probablement jamais.
En revanche, je côtoie chaque jour une minorité méconnue. Une minorité qui fait l’objet de beaucoup de préjugés. Décérébrés, alcooliques, violents, obsédés, je-m’en-foutistes, gosses de riches, branleurs, pistonnés, incultes, vénaux sont les qualificatifs qui reviennent le plus souvent lorsqu’on parle des gens que je fréquente depuis maintenant un an.
J’ai intégré l’an dernier une école de commerce après avoir présenté le concours d’entrée par hasard et par défaut (j’avais raté les inscriptions de Sciences-Po et je n’ai pas eu l’Ecole Nationale Supérieure). J’ai fait une prépa littéraire, une bonne vieille khâgne de derrière les fagots, une filière avec zéro maths et zéro éco. Pour être plus précise, j’ai intégré une des trois meilleures écoles de commerce de France, si on en croit les classements. Il y a quelque chose d’une imposture dans le fait d’intégrer par défaut quelque chose qui fait violemment fantasmer 98% des petits épiciers[1] français. Souvent, je dis que je suis entrée sur un malentendu, mais que, comme personne ne s’aperçoit de rien, je continue.
Ce qui suit est un petit rĂ©ajustement par rapport au gros des prĂ©jugĂ©s. Ce n’est Ă©videmment qu’un modeste tĂ©moignage, mais je crois qu’il a le mĂ©rite d’être honnĂŞte, de venir de l’intĂ©rieur, de la part d’une vraie sceptique, et qu’au final il est plus proche de la rĂ©alitĂ© que les camĂ©ras d’”EnvoyĂ© SpĂ©cial” qui filment les before de soirĂ©e en criant Ă la dĂ©cadence des jeunes français[2].
Décérébrés : tout le monde est décérébré lorsqu’il a deux grammes d’alcool par litre de sang. Le reste du temps, le commercial est un petit jeune plutôt sagace scolairement parlant. Ses qualités humaines sont, comme pour toute la population française, variables. Et c’est assez normal, il me semble.
Alcooliques : sauf erreur de ma part, les étudiants à la fac ne le sont pas moins. Quant aux soirées open bar, elles existent sous le manteau, mais est-ce vraiment un scoop ?
Violents : pas moins que tout le monde lorsqu’il a deux grammes d’alcool par litre de sang. Le reste du temps, c’est une crĂ©ature tout Ă fait pacifique, Ă©ventuellement un poil compĂ©titive, mais la responsabilitĂ© en incombe plus Ă la prĂ©pa’ qu’à l’école.
ObsĂ©dĂ©s : si les “chopes”[3] sont effectivement multiples, ça reste entre nous. Pour les viols, il y en a eu (pas plus d’un par an et au cours de circonstances exceptionnelles, type voyages d’intĂ©gration), les Ă©coles sont discrètes lĂ -dessus, et Ă ma connaissance aucun n’a Ă©tĂ© perpĂ©trĂ© par une personne de l’école, mais par des extĂ©rieurs[4].
Je-m’en-foutistes : si alcool, se rĂ©fĂ©rer aux qualificatifs prĂ©cĂ©dents. Le reste du temps, on dĂ©nombre dans les Ă©coles de commerce un nombre impressionnant d’associations humanitaires, qui se mobilisent aussi bien pour l’école au Burkina Faso, les ressources de l’Inde, le micro-crĂ©dit au PĂ©rou que dans les hĂ´pitaux, prisons, centres pour SDF en rĂ©gion parisienne. Je ne compte pas les associations citoyennes, celles qui militent pour le dĂ©veloppement durable, qui organisent des confĂ©rences, etc… L’étudiant n’est pas indiffĂ©rent, plutĂ´t engagĂ©. A part les cons, mais il y en a partout, et pas beaucoup plus en Ă©cole de commerce.
Gosses de riche (1) : Oui et non. Pour mettre fin à toute confusion : 80% des écoles de commerce sont publiques et soumises à la tutelle de l’Etat. Je n’arriverais sans doute pas à convaincre ceux qui sont sûrs de leur jugement, mais beaucoup de personnes autour de moi ont fait des emprunts pour payer l’école, qui est indubitablement chère : compter 20 à 30 000 euros par étudiant pour un cursus complet sur 3 ans. Mais, ne vous en déplaise, pour chaque étudiant, l’école fournit elle aussi 30 000 euros sur les 3 ans, et il faut y être (et peut-être même ne plus y être) pour voir la palette de services qu’elle offre.
