Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

24. mai 2012

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Aubepine

Abdelkader Franck Attia, dit Kader Attia, est né en 1970 à Dugny, et a grandi à Garges-lès-Gonesse. D’origine algérienne, musulman et juif, on lui répète dès son enfance : « si le fascisme passe, tu seras le premier expulsé ». Entre 11 et 15 ans, il travaille sur le marché de Sarcelles, sur un stand de vente de tissus ; il dessine alors tout ce qui l’entoure.

GhostsSi le brassage culturel du marché et le travail l’inspirent, le collège puis le lycée sont en revanche source d’ennui pour Kader qui préfère dessiner sur ses copies. C’est suite à ces croquis, qu’un de ses professeurs l’emmène aux portes ouvertes des Arts Appliqués à Paris. Cette école devient la motivation de l’adolescent qui doit obtenir son bac pour pouvoir y accéder. Ce dernier en poche, il entre à l’école supérieure des arts appliqués Duperré, d’où il sort diplômé en 1993, avant un bref passage aux beaux-arts de Barcelone. C’est cependant les deux années qu’il passe au Congo, qui constituent le fondement de sa réflexion artistique, développée dès son retour à Paris en 1997. Il y vit et travaille depuis lors. Après avoir été représenté par la galerie Kamel Mennour, il est aujourd’hui chez Anne de Villepoix où s’est tenu au printemps dernier l’une de ses dernières expositions, Mythes et poésie du vide. Il y proposait une réflexion sur le vide et les limites de l’art politique.

MythesĂ€ propos de son travail Kader Attia explique « L’art, et en particulier l’art contemporain, c’est-Ă -dire l’art en train de se faire, n’a pas de connotation ni par rapport Ă  la localisation spatiale, ni par rapport Ă  la race ou la sexualitĂ©. Il n’est pas convenable d’Ă©riger des limites Ă  l’art. »

Il rĂ©alise, en 2000, Piste d’atterrissage, diaporama sur la vie des transsexuels algĂ©riens exilĂ©s Ă  Paris pendant la guerre civile. Dès lors, son travail se partage entre vidĂ©o, photo et installation, explorant les peurs et traumatismes de son enfance, mĂŞlĂ©s Ă  une dĂ©marche sociologico-anthropologique, revendiquant la pluralitĂ© des ses cultures. L’artiste crĂ©e ainsi un constat ethnologique et travaille beaucoup sur des questions liĂ©es au dĂ©racinement, Ă  la recherche de valeurs ancestrales, Ă  l’identitĂ© ou Ă  l’aliĂ©nation culturelle.

«Si je voulais lister les différents thèmes que j’exploite : il y a la mort, il y a la sexualité, il y a l’enfance.»

Il rencontre un succès rapide et apparaît comme une valeur montante de la scène artistique française, comme le montre la nomination de son installation Childhood au Prix Marcel Duchamp, organisé au cours de la FIAC (Foire Internationale d’Art Contemporain) de Paris, en octobre 2005. Il est à présent internationalement reconnu, bien que n’ayant que 38 ans, pour son univers sans compromis mettant en scène quotidien, violence et déracinement.

childhood-attia-02g.jpgChildhood c’est « un parterre en verre qui se brise sous les pas, un toboggan rose bonbon, des savons parsemés de lames de rasoir, un carrelage de douche immaculé où s’accrochent des mèches de cheveux, des colliers en cuir, une poupée abandonnée ». Cette pièce est une sorte d’exorcisme à la circoncision de Kader Attia, effectuée lorsqu’il avait 9 ans, sans anesthésie, dans la cuisine de ses parents. Expérience qui l’a «traumatisé à vie ».

