Le 26 juin dernier s’est dĂ©roulĂ©e la soirĂ©e de dĂ©pendaison de crĂ©maillère du Royal Monceau : “la Demolition party“. Tous les ultra-vip Ă©taient invitĂ©s Ă s’armer de burins et marteaux pour venir casser du luxe afin de cĂ©lĂ©brer la mise en travaux du futur palace qui sera dĂ©corĂ© par Starck et destinĂ© aux milliardaires trentenaires pour l’automne 2009.
Une “Demolition party” qui a fait l’unanimitĂ© dans le milieu branchĂ©, l’estimant comme “la soirĂ©e de l’annĂ©e” Ă ne pas manquer. Une soirĂ©e symbole donc, de ce qui se fait aujourd’hui et de lĂ oĂą l’on doit ĂŞtre pour vivre avec son temps ! Une soirĂ©e mythique de notre gĂ©nĂ©ration qui laisse assez dubitatif sur les aspirations de celle-ci, sur ce qui la fait bouger, qui la motive, l’ attire et l’a fait rĂŞver.
Un panel de beau monde, d’artistes et de cĂ©lĂ©britĂ©s Ă©taient prĂ©sents pour casser un symbole du luxe, un symbole de leur façon de vivre mais juste pour rigoler. Une soirĂ©e de dĂ©fonce pour des dĂ©foncĂ©s au champagne millĂ©simĂ© juste pour s’amuser. Une animation on ne peut plus dĂ©nuĂ©e de sens pour des gens qui sont las de pouvoir avoir accès Ă tout, de pouvoir tout se payer, mĂŞme un palace ! Une soirĂ©e pour remuer un peu l’ennui de ces privilĂ©giĂ©s, une soirĂ©e pour les divertir Ă coup de dĂ©cadence. Partouze Ă gogo, pĂ©tards Ă©crasĂ©s sur la moquette, anĂ©antissement total de tout le mobilier, mĂŞme des installations artistiques faites pour l’occasion ! Un passe-temps pour des personnes en manque d’inspirations, de crĂ©ativitĂ© et de construction. Une soirĂ©e de nĂ©ant pour combler le vide en quelque sorte !
Et une soirĂ©e dont l’accès est tout aussi restreint que la possibilitĂ© Ă des millions de personnes de faire, un jour, partie de ce monde. Des VIP avec des cartons d’invitations en guise de privilèges et des centaines de personnes qui restent sur le carreau. Car comme dirait une participante : “Bien sĂ»r, il ne fallait pas penser aux gens qui crèvent de faim ou mĂŞme ceux qui gagnent le smic : pour profiter de cette soirĂ©e, il Ă©tait nĂ©cessaire de laisser son cerveau aux vestiaires, et d’ĂŞtre totalement superficialo-Ă©goĂŻsto-con pour une nuit.” Laisser son cerveau dans un vestiaire de luxe c’est bien ça le problème ! Aujourd’hui on prĂ©fère s’enfoncer la tĂŞte dans un saut Ă champagne et s’illuminer aux cĂ´tĂ©s de stars plutĂ´t que d’avoir de rĂ©elles aspirations et regarder ce qu’il se passe autour de soi.
Et tout ça pourquoi ? Pour reconstruire un palace encore plus luxueux. Des riches qui cassent du luxe pour pouvoir ensuite profiter d’un palace qui leur sera destinĂ©. Un microcosme d’ultra privilĂ©giĂ© qui s’auto-entretient et, s’auto-dĂ©truit par la mĂŞme occasion. En d’autres termes, des branchĂ©s ennuyĂ©s de leurs privilèges Ă qui l’on fait faire n’importe quoi comme un bouffon qui vient divertir le roi. Oui c’est ça, tous, des bouffons de la haute bourgeoise !
C’Ă©tait donc la fĂŞte du nĂ©ant, la fĂŞte du rien oĂą mĂŞme les invitĂ©s de notoriĂ©tĂ© publique, que ce soit des icĂ´nes pour beaucoup ou des reprĂ©sentants de la rĂ©publique, ne se rendent mĂŞme plus compte de l’indĂ©cence et de l’affront qu’ils font Ă tous ceux qui restent aux portes du Palace, en Ă©tant juste de la party !