Gosses de riche (2) : Ah, vous faites rĂ©fĂ©rence au fait que la majoritĂ© des Ă©tudiants sont fils de CSP+. Oui, c’est vrai. Mais c’est le propre de toutes les filières sĂ©lectives, depuis la prĂ©pa’ jusqu’aux Ă©coles d’ingĂ©’. Moi aussi, j’attends avec impatience le jour oĂą le fils de mon Ă©picier de quartier aura une voie royale jusqu’à l’ENA. HonnĂŞtement, la question de l’ascenseur social me paraĂ®t un tout petit peu plus compliquĂ©e qu’un emprunt, mĂŞme sans caution, mĂŞme de 30 000 euros. Mais ils sont attachants, les fils de CSP+ : A la question “Quel pourcentage des actifs en France a bac + 4 ou plus ?”, ils rĂ©pondent “70%”, et vous ?[5]
Branleurs : Quand bien mĂŞme ce serait le cas, la case prĂ©pa’, il faut se la faire. Ensuite, ce n’est pas trop vrai, ou alors seulement pour 0,02% des Ă©tudiants, qui sont surdouĂ©s. De toutes façons, dès que tu sais que les frais de scolaritĂ© doublent en cas de redoublement, tu arrĂŞtes de lambiner fissa.
Pistonnés : Pour l’entrée, ça m’étonnerait. Pour trouver des stages après, il y a piston et piston : si ton père te trouve une place dans la banque où il travaille avec un salaire de 1500 euros nets, le tout sans passer d’entretien, y a piston. Si un ami glisse ton CV et que tu passes trois entretiens avant d’être pris et que tu as un salaire de 400 euros, on dit juste réseau.
Incultes : prĂ©pa’ + associations culturelles + dĂ©bats + Le Figaro, Le Monde, Les Echos et parfois mĂŞme LibĂ© en libre-service. Donc non, pas trop.[6]
Vénaux : si c’est rapport au salaire à la sortie, ils sont en moyenne élevés, c’est sûr. Mais d’un autre coté, si je vous mets la tête dans le frigo et les pieds dans le four, en moyenne, vous êtes à bonne température… D’abord, les étudiants ne vont pas tous travailler dans le privé, ils vont peut-être monter leur propre entreprise, ou même faire de la recherche ou pire : être prof ! Alors niveau salaire, c’est le grand huit, et en attendant d’y être, on dépense plus qu’on ne gagne.
Je ne suis pas là pour défendre de la cause de ces pauvres petits riches, mais plutôt pour vous dire que je suis entrée à l’école pleine d’appréhension sur les gens que j’allais y trouver, sur la possibilité de mon intégration, sur le contenu de l’enseignement, sur l’esprit de l’école.
Un an plus tard, j’assume mon Ă©cole pour ce qu’elle est, pour les gens qui y sont, mais pas pour les prĂ©jugĂ©s qu’il y a autour. C’est vrai qu’on est parfois un peu renfermĂ© sur nous-mĂŞme. Qu’on a des codes de langage, qu’on sait que “rave” est le contraire de “cool”, et que ce qui est “pouce” n’est pas “quali” et qu’une chope n’est qu’une chope.
Mais j’aimerais bien que les gens, y compris mes anciens co-khâgneux d’amour un peu gauchos sur les bords et révolutionnaires au centre, voient en elle un peu plus qu’une boîte à fric pour gosses de riches.
[6] A 9h, il n’y a plus rien dans les piles de journaux, donc j’imagine qu’ils les lisent et qu’ils ne s’en servent pas seulement de cale-pieds.
(c) PakyuZ
posté le 29/09/2008 | 1161 vues | 33 commentaires | tags: khâgnes écoles de commerce HEC ingénieurs préjugés annéefac fac école
…et quant au formatage, si au final tu t’Ă©coutes et tu te connais un minimum, tu finis par faire ce qui te plais vraiment. en ayant bĂ©nĂ©ficiĂ© au passage d’une bonne case “service militaire” en prĂ©pa- qui certes n’apporte rien en termes de maturitĂ© et d’autonomie mais c’est une expĂ©rience…
hihi…
j’ai fait une Ă©cole d’ingĂ©nieur donc inutile de dire, concurrence oblige, que je nourris, complètement a priori, de manière complètement arbitraire, un mĂ©pris sans bornes pour les commerciaux :)
il faut dire qu’aujourd’hui, ceux que je cĂ´toie dans le cadre de mon job ne m’incitent pas Ă changer d’avis (prĂ©tentieux, ils vendraient leur mère ou un avion comme une brosse Ă dents).
