Un peu de culture, avec un bref rappel de ce mythe grec : celui de Narcisse. Narcisse était un jeune homme d’une beauté éclatante. Mais il était si imbu de lui-même, et méprisait autrui à un point tel qu’il restait parfaitement insensible aux sentiments amoureux que l’on pouvait lui porter.
Un jour, tandis qu’il se posa pour s’abreuver à une fontaine, il tomba profondément amoureux du jeune homme qu’il crut voir, en fait, son propre reflet. En extase devant la perfection de ses traits, il se pencha tellement pour s’approcher de ce beau visage, qu’il tomba dans la fontaine et s’y noya.
Il fut changé en une magnifique fleur dorée, Narcisse, qui porte son nom aujourd’hui, et qui au printemps se reflète dans l’eau.
Pour ma part, j’ai très envie de vous raconter une histoire, mais cette dernière ne sera pas un mythe. Plutôt une réalité bien narquoise : Paul ou mon ex, le Narcisse incontesté du XXI siècle.
Paul est un très beau mâle. Un mètre quatre vingt-cinq d’une élégance insolente qui ne laisse aucune femme indifférente. Un corps sublime, des muscles magnifiquement galbés. Un cœur de rumsteck, rien à jeter.
Des cheveux noir ébène, un regard ténébreux, un sourire ravageur aux dents blanches parfaitement alignées, une peau veloutée caramel invitant à la gourmandise, un torse imberbe dessiné comme une statue grecque.
Quand nous nous sommes rencontrés, dans un restaurant, (nos deux tables étaient l’une en face de l’autre), nous déjeunions chacun, seuls. Je ne pouvais rester de marbre face à ce bellâtre qui me fixait ardemment. Je ressemblais vaguement à la fin de ma coupe glacée, fondante.
Au café, il s’est invité à ma table, et la relation a commencé.
Il était drôle, gentil, je n’étais pas encore amoureuse, mais folle de son corps. Plus nous nous voyions et plus c’était… dingue tout court…
La première fois que j’ai dormi chez lui, j’étais un peu surprise en arrivant dans sa salle de bain. Cela ressemblait vaguement à une vitrine du Body Shop. Mais bon, il était raffiné, j’aimais cela…
Après deux semaines, je venais très régulièrement chez lui. Et un beau matin de week-end, tout s’est accéléré. On dit souvent que chasser le naturel, il revient au galop, c’était peu dire.
J’entends le réveil sonner à 6h00. Je me demandais si je rêvais. Je le vois s’habiller en vitesse de son jogging, équipé de son sac, claquant la porte. Merde, c’était le week-end. Laissant les réflexions métaphysiques de côté, je me suis rendormie.
Un bruit provenant de la cuisine me pousse hors du lit : 8h30. Je le vois, mixant des fruits, avec dans les mains un énorme pot de protéines. Il ouvre le frigo prend une autre boîte, de la Créatine. Il me gratifie d’un sourire ultrabright, me dit qu’il va faire ses étirement dans le salon.
Moi, incrédule, je descends acheter des viennoiseries, croyant lui faire plaisir pour le petit dej. Que n’avais-je pas fait là ! Savais-je combien de calories contenait un pain au chocolat, un massacre ! Non il mangeait sainement, il avait déjà pris 750 grammes depuis qu’il me connaissait, il fallait qu’il « sèche ». Et vas-y qu’il se prépare des œufs brouillés avec son savant mix de fruits & prot-créa !
Il parle peu, il me dit qu’il récupère, il a bien poussé à la salle, il est hs. Il va y retourner comme « avant moi » à présent, deux heures le matin, une le soir 7/7.
J’étais scotchée. C’était donc cela le prix à payer pour un corps de rêve ? N’était-ce pas moi, la fille, qui aurait dû lui prendre la tête avec mes régimes ?
Je ne dis rien, trop perplexe par son soudain mutisme. J’allume la télé, un super film, et je me cale avec mes délicieuses mille calories diaboliques tandis que Monsieur file se « préparer ».
Deux heures plus tard, fin du film. Lui, toujours enfermé dans la salle de bain. Je me demandais presque s’il n’était pas mort. Mais non, j’entendais à présent le bruit su sèche-cheveux.