(c) thecobrasnake
posté le 21/07/2008 | 1436 vues | 13 commentaires | tags: demolition party royal monceau soirées hype polémique râleuse paris Silhouette
super article ! le pire c’est que ce nĂ©ant fait rĂŞver les millions de moins fortunĂ©s qui se gavent de presse people…
On a en beaucoup parlĂ© dans les mĂ©dias et j’ai moi aussi Ă©tĂ© outrĂ©e par tant de “dĂ©sinvolture” (j’emploie ce terme pour rester polie). Pour ma part, j’ai prĂ©fĂ©rĂ© passer sous silence ce non-sens.
Vous avez raison. Mais Ă mon avis dans la Demolition Party il n’y a rien de très nouveau ni de spĂ©cifiquement symptomatique “d’aujourd’hui”. J’y Ă©tais, et j’y ai vu comme vous une facette rĂ©voltante de la sociĂ©tĂ© de consommation oĂą l’on dĂ©molit le nouveau (le dĂ©cor dĂ©moli n’avait que 3/4 ans…) pour en reconstruire un nouveau qui sera obsolète en un temps record…et ainsi va la roue d’une Ă©conomie qui repose sur l’insatisfaction de consommateurs en quĂŞte de rĂŞves…LĂ il s’agissait d’un hĂ´tel, mais l’on peut ramener cette pratique marketing basĂ©e sur l’obsolescence Ă tout autre secteur d’activitĂ©…et c’est ainsi que le Iphone que l’on Ă©tait fiers d’arborer comme une nouveautĂ© avantgardiste encore ces jours-ci, va ĂŞtre dĂ©trĂ´nĂ© dès septembre par la nouvelle version avec des applications boustĂ©es…et que faire de l’ancien?…une dĂ©molition? et la crème anti-cellulite de la saison dernière, ou le youghourt au bifidus “dedans-dehors”…etc etc…
J’y ai vu aussi les Ă©ternels fĂŞtards blasĂ©s avec la mĂŞme poudre dans le nez que ceux que l’on voyait dans les annĂ©es 80, 90, 00…mais aussi dans les fĂŞtes romaines donnĂ©es par Lucullus oĂą l’on les orgies rivalisaient avec les vomissement des convives trop gavĂ©s…ou par les innombrables bals donnĂ©s par la Contesse Casati boa albinos au cou, panthères en laisse et laudanum dans chaque narine dont le coĂ»t pouvait faire vivre un village entier…seul changeait le dĂ©cor…j’y ai vu aussi les mĂŞmes gens Ă©blouis par la prĂ©sence d’autres gens plus connus qu’eux…hier on disait les “stars” aujourd’hui on dit les “celebs”…j’y ai vu les mĂŞmes anonymes agglutinĂ©s derrière les barrières de sĂ©curitĂ© essayant de faire copains avec les videurs pour se frayer un chemin et pĂ©nĂ©trer dans la fĂŞte, que l’on a toujours vu devant les lieux qui mènent tout près du soleil (rappelez-vous les nobliaux agglutinĂ©s le long de la route qui s’accrochaient au carrosse du Roi en suppliant “Marly Sire, Marly…” en espĂ©rant, peut-ĂŞtre sur une bonhomie soudaine, d’ĂŞtre admis dans le carrĂ© le plus VIP de cette Ă©poque…)…la liste des vanitĂ©s de notre humanitĂ© est longue et je pense, universelle, Ă©ternelle et intemporelle…elle prend juste des formes diffĂ©rentes…mais la dĂ©cadence a toujours existĂ©, l’attrait pour les fastes et les excès aussi, ainsi que la fascination pour le pouvoir, l’argent et les gens qui le possèdent et qui en brillent…ce qui ne signifie pas qu’il ne faut pas s’en offusquer ou s’abstenir de le condamner…(les philosophes Grecs l’ont largement fait en prĂ©vision d’une longĂ©vitĂ© importante de cette facette un peu dark de nos semblables…)
Mais pendant la Demolition Party j’y ai aussi vu une grande Ă©nergie, une envie de crĂ©ativitĂ©, de fun…une ambiance survoltĂ©e et en effet très lĂ©gère qui rappelait des annĂ©es oĂą l’on pouvait encore fumer en paix, baiser sans mourir et se dĂ©guiser pour faire la fĂŞte sans ĂŞtre soumis aux regards des autres et oĂą les nuits Parisiennes Ă©taient plus drĂ´les que celles que vivent ces jeunes gens bien plus conformistes que leurs parents…
@ dzabi : Ce que vous soulevez touche de près ce que j’ai tentĂ© de dire dans cet article, Ă savoir un surgavage de consommation et un gaspillage due Ă l’insatisfaction chronique de la sociĂ©tĂ© de consommation etc… Mais comme vous le soulevez très justement rien de nouveau lĂ dedans, depuis mĂŞme les romains. Tout n’est effectivement qu’un Ă©ternel recommencement.