« Je suis persuadé que l’art a une dimension psychothérapeutique. Montrer les choses les plus cauchemardesques permet à l’artiste, mais aussi au regardeur, de les exorciser. »

ArabesquesÀ l’occasion de l’exposition collective Notre Histoire, au Palais de Tokyo, il réalise une arabesque inspirée d’un style calligraphique musulman géométrique appelé Koufi. Clin d’œil artistique, la calligraphie Koufi a influencé les artistes minimalistes, en particulier Sol LeWitt et Mondrian. Détail, le tracé de Kader Attia est composé de dizaines de tonfas, matraques policières ramassées dans les rues suite aux émeutes de novembre 2005, créant un choc à la fois tragique et émouvant. L’artiste aime le détournement d’objets auxquels il donne une seconde vie, transgressant leur utilité première.

CouteauxKader Attia cherche cependant à questionner plus qu’à choquer. « Quand on cherche à choquer, on n’y parvient jamais, on accumule les clichés ». Il «aime que le spectateur soit impliqué dans l’oeuvre. Passer la porte avec les couteaux à Lyon ou entrer dans le long tunnel avec ses mèches de perceuses tournantes à Bâle est une sacrée expérience qui donne le tournis. De même que se retrouver au milieu de ma forêt d’araignées faite de simples carcasses de parapluies retournées devient un cauchemar claustrophobe. » Il en résulte que le spectateur est atteint, touché, choqué, là où il ne s’attend pas à l’être, c’est ce qui fait la force de ces œuvres. Si son travail est principalement politique, c’est car pour lui « la politique passe d’abord par la culture ».

HallalLes réactions à son travail sont souvent extrêmes, parfois violentes, comme lors de l’installation, dans les locaux de Kamel Mennour, rue Mazarine, d’un magasin de vêtements Hallal, qui a soulevé un tollé dans le quartier, pétition à l’appui demandant la fermeture de cette boutique « risquant d’attirer la banlieue à Saint-Germain ». Le travail avait pour but de stigmatiser les phobies du monde bourgeois…

Les réactions n’impressionnent pas l’artiste, habitué aux lettres et mails de menaces et d’insultes, traité de « youpin », de « rat » et autres gentillesses.

FridgesLa cité est souvent présente dans son travail, comme avec l’installation Fridge, rassemblant une centaine de vieux frigidaires évoquant les façades du quartier de son enfance. Au sein de cette cité, sept mille voitures en mouvement ou stationnées. Un tiers d’entre elles sont des véhicules de police.

TsunamiAutre Ĺ“uvre importante, prĂ©sentĂ©e au Magasin Ă  Grenoble, Tsunami, qui « s’étendait sur une surface de 600 m2, plus de 40 mètres de long, 14 mètres de largeur et jusqu’à 15 mètres de hauteur. Construite sur place, cette pièce monumentale en tĂ´le ondulĂ©e galvanisĂ©e se soulève pour crĂ©er des vagues dans son Ă©norme masse mĂ©tallique. Evoquant tout Ă  la fois le Tsunami du 26 dĂ©cembre 2004, les rĂ©ticences des États-Unis Ă  ratifier le protocole de Kyoto ou les inquiĂ©tudes nĂ©es de l’état du monde et d’une pauvretĂ© croissante, indĂ©cente et violente, Kader Attia estime que “notre sociĂ©tĂ© est Ă  l’image de cette vague d’acier, composĂ©e d’élĂ©ments rudimentaires - la tĂ´le ondulĂ©e : elle monte très très haut et donne l’impression qu’elle va d’un moment Ă  l’autre s’écrouler sur elle-mĂŞme, dĂ©truisant tout sur son passage…”. »

À noter que le Magasin a organisé, en partenariat avec le MAC (Musée d’Art Contemporain) de Lyon, la première grande rétrospective monographique consacrée à Kader Attia.