Il finit par sortir, beau comme un dieu. Je me radoucis un peu. Il me dit de n’entrer que dans quelques instants, il doit « ranger » son bordel. Je lui réponds que ce n’est rien, j’entre, et devant mes yeux ébahis, se dresse « la scène du délit de beauté »… Il hurle qu’il fallait que j’attende, trop tard…
J’avais parlĂ© de Body Shop tout Ă l’heure, et bien en fait c’était “la caverne de Sephora” :
Mes yeux parcouraient l’ensemble de la pièce avec stupeur et amusement :
- D’abord posés au sol : pour ses beaux cheveux noirs, tu m’étonnes : une boite de coloration « noire profonde couvrant tous les cheveux blancs », un soin apaisant anti-irritant du cuir chevelu ultra- sensible suivit d’un sublimateur après shampoing sans rinçage effet glossy.
- Des tonnes de tubes de crèmes sur la tablette du lavabo : contours correcteur doux rides des yeux et de la bouche, repulpeur pour les lèvres, gommage visage doux aux huiles essentielles, masque révélateur de lumière anti-brillance, crème défatigante de jour indice 15, lingettes auto-bronzantes hâle naturel peaux très mâtes.
- Près du pot à brosse à dents, solution blancheur, patchs blancheur à effet rapide « 20 minutes chrono ».
- Autour de la baignoire, gommage pour le corps, bandes de cire froide jetables, crème dépilatoire, rasoir manuel, tondeuse, gel douche raffermissant, huile de jojoba ulta-hydratante, crème anti-peau d’orange ciblée fesses et cuisses « moins cinq centimètres en un mois ».
J’ai soudain eu envie de rire. Il s’est vexé.
Il est très important de faire attention à soi, mais je ne me voyais pas vivre avec un homme qui avait plus de crèmes de beauté que moi.
En le voyant se coiffer avant que nous sortions, j’ai décidé que c’était la dernière fois que nous nous verrions…
Après son brushing (alors que ses cheveux sont courts), il a mis près de vingt minutes pour les malaxer, les arranger et les refaçonner avec son gel. Il s’est regardé inlassablement devant la glace, hochant la tête de gauche à droite.
Après cette inspection « faciale » achevée, il s’est mis de profil, à mis une main sur son plexus pour se caresser le tronc. Il a ensuite soulevé son t-shirt pour reproduire le geste. Enfin, il a regardé ses biceps, touchant du bout des doigts chaque bras.
Quand j’ai cru le cérémonial terminé. Opération « dressing ».
Pas moins de quinze minutes pour choisir les chaussures Prada cuir camel avec au final une autre chemise Boss, avec un autre Diesel, la petite veste Gucci car il faisait encore frais dehors etc.
J’ai d’abord cru à un sketch mais non, c’était bien là son quotidien.
On descend enfin. Dans l’ascenseur il se regarde encore je ne sais quoi. Même chose dans le hall de l’immeuble, ajustant ses attributs vestimentaires, enlèvant une poussière imaginaire.
Miroir mon beau miroir, dis-moi qui est le plus beau ? C’était bien Paul, le Narcisse du XXI siècle, qui trop préoccupé de lui-même, n’a jamais compris pourquoi je n’ai plus donné signe de vie. Too much, was too much !
posté le 29/07/2008 | 918 vues | 22 commentaires | tags: narcisse mâle mec
Regardez-moi … c’est moi le plus beau du quartier … nanana … (une chanson de Carla Bruni que j’aime beaucoup, malgrĂ© TOUT).
Je vais paraĂ®tre un peu vieux jeu, mais pour moi, un homme c’est un cow boy avant tout. Du savon, du dĂ©o (quand mĂŞme), une brosse Ă dents et puis c’est tout.
@beneiena: ouééééé!
mais tu vois c’est parce qu’on est encore habituĂ©e Ă voir des cow-boys dans les mĂ©dias, le personnage du cow-boy est encore prĂ©sentĂ© comme dĂ©sirable et sexy. faudrait pas que ça change, hein…aujourd’hui ya lui et le mĂ©trosexuel qui se disputent les placards de pubs, alors on a encore des avis partagĂ©s, mais si les compagnies de cosmĂ©tiques dĂ©cident de nous faire bouffer du fond de teint pour homme, il va disparaĂ®tre, ce bon vieux cow-boy rugueux…
si la femme qui Ă©tait prĂ©sentĂ©e dans les pubs et les mĂ©dias depuis des annĂ©es, avait Ă©tĂ© une “cow-girl” qui utilisait juste du savon, du dĂ©o, et c’est tout..tu peux me croire qu’on ne se serait pas embarassĂ©es avec des conneries genre fond de teint, anticernes et shampooing volumateur, parce que les mecs auraient Ă©tĂ© Ă©duquĂ©s avec cette image.
l’oeil s’habitue Ă ce qu’on lui montre jusqu’Ă le trouver beau. c’est aussi Ă cause des brindilles des magazines qu’on complexe.
