Je vous l’avais dit. J’avais avoué qu’un de mes objectifs dans la vie, c’était de pénétrer dans le Mausolée de Lénine. Disons que c’était sur ma liste de choses à faire avant de mourir. J’ai pu rayer ça de ma liste il y a de cela une semaine et demie. Pour être précise le jeudi 17 juillet 2008.
Mais pourquoi me direz-vous ? Parce que des rumeurs courent sur cette momie si encombrante pour le pouvoir russe qui souhaiterait, dit-on, l’enterrer une bonne fois pour toutes. Je me demande bien ce que deviendrait alors le Mausolée qui ne contient que Lénine et tout son nécessaire de survie (comprendre laboratoire secret spécialisé dans l’embaumement des corps). Aussi, tout simplement parce qu’on m’en avait interdit l’entrée par deux fois dans le passé et quand une chose est inaccessible, je fais des pieds et des mains pour l’avoir.
Enfin, pas trop quand même, car pendant mon dernier séjour à Moscou en pleine saison touristique, le Mausolée était bel et bien ouvert au public. Miracle ! Je me dis que cette fois-ci c’est la bonne.
Le jour J, je me lève de bon matin d’humeur guillerette pour ce rendez-vous pas très conventionnel. Mon homme (oui, il m’accompagnait, c’était pas un rendez-vous galant non plus !) et moi-même prenons le train, le RER russe si vous préférez, pour éviter tous les embouteillages qui pourraient nous bloquer et nous faire louper les horaires. En effet, le Mausolée n’est ouvert que trois heures par jour (et cinq jours par semaine) de 10h à 13h. On se demande bien pourquoi mais on comprend tout de suite en arrivant sur place.
On s’aperçoit qu’un des deux passages vers la Place Rouge (du côté de Tverskaïa) est fermé et qu’une horde de touristes est parquée derrière des barrières et surveillée de près par des policiers. Rien ne l’indique mais, bien que le Mausolée ne soit même pas en vue et l’expérience aidant, on sait que c’est la queue pour LA visite attendue. Cela nous est confirmé par les gens qui attendent déjà et que l’on suit dans la file (des touristes français).
On prend donc notre mal en patience et on attend. Je dois avouer que je ne m’attendais pas à une foule aussi nombreuse. Je croyais vraiment être la seule pour qui cette visite avait de l’intérêt. Cela m’a rassurée. Je ne suis donc pas folle !
Après une vingtaine de minutes (une attente pas trop longue finalement), on arrive devant les détecteurs de métaux qui vont nous permettre l’accès au “cimetière” situé derrière le Mausolée, inaccessible en temps normal. Mais là, on est refoulé. Oui, moi qui pensais prendre des photos en douce avec mon portable, je peux me brosser ! Rien ne passe et tous les aspirants visiteurs sont sommés de déposer leur sac (et surtout leurs appareils photos quels qu’ils soient) au vestiaire moyennant quelques roubles.
Je râle devant le policier qui ne fait qu’exécuter les ordres (mais qui a l’air d’aimer ça) et on rebrousse chemin. On refait la queue pour le vestiaire (situé sur le côté du musée d’Histoire). Je décide de laisser mon sac, toutes mes affaires pour être sûre de ne pas avoir d’histoires. On retourne vers les détecteurs de métaux et on nous laisse entrer.
D’abord, le cimetière. Je marche lentement pour savourer le moment. J’essaie de déchiffrer les noms indiqués en caractères cyrilliques sur les plaques posées sur la muraille du Kremlin. Je ne reconnais vraiment que l’un d’entre eux, Youri Gagarine. Il est mort à 34 ans. Je ne le savais même pas.
Bref, on tourne sur notre gauche puis sur la droite et on se retrouve devant la porte du Mausolée. Ouverte. On y va. A l’intérieur, c’est noir. Un policier nous montre du doigt la direction à prendre (c’est ça son métier donc). A gauche. On ne voit rien, c’est très sombre. Les murs sont noirs. Le sol est noir. Les marches de l’escalier qui s’enfonce dans les profondeurs sont noires.
En bas de l’escalier, on distingue un autre homme en uniforme qui tend le doigt vers la droite (merci, en même temps y’a aucune autre issue). Il force les touristes derrière nous à se taire. On est dans un tombeau quand même.
Bon, on pénètre dans la pièce sur la droite. Lénine est là. Il est … orange ? Sous les lumières tamisées, il m’apparait comme phosphorescent ! Comme s’il était sa propre source de lumière. Puis l’effet s’atténue.
Alors, je le regarde. Je ne peux pas m’arrêter pour le scruter, le détailler. C’est interdit. Il faut rester en mouvement autour de son corps embaumé. Je passe le plus lentement possible devant lui. Il est comme sur les photos que j’avais déjà vu de lui. Il est petit. C’est un petit homme. Il n’a pas bougé d’un pouce. Il est luisant. On dirait vraiment une statue de cire.
Puis, après cette vision furtive, nous sortons de cette chambre funéraire qui fait penser aux pharaons d’Egypte et on revient parmi les vivants. Le soleil. La Place Rouge pleine de touristes. On part récupérer vite fait nos affaires au vestiaire. En moins d’une heure, la visite est terminée. Notre journée sera définitivement placée sous le signe de Lénine. On continuera sur notre lancée avec une balade sur la Léninski Prospect, cette artère énorme de Moscou sur laquelle on usera nos semelles avec cette fois-ci pas un touriste en vue. Seulement nous en tête-à-tête avec les moscovites.
(c) salesgirl
posté le 29/07/2008 | 681 vues | 9 commentaires | tags: mausolée Lénine russie Ailleurs voyage
Non pas vraiment! mais on a pas le droit de s’arrêter. C’est juste pour que le flot de touristes soit continu, qu’il n’y ait pas d’embouteillage. Comme ça, les policiers, peuvent mieux voir ce qui se passe.
Comme il est interdit de rester immobile devant la dépouille de Jean-Paul II au Vatican pour les même raisons
@Storia Giovanna: Rassure-moi, Jean-Paul II, il est pas momifié quand même???
@Philesb: Non jamais! Quitte à aller si loin, j’irais plutôt au Japon, vois-tu? Par contre, je voudrais aller en Sibérie près du Lac Baïkal (c’est de là que mon mari est originaire). C’est quand même à 6h d’avion de Moscou. En Russie, je n’ai visité que Moscou et St-Petersbourg.
@Salesgirl:Vladivostok était autrefois une région qui appartenait à la Chine mais que cette dernière a du ceder aux Russes durant les Traités Inégaux.Il y a quelques jours,la Russie et la Chine ont définitivement scellé le tracé de leur frontière commune et les Russes ont restitué aux Chinois une ile ainsi que la moitié d’une autre mais Vladivostok semble perdu à jamais…
Sinon tu sembles aimer la Russie et je pensais meme que peut-etre tu avais des origines russes mais c’est en fait ton mari.
@Philesb: C’est pas plutôt avec le Japon que les russes ont un contentieux sur des îles? Ou alors ils en ont avec tout le monde?
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