Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

24. mai 2012

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chiquita

« 1984 » contre « Globalia »

 1984 par Georges Orwell parle du monde de mon enfance : un monde où le pays est en guerre contre tous les autres pays, où tout est contrôlé par le tout puissant Ministère de la Pensée, où l’histoire est constamment réécrite par le Ministère de la Vérité et où la lecture et la libre pensée est interdite sous menace d’une visité guidée et gratuite du Ministère de l’Amour (qui en vérité n’est qu’une institution de la torture et de la propagande). Et bien sûr, la modalité la plus efficace d’instaurer un climat de suspicion et de peur est l’omniprésent Big Brother (d’où la phrase bien connue « Big Brother is watching you…)

1984jpe.jpgLe monde décrit par Orwell dans 1984 est un monde noir, semé par la peur et la guerre (par ailleurs toute l’économie du pays est basée sur la production destinée à l’armée) où les gens normaux n’ont plus la possibilité de rêver ou de se projeter dans l’avenir.

L’opinion publique est constamment manipulée par le parti qui emploie des dizaines des fonctionnaires dont le seul travail est celui de réécrire l’histoire en fonction de qui, entre les 2 pays voisins, Eurasia ou Estasia sont déclarés des ennemis. Par ailleurs, c’est le travail du héros principal, Winston Smith (membre du parti extérieur).

Son personnage connaît une révolte très violente contre le parti et commence à écrire un journal (chose complètement illégale) dans un recoin de sa chambre qui échappe à la surveillance de son télé écran.

Cet acte de rébellion va l’amener dans le tourbillon d’un complot dans lequel désir de liberté et amour se mélangent (sa rencontre avec Julia et leur amour interdit dans une chambre louée d’occasion dans un des quartiers prolétaires mais aussi leur recherche commune de la vérité dans le livre de Goldstein, l’ennemi du peuple et du parti) qui s’avère n’être qu’une mise en scène de la police de la pensée. Les deux amants sont séparés et souffrent la torture dans une des chambres secrètes du Ministère de l’Amour.

A la fin du roman, Winston est un homme avec les rêves brisés, loyal admirant du parti et de Big Brother.

Dans un régime complètement à l’opposé du monde totalitaire décrit par Orwell en 1984,  Globalia  par Jean-Christophe Rufin, nous amène dans le monde de la démocratie parfaite, de la société de consommation globale et sans frontières. C’est sans doute l’avenir du monde dans lequel je vis aujourd’hui.

La première loi de Globalia est que tout être humain est libre et responsable de ses actes et de ses choix. Etre jeune n’est plus à la mode et même méprisable car ce sont « les personnes de grand avenir » (soit ce qu’on appellerait aujourd’hui des vieux) qui sont au pouvoir (en même temps, les vieux high tech de l’avenir ont des nombreuses opérations esthétiques pour cacher leur âge, leurs organes défectueux peuvent être à tout moment remplacés par des nouveaux organes clonés, bref, ils peuvent vivre éternellement quoi).

Les habitants de Globalia vivent dans un monde où la natalité est strictement contrôlée, où l’avortement est libre alors que la grossesse doit faire l’objet d’une déclaration ; pareil pour le divorce qui ne demande aucune formalité alors que le mariage est vu comme quelque chose d’encombrant et d’ancien. Les frontières de chaque pays ont été abolies et il n’existe plus de nation mais des « agréments culturels ». Toute volonté identitaire est punie cruellement car c’est une atteinte à la démocratie universelle. L’histoire n’est pas réécrite mais oubliée.

La société de Globalia est principalement une société de consommation, de loisirs et de plaisir : ainsi les produits ont une durée de vie programmée, des nouvelles distractions sont constamment proposées aux gens qui, bénéficiant d’une longue vie et de courtes journées de travail peuvent passer leur temps à consommer.

Le héros principal est, dans ce livre, Baikal, un jeune rebelle qui, malgré les promesses alléchantes de cette société de paix et de besoins satisfaits s’entête à vouloir s’évader en dehors des villes de Globalia et de leur atmosphère protégée par des énormes coupoles en verre : il est convaincu que la vraie liberté se trouve dans ces non-zones réputées dangereuses.

Il se retrouve ainsi, avec son amie, Kate, au centre d’un gigantesque complot mené par le machiavélique Ron Altman qui n’est personne d’autre que le père fondateur de Globalia en personne !

A la fin du livre, le lecteur apprend la vérité sur la création de Globalia (un monde où tout est artificiellement parfait et où la seule utilité des hommes est leur capacité à consommer de plus en plus) mais, le lecteur reste avec l’impression que tout n’est pas achevé car il resterait tellement des esprits auxquels il faudrait raconter la vérité!
Ces deux livres, en antithèse apparente nous font méditer sur la condition de l’homme, sa liberté et sa dignité. Que ce soit dans un régime violent et sombre comme dans 1984 ou dans un régime de bonheur illusoire produit à la commande comme dans Globalia, à la fin de chaque livre une question se pose : quel est le régime qui, au fond, permet à l’être humain d’être libre ?

Visiblement, que ce soit sous le dictat de la politique ou de l’économie, la liberté comme droit fondamental de l’homme est remise en cause…

 

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Derniers commentaires

 

Bien, je trouve ton article intéressant (ceci étant tu aurais pu ne pas nous raconter la fin du deuxième livre, cela coupe un peu l’envie de le chercher du coup;)): finalement les deux univers ne sont pas différents; dans chacun d’entre eux, la liberté n’existe pas, puisque, d’après ce que j’ai compris, Globalia, on ne peut pas s’en échapper.

Maintenant, pour ce qui est de la fameuse liberté, j’ai une autre question qui me vient à l’esprit en lisant tes mots: est ce que l’homme veut vraiment être libre, sait il au moins ce que c’est?

Tant que cette description ne sera pas claire, il me parait difficile de mettre en place une politique adéquate.


 

@ Elea: bien vu, d’ailleurs, j’ai modifié suite à ta remarque… Quant à la question est ce que l’homme désire vraiement d’être libre? je pense pas que la liberté, comme concept absolu est impossible à atteindre et n’est même pas désirable!

Après, il ne faut pas oublier que que la démocratie n’est rien d’autre que la dictature de la majorité! (dans la théorie la vraie démocratie = prise de décisions à l’unanimité!)


En conclusion: la liberté absolue est un idéal, la démocratie est, malgré tout le meilleur qu’on a ou trouver jusqu’à présent pour contenter des intérêts contraires.


Par contre, il ne faut pas que les entreprises profitent la démocratie pour nous transformer dans des “esclaves économiques”…. Et pour cela il y a quand même besoin d’un état fort! (à mon avis)


 

J’ai lu les deux il y a quelques temps et je trouve qu’ils ne font qu’illustrer ce que Michel Foucault par exemple décrit quand il parle de micro-pouvoirs…

J’avais bien aimé la fin de Globalia….


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