Mon contrat pour le job-le-plus-vain-du-monde venait de s’achever, je me retrouvais une fois de plus sans emploi. Une amie m’avait suggĂ©rĂ©e de m’inscrire au rectorat afin d’effectuer des remplacements comme professeur d’art. Au tĂ©lĂ©phone, après quelques minutes de discussion, l’inspectrice (qui ne m’avait jamais vue) m’annonce qu’elle note “avis favorable” sur mon dossier. Je lui propose que nous nous rencontrions… “Mais pour quoi faire ? ” “Heu, ben…”(quand mĂŞme, j’allais avoir en charge l’Ă©ducation de la Nation Future !).
Fin dĂ©cembre 2003, j’accepte donc un poste de 7 mois Ă temps plein plus une heure.
5 janvier 2004, après avoir vainement tentĂ© de connaĂ®tre le programme (”Enfin, Mademoiselle, on ne dit plus programme, on dit rĂ©fĂ©rentiel ! Et pour vous, ce sera…Survivre !”), j’arrive dans un lycĂ©e-poubelle d’une de ces banlieues que l’on voit au journal de 20h, moi qui ai Ă©tĂ© Ă©levĂ©e très bourgeoisement chez les soeurs…
J’apprends que la titulaire du poste est tombĂ©e en dĂ©pression au bout d’un mois et que son remplaçant est parti en larmes après dix jours. Depuis un mois et demi, les Ă©lèves n’ont pas de prof.
Je n’ai pas de livre, pas de prog… rĂ©fĂ©rentiel, j’ai 26 ans et peu de temps auparavant, les “sauvageons” comme les profs ont fait la une des journaux. Mes amis et ma famille semblent très inquiets.
Le seul conseil que mes collègues m’ont donnĂ© c’est d’obtenir des Ă©lèves qu’ils Ă´tent sacoches et doudounes.
Dans la cour, des Ă©lèves me lancent “Wesh, tu t’es fait virer d’oĂą ?”. Quand je leur rĂ©ponds que je ne suis pas une Ă©lève mais leur nouveau prof d’art, ils ricanent. Je mets mes lunettes.
Première heure de cours, je me prĂ©sente, fais l’appel, et demande aux Ă©lèves de retirer sacs et blousons. Personne ne bouge. J’insiste. Encore. Et encore.
Progressivement, ils quittent leurs “armures”.
Sauf un. Un très grand black aux cheveux jaunes, vautré sur sa chaise, jambes très écartées, regard en dessous.
Je lui lance, hyper stressĂ©e “Mais enfin, Mahmoudou, dĂ©shabillez-vous !”
Il se déploie, se hisse, ôte lentement son écharpe, ses gants, sa sacoche, son blouson, son pantalon.
(c) mcmorr
posté le 03/09/2008 | 2957 vues | 8 commentaires | tags: discipline ZEP banlieue collège journée_école
Merci ! la suite, bien sĂ»r… j’aimerais pouvoir l’Ă©crire ici mais comme je suis toute nouvelle, je ne sais pas trop comment ça fonctionne.
Un petit bout de la suite : je pensais faire ce mĂ©tier 15 jours, histoire de me faire ma propre opinion sur les enseignants et la banlieue… et bientĂ´t cinq ans après j’y suis toujours !
Le garçon dont je parle est en prison pour la troisième fois.
Mes prĂ©jugĂ©s ont fondus et l’admiration que j’Ă©prouve pour la plupart de mes collègues est indicible.
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