PS: ce n’est pas une agression, je saisis bien tout le ridicule qu’il y a Ă gĂ©nĂ©raliser sur une “profession” entière…et je fais moi-mĂŞme partie d’une “caste” qui attire les prĂ©jugĂ©s tout autant que les tiens.
et par honnêteté; il faut dire que les clichés dont on nous affuble ne sont pas tout à fait fantasmés.
NdA: ce sont les mĂŞmes moins la vĂ©nalitĂ© et le piston…
je dois dire que je n’ai pas entendu tout ça. Gosses de riches, pistonnĂ©s et incultes, oui. Mais branleurs, alcooliques, violents et obsĂ©dĂ©es, pas plus qu’ailleurs. Ceci dit, incultes, de plus en plus de gens sont super douĂ©s dans leur partie mais nuls ailleurs, donc ça veut pas dire grand chose.
Ce que j’ai entendu dire, c’est qu’Ă une Ă©poque, les profs des grandes Ă©coles de commerces, type HEC (c’est la seule que je connaisse…) ne cessaient de rĂ©pĂ©ter aux Ă©tudiants qu’ils Ă©taient l’Ă©lite, le dessus du panier et qu’ils rĂ©gneraient sur le monde. Mais ce discours a fini par passer, suite aux Ă©tudiants qui sortaient de lĂ et n’avaient pas de travail Ă l’arrivĂ©e.
@ Pola:
Dans les assoces, t’as oubliĂ© l’association boursière, l’assoce de jeux vidĂ©o ou de pub, les inĂ©narrables sĂ©jours et Ă©changes Ă l’Ă©tranger durant les annĂ©es cĂ©sure, les tournois inter-Ă©coles, et j’en passe.
Cela dit, il faut signaler que mĂŞme si l’on paie environ 10 000 € / an, le coĂ»t d’un Ă©tudiant est beaucoup plus Ă©levĂ© et abondĂ© par l’Etat. Au moins, lĂ mes impĂ´ts servent Ă quelque chose… :-D
@ Smile:
Bien sĂ»r que tu fais ce qui te plait. Les jobs des anciens ESC sont beaucoup plus variĂ©s que n’importe quelle autre filière. Ce qui est pas mal avec ce type de formation est qu’elle te donne les bases gĂ©nĂ©ralistes pour discuter avec pas mal de monde, tu choisis ensuite ta spĂ©cialisation, mais tu es capable de comprendre les juristes, les comptables, les financiers, les RH, les contrĂ´leurs de gestion, les auditeurs, les marketeux, les pubistes, mĂŞme si leur domaine t’indiffère au plus haut point.
Quant Ă la prĂ©pa, je suis loin de l’avoir trouvĂ© inutile. Pour une fois que j’ai pu sortir mes tripes en bossant, que ce n’Ă©tait pas des cours inintĂ©ressants, j’ai plutĂ´t apprĂ©ciĂ©…
Au total, je suis plutĂ´t très satisfait de cette formation qui m’a donnĂ© pas mal d’outils, intellectuels ou professionnels. Et puis, oui, ce sont peut-ĂŞtre des gosses de riches que l’on rencontre, mais cela ne veut pas dire que ces mecs ne sont pas intĂ©ressants, bien au contraire, j’ai croisĂ© deux-trois grosses tĂŞtes avec qui il Ă©tait tout Ă fait passionnant d’Ă©changer.
en tout cas, pour la cupiditĂ©, je pense qu’on ne peut pas faire de commerce sans ĂŞtre cupide ou alors on se plante !
Ah bon, parce que toi, tu travailles pour de l’amour et de l’eau fraiche ? Il n’y a pas plus de cupiditĂ© chez les commerciaux que chez toutes les autres populations…
@ smile : oui, bon, ben voilĂ , hein, je vais pas vraiment faire semblant, mais je voulais Ă©viter les mots-clĂ©s trop flagrants. Ce que tu dis me confortes dans l’idĂ©e que le problème n’est pas forcĂ©ment l’Ă©cole.
