C’est la rentrée des classes et j’accompagne, comme tant et tant d’autres mères, ma fille aînée pour sa première journée de classe. L’année du brevet, l’année du premier examen, la fin d’un cycle, la fin de l’enfance aussi.
Au moins trois jours qu’elle la prépare cette fichue rentrée, depuis la couleur des baskets à celle du mascara, tout doit être au point, réglé au millimètre, au dixième de millimètre même.
Ne pas faire trop neuf
Ne pas faire trop ceci, trop cela, ni tecktomachin ni emotruc.
Ne pas avoir la frange mais plutôt la mèche, ou l’inverse.
Cacher le bouton qui s’est invité à la dernière minute.
Avoir la bonne dose de noir sur les yeux et le cheveu lisse et brillant.
Ne pas avoir un sac à dos, encore moins un cartable, mais un sac qui lui arrachera l’épaule mais ne la fera pas remarquer.
Se fondre dans la masse, s’intégrer au groupe.
Miss E en a mal au ventre de cette rentrée, elle l’empêche de dormir, lui donne la nausée.
Comment pourrai-je comprendre les enjeux qui se jouent en ce jour ? Ai-je moi-même été adolescente ? Ai-je oublié les questions existentielles de savoir si Untel sera dans ma classe, si Unetelle n’y sera pas, si j’aurais tel prof plutôt que tel autre, et surtout, surtout, si les autres, tous les autres, me trouveraient cooooooool ?
Dit-on encore cooooool aujourd’hui ?
VoilĂ , on y est.
Un groupe de filles, deux garçons, les cheveux au vent et les vêtements choisis avec minutie, le look étudié. Ils sont là , près du bar qui ne désemplira sans doute pas pour les années lycée, à attendre l’heure juste pour ne pas arriver en avance.
- Maman ! ArrĂŞte !! Y’a M. qui est lĂ !!
Stopper net la voiture.
La laisser descendre, un large et lumineux sourire accroché à son visage à elle, me laissant à moi le stress et la nausée, l’espoir que cette première journée se passera bien, qu’elle retrouvera Untel et pas unetelle dans sa classe, qu’elle aura tel prof plutôt que tel autre et qu’elle fera partie du groupe, et que tous la trouveront cooooool même si on ne le dit plus.
Alors je fais bien attention, je respecte les distances, celles qui me permettent de la déposer pour cette journée si spéciale.
Ni trop près, ni trop loin, juste à la bonne distance, celle qui lui permettra de ne plus être une enfant.
100 mètres, pas un de plus, pas un de moins.
(c) muffinmoose555
Dom pour menageresdemoinsde50ans.com
posté le 03/09/2008 | 1602 vues | 13 commentaires | tags: adolescent collège journée_école rentrée mouflet
Je te l’ai dĂ©jĂ dit, dom, mais tes mots m’ont touchĂ©e en plein coeur… Elle en a de la chance ta fille, tu sais…
J’ai beaucoup aimĂ© ce petit texte. Il m’a touchĂ© par sa simplicitĂ© et son authenticitĂ©.
j’ai beaucoup aimĂ© la conclusion.
beaucoup de mères ont du mal Ă voir grandir leur enfant et tu as justement saisi ce qui se passe dans la tĂŞte d’un ado.
pfiou, plus que quelques annĂ©es, et ça m’arrivera aussi. J’espère pouvoir rĂ©agir de manière aussi intelligente que toi!
oui, la seule diffĂ©rence c’Ă©tait que je n’avais pas une aussi gentille maman (aussi comprĂ©hensive) pour m’accompagner, faut dire que j’aurais jamais acceptĂ© non plus… mĂŞme si elle avait pu (la mère qui colle la fille… ouĂŻe ouĂŻe… Ă 13 ans, il fallait leur raconter des histoires aux parents pour avoir un peu de libertĂ©, alors Ă 14 ou 15…). Mais, quand mĂŞme, comme j’aurais voulu avoir une maman aussi attentionnĂ©e…
J’ai encore un petit, mais j’ai aussi des grands, cela permet de faire le grand Ă©cart entre l’indĂ©pendance du collège et les calins bisous de la primaire.
Et de se souvenir aussi de l’ado que nous Ă©tions !
Je les aime bien les ados que je cĂ´toie dans le bahut oĂą je travaille. Ils ont tous le mĂŞme Ă©lan vers le dehors et vers eux-mĂŞmes Ă la fois, comme s’ils dĂ©couvrait le pouvoir de s’auto-construire en prenant ailleurs que dans le cocon familial. C’est beau de le comprendre et de l’accepter comme tu le fais pour ta fille, de lui donner la possibilitĂ© d’exister ailleurs.
T’es super comprĂ©hensive ! HonnĂŞtement je sais pas comment tu fais. Perso les ados me sortent par les trous de nez. DĂ©jĂ que ça m’exaspèrent de voir mes petites cousines passer des heures Ă se maquiller, je sais pas comment je rĂ©agirais !
Alors, comment s’est passĂ© sa rentrĂ©e ? Je me rappelle de ce drame de ne pas avoir les bons amis dans la classe ou d’ĂŞtre dans une classe pourrie avec les pas cools…
Comment va ton ado ?
Finalement mĂŞme si la rentrĂ©e s’est bien passĂ©e, Miss E se retrouve dans une classe et un collège oĂą elle ne connait quasi personne. Elle prend ses marques doucement, fait peu Ă peu connaissance avec ses nouveaux camarades et environnement.
D’ici quelques semaines, j’espère que ce sera bien pour elle (mais en attendant, trop dure la life..)
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La conclusion est touchante dans sa simplicitĂ©…Ado, j’aimais que ma mère m’accompagne en voiture jusqu’au bout, cela ne me dĂ©rangeait pas, mais bien des amies prĂ©fĂ©raient prendre le bus et se rallonger le chemin plutĂ´t que de se sentir trop “infantilisĂ©es”. Le dĂ©but d’une barrière, c’est vrai.
Et d’une barrière pleine de ressenti personnel, ce qui donne Ă ton texte ce petit cachet “authentique” charmant.