Le titre du dernier film de Mike Leigh résonne comme une invitation pure et simple au bonheur, ne vous fiez pas aux apparences, « Be happy » est beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît … Certains ne verront dans ce film qu’une comédie « hilarante », qui « donne la pêche » : sorte d’Amélie Poulain à la sauce british. Je suis, quant à moi, ressortie de la séance complètement déprimée…
La très haute en couleur « Poppy » que Mike Leigh a choisi de mettre en scène est une jeune trentenaire londonienne dĂ©concertante de joie de vivre. Sally Hawkins interprète formidablement ce personnage et nous embarque gaiement dans la vie de cette institutrice cĂ©libataire qui s’amuse d’un rien, et mĂŞme du pire : une vertèbre dĂ©placĂ©e ? La voilĂ soudain pliĂ©e en deux… de rire, un vĂ©lo volĂ©, un commerçant dĂ©testable, un moniteur de conduite psycho-rigide, dĂ©pressif et xĂ©nophobe ? Encore de bons prĂ©textes de dĂ©rision pour s’esclaffer en solitaire…
Le surnom de « Poppy », évoquant l’explosion joyeuse et insouciante des bulles de champagne, ne pouvait mieux sied à la jeune femme qui refuse d’ailleurs – par un éclat de rire, cela va de soi - que qui que ce soit l’appelle par son prénom. Ainsi, avec la légèreté du champagne, la jeune femme vous colle, un moment, un sourire béat sur le visage : les scènes de sa virée nocturne entre copines ou celle de son cours de flamenco, sont à cet égard particulièrement réjouissantes.
Gare cependant à la gueule de bois… l’excès de bonne humeur de l’héroïne vous donnera peut-être mal à la tête. Il cause en tous cas des dégâts irréversibles sur certains sujets fragiles dans l’entourage de la jeune femme. Car on aurait tort de croire à la simplicité ou à l’irresponsabilité du personnage de « Poppy », son sourire inébranlable constitue une arme pour affronter la gravité ambiante, une arme qui peut s’avérer fatale… Sa légèreté assumée, loin d’être communicative, provoque souvent l’incompréhension, parfois la jalousie, sinon le désarroi le plus complet.
Le rire de Poppy n’a pas un effet curatif comme on pourrait s’y attendre : il oblige les névrosés à faire face à leur névrose, si violemment que c’en est insupportable. Le « pétage de plomb » du moniteur de conduite, poussé dans les derniers retranchements de sa dépression par le simple rire de la jeune femme, est particulièrement bouleversant à la fin du film.
Certains êtres semblent inaptes au bonheur, Poppy et sa bonne humeur nous le révèlent mais n’y changent rien au fond… Si l’héroïne semble ébranlée par son ultime séance de conduite, le rire reprendra vite le dessus, certains spectateurs auront plus de mal à se remettre…
posté le 09/09/2008 | 935 vues | 12 commentaires | tags: Mike Leigh be happy cinéma
oui ça l’est Krib ! en revanche le cĂ´tĂ© documentaire animalier, je vois pas trop, j’avoue…
aaaaaaah, d’accord… oui, en fait, non…. je sais pas, je regarde jamais de documentaires animaliers, ça doit ĂŞtre pour ça !
ce qui m’a un peu gĂŞnĂ©e c’est surtout qu’il n’y a pas tellement d’histoire, c’est plutĂ´t une tranche de vie…
après, il est vrai qu’on peut difficilement s’identifier Ă un personnage de fofolle comme ça.
C’est Ă dire que les hystĂ©riques joyeuses c’est super Ă©puisant…Genre j’ai une amie, elle a toujours envie de faire plein de trucs en mĂŞme temps, des fois je voudrais juste lui faire prendre des somnifères en douce. Puis je sais pas, l’affiche ne me plait guère, on dirait que la fille se FORCE Ă ĂŞtre gaie, et pour moi il n’y a rien de plus dĂ©primant.
C’est vrai que l’affiche est moche, ça donne pas envie de le voir…
Quand aux hystĂ©riques joyeuses, elles sont pas toujours si joyeuses intĂ©rieurement…Certaines sont mĂŞme carrĂ©ment dĂ©pressives mais se forcent Ă sourire, rire tout le temps, pour cacher leur mal-ĂŞtre.
Je m’en doute, c’est bien pour ça que je trouve cette attitude terrible: tu caches un excès par un autre…Et ça doi^t ĂŞtre pĂ©nible, ne serait ce que pour soi, de faire “semblant de” tout le temps (de toute façon, ça se sent)
oui, c’est la façon de filmer, mais aussi le fait qu’il n’y a pas de trame narrative et que tu as plus l’impression de plonger dans la savane (ici, Londres) pour observer ici un animal local (ici, une institutrice obstinĂ©ment et bĂŞtement hilare avec sa bande de potes).
le cotĂ© “tranche de vie” ne m’a pas gĂŞnĂ© dans le sens ou le rĂ©alisateur parvient Ă faire passer un message selon moi; en revanche le cĂ´tĂ© hilare de Poppy a tendance effectivement Ă taper sur le système, mais n’est ce pas le but ?
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