@ DeeCurl : encore une rivalitĂ© Ă la con et une gĂ©nĂ©ralitĂ© Ă l’emporte-pièces. Ca ne m’Ă©tonne pas tellement que tu ne voies que ces mecs-lĂ , ceux qui sont cools prennent en gĂ©nĂ©ral d’autres voies. Pour ce qui est des clichĂ©s, bien sĂ»r qu’ils ne sont pas QUE fantasmĂ©s, sinon je ne parlerais pas autant d’alcool dans cet article… Ca me ferait plaisir qu’on diffĂ©rencie l’individu du reste de sa promo, voire de sa jolie Ă©tiquette genre “HEC 2012″. Mais j’arrĂŞte lĂ , je sens que j’en demande trop.
@ Poly : oui, je n’ai parlĂ© que des asso qui dĂ©mentent un peu le clichĂ© du commercial. Mais bon, je sais bien qu’il y a des asso de voile, de jeux vidĂ©os, de comĂ©die musicale, de théâtre, de couture, d’architecture, d’Ă©quitation, de graphisme, de consulting, de voyages, de … de … etc. :)
@ serena : j’ai ratissĂ© large pour les clichĂ©s, voilĂ tout. Pour l’Ă©cole de “commerce”, l’erreur est lĂ : on n’est PAS dans des Ă©coles oĂą on fait du commerce. Ce qu’on apprend, c’est le management et la gestion, et ça fait une grosse diffĂ©rence.
il ne faudrait pas confondre la cupiditĂ© (qui a une touche de jugement moral) et le commerce ou encore l’ambition…
@pola : je comprends bien que tu veuilles dĂ©fendre un monde qui est le tien pour le moment, mais il faudra que tu reviennes nous en parler dans quelques annĂ©es, avec un peu de recul…
j’ai frĂ©quentĂ© ces milieux pendant plusieurs annĂ©es, quand j’Ă©tais Ă la fac, et cela a Ă©tĂ© une expĂ©rience…. fondatrice. c’est tout de mĂŞme un “milieu” qui fonctionne sur une logique d’Ă©lite sociale fermĂ©e, et les statistiques ne rendront jamais compte d’une mentalitĂ© profondĂ©ment ancrĂ©e et toujours transmise. bien entendu, il y a des exceptions sociales, culturelles, des boursiers, mais nous sommes en France et la “culture Ă©conomique” (c’est Ă dire les entrepreneurs, les dirigeants) se cantonne Ă une couche sociale bien spĂ©cifique. en gros, si on est issu d’une famille oĂą certains codes sont inculquĂ©s depuis l’enfance, c’est beaucoup plus facile de faire du business, dans notre pays… et pour monter une entreprise en France, il faut des moyens qu’un self-made man ne peut pas se permettre. dans ma vie professionnelle, je me suis souvent heurtĂ©e Ă ces “plafonds de verre” sociaux et Ă©conomiques, et finalement, c’est Ă l’Ă©tranger que j’ai enfin rĂ©ussi Ă travailler. tu pourras constater par toi-mĂŞme que ces “exceptions” sociales vont partir rapidement Ă l’Ă©tranger pour faire leur trou ailleurs, oĂą l’ascenseur social existe, dans des cultures pragmatiques oĂą l’on va plus favoriser les qualitĂ©s de la personne que son appartenance sociale…
bonne chance pour tes études!
“et pour monter une entreprise en France, il faut des moyens qu’un self-made man ne peut pas se permettre”… et j’ajoute, pour aller dans le sens de DeeCurl, les contacts (”pistons”, oui, n’ayons pas peur des mots!)! c’est une part fondamentale de cette “Ă©ducation” que les fils et filles de reçoivent au berceau… et ça, malheureusement, l’Ă©cole de commerce, mĂŞme si elle fonctionne en rĂ©seau efficace, ne permet pas une Ă©galitĂ© entre les Ă©tudiants. cela ne se vĂ©rifie pas durant les annĂ©es d’Ă©tudes, mais Ă la fin, au moment des stages, puis très fortement, sur le marchĂ© du travail…
@ lilagreen : justement : j’explique que je suis entrĂ©e avec du recul et beaucoup de prĂ©jugĂ©s. Ensuite, en ce qui concerne l’Ă©lite, j’en ai parlĂ© : c’est malheureux, et je suis d’accord. Cela dit, la question de l’ascenseur social est compliquĂ©e et en discuter a une portĂ©e qui dĂ©passe largement ce que mon article essaie de faire. Je ne m’y aventurerais pas, car je m’estime ignorante Ă ce sujet, et ça m’intĂ©resse, donc ton avis m’a beaucoup intĂ©ressĂ©e. Je regrette de te dire que je n’ai pas encore d’opinion lĂ -dessus. En revanche, j’ai conscience de ma chance, et j’en jouis en le sachant.