FlyingUne des pièces les plus marquantes du travail de l’artiste reste Flying rats, présentée lors de la biennale de Lyon de 2005 ayant pour thème L’épreuve de la durée. Ce travail est basé sur une expérience vécue enfant, ayant perdu connaissance dans la cour de l’école ; à son réveil les pompiers lui ont demandé s’il « avait vu les oiseaux ». Ne connaissant pas l’expression et ne comprenant pas, Kader a développé une phobie des oiseaux. Les flying rats, c’est le nom donné aux Etats-Unis aux pigeons des villes, dégénérés et vecteurs de maladies. L’œuvre consiste à la reconstitution en cage d’une cour d’école avec 45 mannequins de graines, représentant les enfants. Présents également dans cette volière géante, 150 pigeons ayant pour seule nourriture… les enfants. L’œuvre est évolutive, les pigeons dévorant peu à peu les mannequins. Attia résume ainsi son œuvre : « La volière est une métaphore de la décrépitude de notre société, où l’homme crée des choses qu’il ne maîtrise plus. Cette œuvre, c’est pareil : elle est sous l’emprise des pigeons… » Cette installation polémique a déclenché la colère, mais contrairement à ce que l’on pourrait penser, rien à voir avec la protection de l’enfance. Les groupes montés au créneau pour protester contre l’œuvre et demander son retrait étaient bien défenseurs… des pigeons. Des plaintes contre l’utilisation d’animaux vivants dans l’œuvre ont été entendues mais déboutées, les oiseaux étant très largement nourris et sous surveillance vétérinaire. Les protestations les plus vives se sont élevées contre l’insulte proférée à l’égard des oiseaux en les traitant de rats volants vecteurs de maladie !

FlyingPersonne ne voulait de Flying rats, pas mĂŞme Kamel Mennour, la jugeant invendable. Elle a cependant Ă©tĂ© acquise par une collection suisse pour 60 000 euros. L’acquĂ©reur l’a depuis revendue en 2007 pour 90 000 euros. C’est ce qu’on appelle une cote exponentielle pour un artiste, ancien propriĂ©taire du CafĂ© ChĂ©ri(e) Ă  Belleville, qui veut monter un restaurant si un jour on ne le sollicite plus pour ses Ĺ“uvres. Il est pour l’heure un objet de spĂ©culation que les galeristes du monde entier s’arrachent. Il refuse toutefois de travailler avec des galeries dont la sensibilitĂ© et la philosophie ne correspondent pas aux siennes et n’existent que pour faire du chiffre. Kader Attia ne « veut pas compter sur l’art pour vivre » et souhaite conserver une activitĂ© professionnelle, car pour lui, « Vendre Ă  tout prix signifierait tout accepter, composer avec les dĂ©sirs des galeries », ce qu’il refuse.

 

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Derniers commentaires

 

Hyper impressionnant! Encore une dĂ©couverte, cet artiste a vraiment un vĂ©cu et un style diffĂ©rents des artistes que je connaissais! C’est vrai que j’ai des très grosses lacunes en art contemporain, je n’y connais rien. J’aurais du mal, mais je pense ne pas ĂŞtre la seule, Ă  citer 5 “plasticiens” vivants.


Hallucinant “flying rats”, ça doit ĂŞtre flippant Ă  voir mais les rĂ©actions que tu Ă©voques sont encore plus flippantes!


Merci une fois de plus pour cette parenthèse artistique!


 

Hallucinant, en effet!


 

Kader Attia est effectivement un artiste très intĂ©ressant, tant dans sa dĂ©marche artistique que dans son Ă©tat d’esprit anti “vente Ă  tous prix”, assez rare chez beaucoup d’artistes contemporains.


Leda, en ce qui concerne les artistes ultra-contemporains, ils ont souvent du mal Ă  se faire une place dans les grands musĂ©es, c’est ce qui les rend assez peu visibles, comme Kader Attia qui n’est pas encore “reconnu” par Beaubourg.

Pour les rĂ©actions, l’art contemporain provoque souvent des rejets, qui ne viennent pas forcĂ©ment de ceux auxquels on s’attend ! Mais je pense que c’est Ă©galement le rĂ´le des artistes de “choquer” le spectateur pour faire passer des idĂ©es et faire Ă©voluer les mentalitĂ©s.

Merci encore une fois Ă  toi pour tes commentaires !


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