Cuisine

J’aime pas faire à manger

Avec l’âge, on change de passion. Il y a 10 ans, je ne jurais que par les sorties estudiantines et je faisais l’admiration de mes copines grâce à ma maitrise du trait d’eye-liner à feutre, comme quoi, on n’est peu de choses.

Avec le temps s’en va l’énergie, s’approche la trentaine (AAAAAAH dans un an et un mois, j’hyperventile) et l’énergie va s’amenuisant, ralentissant comme une petite vieille devant vous, le lundi soir à 18h00 à la caisse du Carrefour alors que votre gamin a une otite qui commence et braille dans le caddie. Oui, l’énergie est une faible chose qui se carapate en douce et vous fait chier.

Donc, vu que l’énergie s’en va et que la mauvaise foi vient proportionnellement, PLEIN ( et moi la première) de gens décrètent d’un air sérieux “Non mais moi, tu sais, les sorties à gogo, j’en suis revenue, de toute façon, je ne trouve nulle part où m’amuser, c’était stérile, je suis passé à autre chose, sincèrement je ne vois plus aucun intérêt à aller m’agiter dans le noir et me mettre minable avec de la mauvaise vodka, alors que je peux faire de bons diners avec mes amis et déguster quelques bonnes bouteilles; au diner, au moins, on a le temps de discuter vraiment et de rencontrer vraiment les gens, les boites c’est nul, ça pue et tu n’entends rien” (tout ça sans respirer).

Tu parles, Charles. La vérité, c’est qu’avec l’âge, on tient moins bien la distance et il nous faut deux jours pour se remettre d’une murge monumentale là où il nous fallait quelques heures, une douche et une aspirine au temps béni de nos jeunes années. Deux jours, si tu (oui, on se tutoie, on se connait maintenant) calcules bien ça veut dire que t’es dans le pâté encore le lundi si tu sors le samedi soir et que tout ton we est foutu si tu sors le vendredi soir. Et avec l’âge vient aussi le travail et entamer la semaine sur les genoux, le lundi matin, je sais pas toi, mais moi c’est au-delà de ce que je suis capable de faire désormais.

Donc, tout guilleret, tu te sens important et tu décrètes que maintenant, tu fais des “dîners”. Moi aussi, vu que toutes mes copines ont décidé de se mettre à l’eye-liner et qu’en plus ces fourbes ont dépassé le maitre et maitrisent maintenant le smocky eye comme personne (que leur bâton de rouge à lèvre se brise sur leurs genoux quand elles se remaquillent en voiture jusqu’à la fin des temps). Donc, je “dine”. Et comme il faut que je la ramène et que ça m’amuse, je cuisine, et plutôt bien parait-il.

Et INEVITABLEMENT (tu feras le test et tu me diras que j’ai raison la prochaine fois qu’on se voit) vient la discussion du “faire à manger”.

Et là, laisse moi te dire qu’une fois de plus, le monde est mal fait. Parce que la cuisine, il y en a qui aiment… et d’autres qui n’aiment pas et ÇA NE SE DISCUTE PAS. Un peu comme l’homosexualité ou le goût du fromage, on aime ou pas, on n’y peut rien, c’est comme ça.

Donc, inévitablement, quelqu’un (d’ordinaire une fille) vient se mettre en cuisine et décrète que “pfffffff t’as du courage, j’admire, parce que moi, cuisiner, j’aime pas, d’ailleurs tous les jours ça me gonfle, alors je fais des surgelés mais mon mec fait la gueule parce que sa mère, tu verrais ce qu’elle cuisine, sa mère, je suis gênée de la recevoir alors je ne fais que des choses simples mais je SAIS qu’elle me hait, qu’elle m’en veut de ne pas nourrir son fils chéri et que lui, il a honte!” (tout ça aussi sans respirer).

Et c’est à ce moment précis que ladite soupirante dans ma cuisine commet une erreur que nous pouvons toutes, autant que nous sommes, faire :

Confondre “faire à manger” et “cuisiner”.

Parce que faire à manger, tous les jours, vite et bon et équilibré et qui plaise alors que tu as bossé 8 heures comme tout le monde et que tu as l’intention de faire autre chose de ta soirée que la bouffe et la vaisselle, c’est souffrance. Pour tout le monde. Souffrance et Misère, même. Avec les majuscules et l’emphase.

Alors, si toi aussi, lectrice, tu n’aimes pas faire à manger, viens dans mes bras, tenons nous la main et tu verras que même ta copine Caro, qui vous invite toujours, toi et et ton mec, à bouffer des trucs à damner un saint que tu ressors en ayant envie de vomir et de la tuer, elle est aussi dans la farandole… parce que disons-le, même quand on aime cuisiner, faire à manger, c’est chiant comme la mort.

Aussi, si un jour je t’invite chez moi et qu’en plus tu aimes ce que je te fais à manger, fais moi le plaisir de ne pas venir faire ta tirade dans ma cuisine et, à la place de renifler mes casseroles, me passer le sel, me parler du temps qui passe tout en portant un toast à ce pensum quotidien et bien trop souvent féminin “faire le repas”.

Et bon appétit, bien sûr.

8 Responses to “J’aime pas faire à manger”

  • Petite fouineuse :) C’est pour jeudi :)

  • oups, autant pour moi! (même pas mal)

    dsl mais ça bouge pas des masses sur LR et pis au boulot non plus…alors faut bien que je m’occupe en fouinant, hé.

  • Héhé, tu as bien raison, la curiosité est un joli et très utile défaut.

  • Je suis dans la farandole!
    Le seul truc que j’aime faire c’est de la patisserie le dimanche quand il pleut (parce que quand les enfants sont réveillés on ne peut pas s’occuper de l’autre façon…)

  • Miss Lili, j’adore ta plume. Totalement, mais alors TOTALEMENT d’accord avec cette différence fondamentale !

    Quand je cuisine, c’est croquant de magret au miel et au thym, crumble de tomates au chèvre frais, poularde à l’estragon… J’y passe des heures (voir des jours, j’ai une recette top-secrète de ma grand-maman qui demande 3 jours de préparation) avec un énorme plaisir.

    Et quand je fais à manger ? Ben sandouiche, et pis pas de cornichons, c’est trop long de sortir le pot. Faut pas déconner, j’ai encore deux films à voir ce soir. Non mais.

    Bon, y’a des exceptions, évidemment. Pas le moral, chère et tendre partie passer le weekend avec des copines, semaine pourrie ? Et si je me faisais une petite blanquette, comme ca, juste pour moi, sans inviter personne… Evidemment, quand ma chérie va rentrer de son super weekend, y’aura plus rien dans le frigo. “Qu’est-ce que je me suis fait ? Oh, rien, des pates, comme d’hab’…”

    Que celui ou celle qui n’a jamais succombé à ce délicieux égoisme me jette la première casserole !

  • Miss Lili 2008 – élue “méga-schtroumf-grognonne de LR”
    (ben si, t’as qu’à lire ces précédents posts)

  • @Mr F.: please, c’est quoi ta recette de crumble tomate-chèvre? j’en ai mangé récemment et c’est à tomber…

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