@ lilagreen : excuse, mais il me semble que j’ai parlĂ© des pistons. Je t’assure qu’il n’y a pas que des fils et filles de. Mes amis sont entrĂ©s Ă Hachette, Ă l’OpĂ©ra Garnier, Ă Thalès, Ă TF1, chez Cartier sans pistons. La majoritĂ© des pistonnĂ©s que je connais sont dans des banques, des compagnies d’assurance ou bien Ă l’OrĂ©al. D’ailleurs, la plupart des pistonnĂ©s sont en Angleterre ou aux Etats-Unis.
@pola : hĂ© bien, cela me fait plaisir de lire ça! peut ĂŞtre que les choses ont un peu Ă©voluĂ©…! L’OrĂ©al, brrrr (frisson dans le dos, très mauvais souvenirs, expĂ©rience traumatisante, mais sourire au souvenir de m’ĂŞtre fait virer Ă temps, avant la dĂ©pression nerveuse…)…
note tout de mĂŞme que si les pistonnĂ©s se retrouvent aux USA ou en Angleterre, ce n’est pas non plus un hasard! sur le long terme, c’est par lĂ que les plus belles carrières se construisent. Ă l’heure du commerce mondial, devine qui va aller le plus loin?
ma remarque sur les pistons concernait plus les entrepreneurs, pas les gens qui souhaitent avoir une carrière corporate. pour un pays comme la France qui aurait besoin de sang neuf, d’idĂ©es neuves et d’emploi, je trouve très triste que les jeunes gens bourrĂ©s d’idĂ©es ne soient pas plus aidĂ©s quand ils n’ont pas l’argent familial pour monter leurs projets…
@ lila : En fait, tout ce dont tu parles existe. Le problème concerne plutĂ´t l’information, Ă mon avis : Ă©tant en Ă©cole, je sais oĂą dĂ©goter un business angel, comment obtenir un prĂŞt Ă taux bas pour crĂ©er un capital, oĂą les locaux sont les moins chers Ă louer, qui consulter en cas de question, comment marchent les statuts d’entreprise, etc. Or, tout le monde peut prĂ©tendre Ă ce dont je parle, et faire l’Ă©cole ne permet que d’en apprendre l’existence !!
En revanche, il est probable que les vrais “business(wo)men” fassent carrière dans les pays anglophones. Mais c’est comme ça depuis lnogtemps, non ?
oui, lilagreen et c’est vrai que tes propos ont vraiment une sacrĂ©e rĂ©sonance Ă l’heure de la crise mondiale oĂą le système capitaliste montre ses failles…mais je fais de l’ironie mĂ©chante, lĂ .
En fait, quand j’ai employĂ© le mot “cupiditĂ©”, je reprenais les tiens, pola. Ce que je veux dire, c’est que le but principal du commerce est de gagner de l’argent ce qui n’est pas forcĂ©ment le cas d’un instituteur ou d’un mĂ©decin. Mais EVIDEMMENT qu’on travaille pour la paye ! Rien ne m’Ă©nerve plus d’ailleurs que les gens qui prĂ©tendent travailler pour la gloire ce que d’ailleurs une employĂ©e de l’acadĂ©mie a sorti Ă ma soeur qui rĂ©clamait sa paie…”quoi ? vous travaillez pour l’argent ?” non, je ne rigole pas….
