Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

24. mai 2012

Mot de passe oublié

Louise

Mardi 26 août 2008 : Dyns me propose « Louise, cela te plairait d’être un homme jeudi 28 ? ». Après m’être mise dans la peau d’une bobo, d’une catho ou encore d’une rédactrice de mode, je suis bien sûr prête à relever le défi pour Ladies Room.

macro.jpgLa différence fondamentale qui existe entre un homme et une femme, c’est le sexe. Alors, en cette journée « Si j’étais un homme », je cesse de réagir avec mes seins, mon clitoris et mon vagin et pense donc avec ma nouvelle b*** toute neuve. N’est-ce pas là le fantasme suprême de toutes les femmes ?

Au réveil, je connais la douce sensation de mon membre qui se tend sous l’effet de mon subconscient. J’ouvre les yeux et me surprends en considérant ce nouvel appendice qui orne mon bas ventre. Mais je suis rassurée : ce sexe qui a surgi en une seule nuit semble parfait, ni trop grand, ni trop petit ; rien qui ne fasse peur, rien qui ne prête à moquerie. Ce matin, pas de femme dans mon lit pour m’empêcher de me gratter nonchalamment l’entrejambe – TOUS les hommes se grattent, ceux qui prétendent le contraire sont de fieffés menteurs ; mais comme je les comprends maintenant : la sensation est vraiment délicieuse. Je prolonge le moment. Cependant, il devient impératif de me lever.

Enfin je sais ce que c’est que de faire pipi debout – j’avais bien tenté l’expérience alors que j’avais 5 ans mais cela ne m’avait guère rapporté que les réprimandes de ma mère à la vue de l’inondation que j’avais produite dans les toilettes. En me rhabillant, je prends grand soin de ne pas coincer cette nouvelle extension anatomique dans la fermeture de mon jean : doucement sur le zip, il en va du bon déroulement de cette journée. C’est que Jésus – oui, j’ai poussé le zèle jusqu’à donner un prénom à mon nouveau sexe, preuve de notre bonne entente : lui et moi, on fusionne – a un programme chargé aujourd’hui ; un accroc à Jésus serait grandement handicapant.

Alors, je le rassure JĂ©sus, je lui parle, je le caresse … Oh zut, le voilĂ  qui enfle Ă  nouveau. Je n’avais pas prĂ©vu cela, moi ! Soyons honnĂŞte, je ne maĂ®trise pas encore très bien JĂ©sus. Stop ! … Stop, j’ai dit ! … Mais tu vas t’arrĂŞter, hein ? En voilĂ  des manières ! … Oui, lĂ , c’est mieux.

Jésus et moi pouvons enfin quitter notre appartement. Je marche dans la rue et passe mon temps à loucher sur tous les décolletés que je croise puis à me retourner sur toutes les jolies paires de fesses. Je ne vois qu’une solution pour éviter troubles de la vision et torticoli : s’assoir à la terrasse d’un café. La serveuse vient prendre ma commande : « quels seins ! » ne puis-je m’empêcher de penser. Je ne sais plus où donner de la tête : jambes fuselées, poitrines aguichantes, fesses affolantes. Les tentations sont nombreuses. Jésus commence à s’impatienter. La prochaine qui passera sera pour nous.

Une jeune fille blonde décolorée, gironde, ses seins semblant avoir du mal à rester sagement dans leur soutien-gorge, ses fesses moulées dans une mini-jupe racoleuse, se présente à nous. Certes, elle n’est pas du tout mon type, mais là c’est purement sexuel : « je vais me la faire ! » (ils vont être contents chez Ladies Room ; ma transformation est complètement réussie : en plus d’avoir changé de sexe, je pense dorénavant comme un mec, un vrai, avec des c******* !) « Alors, viens-là ma mignonne, ça va être ta fête ! ».
Toute ma journée d’homme se poursuit à draguer de jeunes et jolies filles pas farouches pour deux sous. Quant à Jésus, il s’en sort fort bien pour un débutant.

Mais alors que, vers minuit, je rentre passablement fatigué, je croise une jeune femme tout à fait charmante. Elancée, brune avec une frange, un port de tête altier, cette femme correspond exactement à mes canons de beauté. Je la suis, elle va du même côté que moi. Je n’ose pas l’aborder. Alors que j’ai pris mon plaisir avec une multitude de jeunes femmes, sans penser un seul instant à leur en donner, cette femme-là, je n’ai pas seulement envie d’elle, j’en suis amoureux. Curieusement, nos pas nous mènent à mon immeuble : vivrait-elle au même endroit que moi ?

Alors que j’ouvre la porte afin de la laisser entrer, elle se retourne vers moi et me lance un regard malicieux : je suis pétrifié.

« Bonjour, je m’appelle Louise », me dit-elle.

Photo : (c) KarolusLinus via Flickr 

 

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