Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

28. mai 2012

Mot de passe oublié

salesgirl

Sacha appuya sur l’accĂ©lĂ©rateur puis ralentit presque aussitĂ´t. A cette heure de la journĂ©e, la MKAD, route pĂ©riphĂ©rique qui encerclait Moscou, Ă©tait dĂ©jĂ  complètement bloquĂ©e. Il faisait chaud et son vieux fourgon, hĂ©ritĂ© de son père quelques annĂ©es plus tĂ´t, n’avait pas l’air conditionnĂ©. L’air Ă©tait moite et l’orage menaçait.

mkadIl espĂ©rait que le trafic serait moins dense au niveau de la Koutouzovski Prospect qu’il devait emprunter pour rejoindre Nastya. Il ne se faisait pourtant pas trop d’illusions car tous les vendredis soirs, les moscovites avaient coutume de prendre leurs voitures pour fuir la ville. En cette veille de week-end, la règle semblait respectĂ©e et Sacha se prĂ©parait Ă  de longues heures d’attente dans les embouteillages.

Pas que ça le gĂŞne tant que ça. Ce qui l’embĂŞtait c’Ă©tait plutĂ´t que Nastya allait s’impatienter et serait sans doute d’une humeur de chien Ă  son arrivĂ©e.

Il avait rencontrĂ© Nastya grâce Ă  Ivan Zaitsev, l’homme qui l’avait embauchĂ© comme chauffeur Ă  son arrivĂ©e de St-Petersbourg. Nastya Ă©tait son assistante. Enfin, c’est ce qu’elle prĂ©tendait parce qu’elle avait plutĂ´t Ă©tĂ© engagĂ©e pour faire une faveur Ă  son père, riche entrepreneur moscovite. Elle n’avait pas grand-chose Ă  faire Ă  part rĂ©pondre au tĂ©lĂ©phone. Pour Ivan, c’Ă©tait une standardiste plus que superflue mais qui pouvait s’avĂ©rer fort utile en temps voulu.

Elle s’ennuyait Ă  mourir et, comme lui aussi passait beaucoup de temps Ă  attendre devant la porte du bureau oĂą Ivan s’enfermait pour rĂ©gler ses affaires comme il disait, ils avaient vite sympathisĂ©. Nastya n’avait que vingt ans mais elle en paraissait bien plus. Jolie, brune et menue, elle lui avait tout de suite plu mais c’est son caractère entier teintĂ© d’un brin de naĂŻvetĂ© qui l’avait le plus sĂ©duit.

Depuis qu’il frĂ©quentait Nastya, Sacha se sentait pourtant moins sĂ»r de lui. Il n’Ă©tait pourtant pas d’un naturel jaloux mais il ressentait de plus en plus le besoin de savoir oĂą elle se trouvait, avec qui. Il l’appelait souvent ces temps-ci et il voyait bien qu’elle, ça l’Ă©nervait un peu. Elle Ă©tait beaucoup plus jeune que lui et il avait peur de la perdre. Il ne voulait pas se rendre Ă  l’Ă©vidence que, pour elle, tout ça n’Ă©tait qu’un jeu.

Sacha bifurqua sur sa droite pour sortir du pĂ©riphĂ©rique en direction du sud-ouest. Il se retrouva alors coincĂ© dans une file de voitures qui s’Ă©tendait jusqu’Ă  l’horizon.

Le père de Nastya avait construit pour lui et sa famille une somptueuse villa en bordure de Moscou et c’est lĂ  que Sacha se rendait. Bien sĂ»r, Nastya ne l’y invitait que quand elle avait la maison pour elle toute seule.

La villa Ă©tait immense. Sacha y faisait l’expĂ©rience d’une vie de luxe entourĂ© d’objets prĂ©cieux dont il ignorait la vraie valeur, des choses dont il Ă©tait sĂ»r qu’une vie entière de son salaire n’aurait mĂŞme pas pu payer. Il se sentait Ă©tranger Ă  cet environnement mais s’y sentait bien, mĂŞme si ce n’Ă©tait que pour quelques heures.

Il n’avait pas racontĂ© Ă  Nastya sa vie d’avant Ă  St-Petersbourg et elle ne savait mĂŞme pas tout de sa vie de maintenant. Elle ne connaissait pas le petit appartement qu’il partageait avec Kiril, son cousin. Elle ignorait aussi que c’Ă©tait Ivan qui lui achetait les costumes qu’il portait, censĂ© servir d’uniforme lorsqu’il conduisait sa voiture.

Après avoir passĂ© quatre heures sur la route pour parcourir les 80km qui sĂ©parait Moscou de la petite ville oĂą Nastya habitait, Sacha tourna sur sa gauche, emprunta une petite route droite bordĂ©e de vieilles maisons en bois dĂ©labrĂ©es. MalgrĂ© l’heure tardive, des lumières filtraient derrière les vitres sales des fenĂŞtres. Il tourna de nouveau Ă  gauche et se retrouva sur un chemin de terre boueux. Deux rangĂ©es de villas gigantesques, chacunes abritĂ©es derrière des murs hauts, s’Ă©talaient de part et d’autre de la rue. Il gara son fourgon Ă  hauteur de la troisième maison sur sa droite et descendit rapidement du vĂ©hicule.

Il fit quelques pas vers l’interphone et sonna. Une petite voix familière lui ordonna d’entrer, d’un ton sec plus menaçant qu’un orage d’Ă©tĂ©.

Photo : (c) Artem Andrianov via Flickr

 

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j’aime bien ça :)


 

@Lau78: Merci! Ça c’est la Russie.


 

@ Salesgirl : oui non mais au delĂ  de ça, l’atmosphère, l’Ă©criture … d’autres textes ?


 

Trouvé ton blog mais tu écris en anglais ?


 

@Lau78: J’ai d’autres textes… en prĂ©paration. Je voulais dire que la Russie c’est mon inspiration pour Ă©crire… L’atmosphère c’est celle que j’ai ressentie lĂ -bas.

Dans mon blog, j’Ă©cris en anglais parce que c’est un petit truc pas très sĂ©rieux oĂą se retrouvent pĂŞle-mĂŞle mes coups de coeur musicaux, mes coups de gueule, mes photos…

C’est Ladiesroom qui m’a ouvert les portes de l’Ă©criture, la vraie…;-))


 

@ Salesgirl : oky…. on attend alors…


 

Ouah, tu me mets la pression Lau78!


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