@serena : ironie mĂ©chante, certes, mais pas dĂ©nuĂ©e de bon sens! le système capitaliste mondial (qui ne va pas disparaĂ®tre, parce qu’il n’y a rien d’autre pour le remplacer… faut mieux espĂ©rer pour nous tous qu’il s’en sorte!) a une grosse dĂ©prime, des attaques cardiaques et une grosse tumeur maligne, mais les systèmes anglo-saxons sont toujours les modèles mondiaux… parce qu’ils fonctionnent. maintenant, il faut aller en Chine (difficile…) ou en Inde, oĂą tout se construit, si on veut rĂ©ussir.
l’Ă©crasement de l’Ă©conomie occidentale par l’Asie, que de rĂ©jouissances en perspectives !! :)
j’aime bien l’ironie mĂ©chante, moi aussi (je ne suis pas complètement occidentale, c’est pour ça que ça me fait rigoler…hĂ©hĂ©)
dĂ©solĂ©e, je ne suis pas claire (j’ai faim, pas encore dĂ©jeunĂ©)…
ce que je voulais dire, c’est que mĂŞme si le système est malade, il n’est pas complètement Ă jeter… pour l’essentiel, dans la pratique, la culture anglo-saxonne du business (pragmatique, donc) fonctionne très bien. et les grandes nations asiatiques ont plus de facilitĂ© Ă les adopter que la vieille Europe. d’oĂą le magnifique et passionnant renversement Occident/Orient actuel.
allez, sur cette petite note d’humour non-occidental, je vous souhaite Ă tous et Ă toutes un très bon appĂ©tit :)
en fait, mĂŞme en ayant faim, j’ai très bien compris ce que tu voulais dire. mais je ne partage pas ton avis, je pense que le système ne marche plus, qu’il montre actuellement ses limites et qu’il faut lui trouver un remplaçant; Lequel ? c’est bon, je suis Ă©conomiste…
@pola: dĂ©solĂ©e que tu l’aie mal pris, je prĂ©cisais que c’Ă©tait de manière arbitraire pour souligner le ridicule de la chose.
bien sĂ»r qu’il y a une rivalitĂ© Ă la con.
en plus je prĂ©cise que moi aussi j’ai droit aux clichĂ©s sur ma formation.
quant au dĂ©bat sur le piston et l’inĂ©galitĂ©, lĂ oĂą rĂ©side l’injustice c’est que quelqu’un de “bien nĂ©” mĂŞme mĂ©diocre se trouvera toujours une bonne planque bien payĂ©e. c
Le piston existe partout et Ă tous les niveaux ! Le fils du patron de mon mari est un nul total qui passe ses journĂ©es sur les sĂ®tes d’escort girl..eh bien, il a un salaire plus que consĂ©quent et un jour; il hĂ©ritera de la boite !
@serena : tu crois ce que tu veux… la question est juste infiniment plus complexe… le système n’est pas parfait, car aucun ne pourrait l’ĂŞtre. maintenant, dans la mesure oĂą il structure les relations Ă©conomiques et souvent politiques de la planète, on doit s’en contenter et espĂ©rer que cette crise finisse par passer, dans pas trop longtemps. nous sommes tous dans le mĂŞme bateau, enchaĂ®nĂ©s Ă ce système dont nous faisons tous partie…
@pola : tiens en parlant d’Inde, tu savais que dans le classement mondial des meilleures Ă©coles de commerce, la première, cette annĂ©e, est indienne?
huhuhu (private-joke non-occidentale, dĂ©solĂ©e…) :)
@ DeeCurl : je n’ai pas mal pris ce que tu as dit, parce que ça fait partie des clichĂ©s entretenus dans les Ă©coles ! C’est tout ce que je voulais souligner. Et je n’ai pas de haine pour les ingĂ©nieurs, promis :)
@ Lila : c’est vrai ? C’est l’Ă©cole d’oĂą ? Je trouve ça gĂ©nial. D’un autre cotĂ©, aucune Ă©cole française n’a jamais caracolĂ© en haut du top, donc bon, on peut toujours se brosser.
@ Serena : comme tu dis pour le piston. Contre ça, y a toujours le travail et les réseaux moins lubrifiés.