Entièrement d’accord. la presse manipule les “esprits faibles”. Vive le show off, les paillettes et la perfection de Photoshop :-) rires… jaunes…
Les femmes (et les hommes aussi), ont cherchĂ© des artifices pour ĂŞtre plus belles depuis des siècles… Ce sont les modèles qui changent…
Et oui, et il faut s’adapter c’est certain, welcome dans notre chère et belle sociĂ©tĂ© oĂą quelques irrĂ©ductibles subsistent :-)
Belle soirée les filles, pour la peine je vais me faire une bonne glace ce soir, et pas un sorbet :-)
En mĂŞme temps un type comme ça, c’est plutĂ´t sympa: pensons peu, les filles (pour ne pas froisser l’Ă©go masculin) mais pensons bien! Que d’Ă©conomies en se servant directement dans la salle de bain de monsieur, au lieu d’aller dĂ©penser bĂŞtement notre pactole Ă l’Occitane! ça fait plus d’argent pour les fringues:p
Je plaisantais, bien sĂ»r…
@Elea: l’idĂ©al c’est qu’on ai tous garçons et filles le courage de laisser tomber tous les artifices qui visent Ă nous rendre sinon beaux, du moins le plus conforme possible aux canons de beautĂ© Ă la mode.
pas gagné. je vous préviens, je ne lâcherais JAMAIS ma crème matifiante :D
Et ben moi, je prĂ©fère les mecs comme moi : au naturel… Certes, Tiny a du bide, certes, il ne se rase pas tous les jours… Mais au moins, il est Ă l’heure pour m’emmener au train le matin. Et toc!
@Storia: on se comprend!
et moi j’aime bien me frotter Ă une barbe de trois jours.
surtout quand il me caresse les seins… un amour, je te dis… comme le doigt Ă picots au boulot, mmmmm
Olalala, mais au plus ça va, au plus les hommes prennent soin d’eux… Moi j’adore la barbe, les poils, la lĂ©gère odeur de transpiration qui flotte sous les bras, le petit ventre rond oĂą on peut faire des tonnes de bisous tout mous (et pis c’est tout confort) !
Ah lĂ lĂ aaaa, ton texte m’a fait bien rire.
Il y a quelques semaines, j’ai rencontrĂ© un jeune homme qui ressemble Ă Paul mais version blond.
Il Ă©tait intĂ©ressĂ© par moi (une manière polie de dire qu’il voulait me mettre dans son lit.. moi ou tout autre fille d’ailleurs). Mais je ne veux pas sortir avec un mec qui regarde plus souvent ses cheveux que les miens ;)
Enfin bref, je crois bien que ton Paul est pire que mon… euh appelons le Pierre.
@ Lya: Rires :-) et une version brune, et une version blonde! J’aime bien quand on me fait des feedback, je me sens soudain moins seule dans la capitale ;-)
Le truc c’est que je pense que les mecs ont autant droit que les femmes Ă faire preuve de coquetterie. On veut la paritĂ© hein? Bon… On doit assumer les bons et les mauvais cĂ´tĂ©s ^^
Mais dans mon entourage je connais aucune nana qui passe trois heures par jour Ă la salle de sport et prenne soin d’elle comme il le fait, ton Paul. Ca craint trop, ce mec est beau comme un Dieu mais finalement il va se retrouver seul avec son miroir comme seule compagnie!
aaaaffreux. le pire Ă©tant p-ĂŞ les deux session de sport quotidienne. dĂ©jĂ que je râle quand mon Blondie va faire du sport (ça me fait culpabiliser)…
@Pepite de Choco: ce qui me gĂŞne, c’est que ça va vraiment dans le sens du culte de l’apparence et d’un monde oĂą on serait tous pareils, “normalisĂ©s” par les produits de beautĂ©, puisque ce sont nos dĂ©fauts qui signent notre particularitĂ©…
on aurait pu, au nom de l’Ă©galitĂ© des sexes, refuser la coquetterie. mais Ă©videmment , ç’aurait Ă©tĂ© la catastrophe pour toute l’industrie de la mode, des cosmĂ©tiques etc…
non mais les filles c’est vraiment comme çà maintenant ils vont chez l’esthĂ©ticienne se font manucurer achete des balances les mecs d’aujourd’hui sont les femmes d’hier
@La Chieuse: ok, bon on a plus qu’Ă se laisser pousser les poils alors :)
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