Ce qui pouvait déranger monsieur Castor de bon matin, c’étaient les mauvaises vibrations générées par un café trop chaud et des nouvelles économiques désastreuses : grèves, manifestations, protestations mais aussi avancées de la liberté individuelle, création de tribunes ouvertes ou de coopératives, indicateurs de décroissance. Par désastreuses, il entendait mauvaises pour ses affaires.
Monsieur Castor vendait du vent. Et le vent, ça va, ça vient, c’est insaisissable, n’est-ce pas ? Tout le savoir-faire de monsieur Castor, un savoir-faire acquis patiemment au sein d’une tradition familiale qui avait fait ses preuves, toute la valeur ajoutée de monsieur Castor tenait dans le fait qu’il avait une perception instinctive des fluctuations du cours du vent étayée par une règle théorique solidement établie.
Quelles étaient les circonstances propices à la consommation de vent ?
1/ Repos intellectuel (vacances, fin de soirée, dimanche soir)
2/ Catastrophe naturelle à fort potentiel empathique (tornades, famines dans un rayon supérieur à 3000 km)
3/ Restrictions budgétaires (fin de mois difficile, licenciement, fêtes de fin d’année)
4/ Limitations de la politique sociale (augmentation du temps de travail, privatisation des dépenses de santé)
De fait, monsieur Castor avait plutôt tendance à passer ses petits déjeuners de façon sereine, pour peu que le café ne soit pas trop chaud. Les gens achetaient du vent, le vent soufflait sur les têtes, rentrait par des oreilles et ressortait par d’autres. Les gens partaient tranquillement en vacances, oubliaient les cadences infernales et les accidents de la vie. Le vent s’infiltrait partout avec le consentement de chacun car doux est le vent qui érode sans blesser, qui caresse les idées dans le bon sens et qui emporte au loin tout ce qui finit par lâcher prise.
Rassuré par la bonne marche de ses affaires, monsieur Castor vérifiait alors ses bénéfices et calculait la part qu’il allait pouvoir dépenser pour son plaisir personnel chez son marchand de rêves.
Le vent balaie, le rêve libère.
Photo : (c) Voodoo Plastik via Flickr
posté le 23/07/2008 | 1336 vues | 6 commentaires | tags: Castor fiction
“conte d’Ă©tĂ©” : nom parfait ! aĂ©rien et si agrĂ©able Ă lire !
Un récit court dans la forme (cela me fait penser aux contes pilosophiques chinois, souvent peu de mots, mais justement ce peu de mots instaurant à eux-seuls une atmosphère particulière), mais non dans le fond.
Intelligente mise en exergue des petits travers de notre monde; du vent qui s’installe, un peu mutin, parfois tempĂŞte, et parfois rien (on une lĂ©gère brise), qui emporte les idĂ©es, la frĂ©nĂ©sie des “hommes” dans ce qu’elle a de plus noble ou de plus vil, de plus vide (je te cite “Les gens achetaient du vent, le vent soufflait sur les tĂŞtes, rentrait par des oreilles et ressortait par d’autres”…Tellement Ă©vocateur!)…
Il faudrait une serie de ces petits contes d’ete, que ce soit Monsieur Castor ou d’autres univers… legers !
NB : Avant de commenter, rendez-vous sur la charte des commentaires
Vous devez vous identifier pour pouvoir laisser un commentaire.

Comme des envies d'ailleurs Rédac' chef de la semaine, Laurie a fait la part belle aux Ladies globe-trotters mardi !
Some kind of unreal music #17 : Nécrologies Petit retour sur les carrières de deux figures emblématique de la musique.
Doc BBC #18 : Boenbotte, un ami qui nous veut du bien… Docteur Britbrit Chérie remonte les bretelles d'une Lady et vole à la rescousse de Boenbotte !
J'en ai tellement entendu parler que je voulais voir ça par moi-même. Je parle de Paulette, bien sûr, le magazine communautaire lancé par Irène Olczak. En 2010, c'était la version web, puis plus...
Bref, programme court ou shortcom, est diffusée sur l’antenne de Canal + depuis septembre 2011. Ce n’est pas la première série de ce genre. Un gars une fille avait aussi eu un grand succès...
Ce jour-là , j'avais mis trois heures à me préparer pour le concert qui m'attendait et j'ai bien fait. Habituée des petits concerts de ma ville, frêle esquif aimant la bière, j'étais encore une fois parée...
Parfois, je me sens proche des idées de Brigitte Bardot. Je ne parle pas de cette obsession pour la choucroute ou l’aigreur haineuse, mais plutôt de la croyance en un monde animal...
C’est sous la pluie battante que je le regarde partir, la nuit tombe doucement ce soir, timidement. Dois-je le rattraper pour lui dire ce que je ressens ou laisser faire la vie qui peut-être le ramènera à moi ? Je n’ai pas le courage...
Travaillant depuis peu dans le domaine du droit, une collègue m'a conseillé de lire le roman d'Autres vies que la mienne d'Emmanuel Carrère afin de mieux appréhender le monde de la jurisprudence...
Alors là ! Je suis restée bouche bée ! :)
Avoir cette imagination-lĂ , avec ce trait stylistique simple et lumineux, quel plaisir ! Ah oui alors ! En plus, c’est court alors qu’on en voudrait encore mais le format convient bien Ă ce petit conte d’Ă©tĂ©…
Quant à la photo, elle est en parfaite adéquation avec cette prose rieuse et tendre.