Je suis d’accord avec polydamas. La prĂ©pa, c’est parfois rĂ©ellement nĂ©cessaire pour certains, nottamment les glandeurs de mon espèce, qui ont besoin d’ĂŞtre sous pression longtemps avant de prendre de bonnes habitudes. Perso il a fallu que j’arrive en 2eme annĂ©e, Ă 5mois des concours (en ce moment, en fait) pour que j’apprenne Ă travailler rĂ©gulièrement. Surtout que mĂŞme en Ă©tant glandeur par essence, j’ai de hautes ambitions,pleines de voyages et de fin de mois sans soucis. Oui je veux de la tune, plein mĂŞme. Parce que l’argent fait partie intĂ©grante du bonheur dans notre sociĂ©tĂ©, et la recherche du bonheur est un droit inaliĂ©nable, comme le dit l’article premier de la constitution des Ă©tats-unis d’amĂ©rique. Oui oui, je sais qu’on est en france, mais Ă dĂ©faut de french dream, je prends ce que j’ai sous la main. Ce qui inclue la culture française de l’Ă©litisme, que j’intègre chaque jour un peu plus Ă travers mes Ă©tudes…
@le mal : qu’entends-tu par “intĂ©grer” la culture de l’Ă©litisme? tu l’acceptes, tu la fais tienne, tu t’y adaptes?
Bonne question lilagreen. Je dirais que je la fais mienne. Ou plutĂ´t elle me fait sienne. Bien que glandeur fini, je ne conçois ma vie que dans le haut du panier. Travail acharnĂ©, don naturel, piston, tous les moyens sont bons, pour moi, pour faire partie des meilleurs. Dans la vie, je n’ai qu’une ambition: avoir tout vu, savoir tout faire. Je sais que c’est impossible, mais c’est qui me fait avancer. Je ne mĂ©prise pas ceux qui se contentent de peu, ou ceux qui ne font pas partie de l’Ă©lite, mais c’est juste que je n’arrive Ă me projeter que parmi les meilleurs. Une vie de salary-man serait la pire des punitions pour moi. On peut avoir un travail de CSP- et s’Ă©panouir quand mĂŞme, je le conçois, mais dans mon esprit tourmentĂ© mon Ă©panouissement ne passe que par la rĂ©ussite (dans le sens ‘’système français” du terme) dans tous les aspects de ma vie. J’ai deux amour, mon pays et Paris, disait l’autre. Moi j’en ai trois: la natation, les voyages et le sentiment de faire partie des meilleurs. Ça peut paraĂ®tre effrayant, Ă©crit noir sur blanc. Mais dans la vie y’a plus de couleurs, et je reste un gars cool, pas trop prise de tĂŞte :)
@ le mal : je fais partie du mĂŞme crew que toi, ceux qui se mettent Ă bosser Ă cause des concours…
A la question : “Quel pourcentage des actifs en France a bac + 4 ou plus ?”, je ne rĂ©pondrais certainement pas 70%, plus vers les 10%, comme ça spontanĂ©ment…Comme quoi, j’ai beau Ă©tudier en Ă©cole (plutĂ´t cher et bourgeois pour un Ă©tablissement censĂ© ĂŞtre public), ça ne m’empĂŞche pas d’avoir une certaine mesure de la rĂ©alitĂ© des choses.
A ce sujet, tu ne vois peut-ĂŞtre pas la diffĂ©rence qu’il y a entre les Ă©lèves de ton Ă©cole et les autres parce que tout simplement, tu fais partie du mĂŞme milieu.
Pour ma part, je t’assure que mĂŞme en venant d’une famille plutĂ´t aisĂ©e, et Ă©tudiant dans une Ă©cole publique mais sĂ©lective, je vois bien ce qui diffère, de moi aux autres…Mes parents ne sont pas des bourgeois (je n’utilise pas ce terme de façon pĂ©jorative), on n’a pas, chez nous, la mĂŞme culture de clan qui existe chez les autres. Nous ne possĂ©dons pas les codes que les autres maĂ®trisent, parce qu’ils se les transmettent de père en fils, de mère en fille…
Sinon, je ne suis pas d’accord sur l’importance que tu donnes aux assoc’ pour prouver que les Ă©tudiants de ton Ă©cole ne sont pas j’m'en foutiste : tu sais pertinemment que faire partie de telle ou telle assoc’, cela fait “bien” sur un CV. Et mĂŞme, en soi, ce sont des expĂ©riences très formatrices, en gĂ©nĂ©ral, mais crois-moi, on ne le fait pas pour la beautĂ© du geste.
