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Moi si j’étais un homme, je serais Joe Strummer…

Si j’avais été un homme, j’aurais effectivement été Anglais. Je serais né dans les années 1950, dans la reconstruction de la Seconde Guerre mondiale. Mon enfance aurait été heureuse, même si je n’étais pas entouré dans le psychédélisme de mes compatriotes du Swinging London.

Moi si j’étais un homme, je serais Joe Strummer…Mon père diplomate, j’aurais bénéficié de la société anglaise des Trente Glorieuses. Arrivé à l’adolescence, j’aurais été désoeuvré, j’aurais traîné ma rage et mon ennui dans les pubs de ma ville bourgeoise en Angleterre. Et puis j’aurais eu l’idée, au lieu de caillasser les rues, de monter un band avec deux-trois potes pour cracher ma haine à la face du monde.

Et puis arriva 1975 et un nouveau mouvement musical arrivé des rues de New-York. Des groupes comme The Stooges et The Ramones auraient insufflé un vent nouveau sur le rock, qui commençait à se sentir bien vieux, avec ses idoles embourgeoisées telles Mick Jagger et ses châteaux français. Un vent de révolte se déclenche alors dans la jeunesse anglaise dont je fais partie.

J’aurais pris mon micro… et mes mots auraient claqué comme des coups de poing. Je me serais senti galvanisé par toute ma génération qui se serait reconnue dans ma révolte. J’aurais incarné une sorte de dénonciation de l’injustice sociale. J’aurais mis du fond au débat, quand certains mettent la forme en avant, tel Johnny Rotten et sa bande.

J’aurais vu à quel point mon pays allait mal, avec cette Dame de Fer. Et surtout, j’aurais évité toute cette pression due à la galvanisation de mon image. C’est ce qui m’a perdu, moi et mes compagnons de fortune. La thune, la drogue, les conflits permanents, la célébrité… Malheureusement, nous n’avons pas résisté. Aurions-nous dû rester dans l’underground indéfiniment ?

Bien sûr, si j’avais suivi le même chemin, je me serais racheté une conduite, même si au fond, je n’aurais jamais arrêté les mirages de la drogue qui auraient fini par m’user. La vieillesse prématurée et la maladie m’aurait rattrapé, et je resterais à jamais une légende pour tous ceux que la révolte contre l’injustice sociale anime.

Si j’avais été un homme, j’aurais été cet homme : John Graham Mellor, alias Joe Strummer (1952-2002).

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