@le mal : dans la mesure oĂą nous sommes dans un monde qui nous met sans arrĂŞt sous pression, ton choix de vie (ton obsession d’ambition!) me parait un bon choix. oui, en effet, cela a quelque chose d’effrayant, quand tu le dĂ©cris comme ça, mais je comprends. il vaut mieux ĂŞtre actif dans la course que de laisser des Ă©lĂ©ments extĂ©rieurs (les origines, les alĂ©as de la vie) choisir Ă ta place. ça, je le comprends bien et le respecte, car, Ă ma façon, je suis dans le mĂŞme bateau. “faire partie des meilleurs”, chacun en a sa dĂ©finition, mais l’ambition c’est tout de mĂŞme un vrai bienfait pour ceux et celles qui en sont dotĂ©s et qui savent l’entretenir. ce que je cherche de mon cĂ´tĂ©, c’est d’ĂŞtre stimulĂ©e, sans cesse, parce que l’ennui me tue, je ne peux pas le supporter… je sens que la vie est une chose qu’il faut prendre Ă bras le corps, sinon, elle avale tout sur son passage. le travail, les voyages, les passions, tout est bon pour faire avancer la machine, pour faire en sorte de se sentir… vivant! il faut juste faire attention au cynisme de certains milieux fermĂ©s et figĂ©s, et parfois Ă©largir ou revoir sa dĂ©finition de l’Ă©lite. je te souhaite bonne route :)
@Shen-te : tout Ă fait d’accord avec toi, sur les diffĂ©rents points que tu abordes. cette question des codes sociaux a une importance beaucoup plus importante qu’elle en a l’air… elle est dĂ©jĂ bien prĂ©sente durant les Ă©tudes, mais se fait vraiment criante dans la vie professionnelle. bonne route Ă toi aussi.
@ Shen-Te : il y a “faire partie d’une asso” et “s’investir dans l’asso” et ce sont deux choses diffĂ©rentes, non ? Quand je vois l’Ă©nergie que certains mettent Ă organiser des cours pour des prisonniers ou Ă se dĂ©mener pour les droits des femmes en Inde, le tout en prenant sur leur temps personnel, je suis en droit de penser qu’ils ne cherchent pas juste Ă ajouter une ligne sur un CV.
Ensuite, je ne viens pas de ce milieu. Ou, en tout cas, pas directement. Je trouve beaucoup de diffĂ©rences entre eux et moi, et je vois bien ce qui diffère, merci. Seulement, un peu de tolĂ©rance ne nuit pas, et il m’en a fallu aussi pour les comprendre et revoir mes prĂ©jugĂ©s.
Pour ce qui est des codes sociaux, tout peut s’acquĂ©rir, et les maĂ®triser ne veut pas dire faire partie du milieu. L’adaptation, ça peut se faire sans oublier qui on est, et heureusement.
Je suis d’accord pour les associations. Pourquoi voir le mal partout? Il y a des gens qui font vraiment ça sans arrière pensĂ©e.
Et sinon Pola, j’ai rĂ©pondu Ă ton mp mais je n’arrive pas Ă voir ma rĂ©ponse donc je ne suis pas bien sĂ»re que ça ait fonctionnĂ©…
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si Ă la question “raout?”, tu sais quoi me rĂ©pondre, alors j’en dĂ©duis que tu descends souvent Ă l’arrĂŞt cergy-prĂ©fecture…sinon forget it :)
j’ai maintes fois hĂ©sistĂ© Ă aborder le sujet des Ă©tudiants “Ă©piciers”, en y renonçant Ă chaque fois par lassitude de devoir justifier ce qui finalement est plutĂ´t vrai en termes de clichĂ©s, tout en essayant de dĂ©fendre l’indubitable diversitĂ© d’une population qui certes est souvent fade voire carrĂ©ment Ă©nervante, qui finira en majoritĂ© en audit, en banque ou chez danone, mais…pas toujours, du tout.
je ne l’ai pas fait non plus parce que je ne suis toujours pas sĂ»re de savoir ce que j’en aurai vraiment retirĂ© au-delĂ Ă©videmment d’une porte d’entrĂ©e indĂ©niable - tiens je me mets presque Ă faire du corparate talk. comment j’y suis arrivĂ©e d’ailleurs, je crois que c’est lĂ surtout l’orgine du problème: une filière empruntĂ©e en fonction de rĂ©sultats scolaires de lycĂ©e, sans passion et/ou sous pression. il n’en reste pas moins que plusieurs de mes plus belles rencontres de ces dernières annĂ©es se sont produites lĂ -bas, et je peux vous dire que ce n’est pas faute d’avoir traĂ®nĂ© mes adidas (presque) partout ailleurs…