Une soirĂ©e donc oĂą il n’y a rien de bien crĂ©atif en terme de concept puisqu’on met au goĂ»t du jour les ingrĂ©dients classiques pour arriver Ă avoir la meilleur recette de mega teuf…. du dĂ©jĂ -vu.
Et, n’Ă©tait-ce pas l’aveuglement des romains Ă trop vouloir se noyer dans l’orgie qui a mis Ă nĂ©ant cet empire ? Peut-ĂŞtre auraient-ils pu prĂ©venir l’anĂ©antissement de leur sociĂ©tĂ© s’ils avaient regardĂ© autour de soi au lieu de s’endormir dans une amphore Ă vin….
Enfin, une soirĂ©e surement drĂ´le, avec des jeunes effectivement bien plus conformistes que leurs parents puisqu’avant il me semble qu’on dĂ©ployait son Ă©nergie en revendiquant des vrais messages pour faire avancer le dĂ©bat au lieu de rester la bouche ouverte en attendant qu’on vienne nous gaver.
@dzabi,
Comme vous l’avez bien dit, rien de neuf sous le soleil, il y aura toujours des Ă©normes fĂŞtes qui auront leur lot de dĂ©cadence et d’envieux. Tant mieux.
Et c’est avec plaisir que je vous suit sur un potentiel vent de libertĂ© qui rendrait la vie bien plus drĂ´le.
Mais dans le cas prĂ©sent, ce qui me pose problème, est qu’une marque orchestre une orgie mondaine mĂ©diatisĂ©e en la saupoudrant d’art et que le mirage rĂ©sultant fasse croire qu’il se passait quelque chose d’unique, de vrai, d’avant garde…
Cette envie de crĂ©ativitĂ©, de fun, je veux bien croire qu’il devait il y en avoir, il s’agissait d’une teuf, la vodka dĂ©bordait de la baignoire…
Mais que l’on ne fasse pas croire qu’une publicitĂ© grandeur nature rĂ©pondant au brief lastnightsparty est une performance artistique et surtout une expression d’une libertĂ© iconoclaste.
Dzabi, commentaire très pertinent et surtout bien Ă©crit, le message est bien passĂ©! idem pour l’auteur de l’article bien entendu :)
ça me rappelle une certaine scène dĂ©crite dans Hell, de Lolita Pille, ou encore le fameux 99 F de Beigbeider… “il faut tout dĂ©truire!”
enfin j’avoue, ça fait un peu envie de pouvoir tout casser sans se sentir coupable… une soirĂ©e destroy pourquoi pas ? peut-ĂŞtre que ça donne le sentiment de pouvoir avoir enfin le contrĂ´le sur quelque chose, un peu comme l’auto-mutilation ..?
Faut voir le cĂ´tĂ© extrĂŞmement positif de la chose : ça donne du boulot Ă pas mal de gars. Chantier, dĂ©coration, inauguration…
La France d’en bas s’y retrouve: maçons, peintres, designers, dĂ©corateurs, attachĂ©(e)s de presse … tout le monde va en profiter.
Le luxe c’est le pognon de ceux qui ont les moyens vers les poches de ceux qui le font. Personne pour dĂ©molir le Ritz ? J’ai les Rotrings qui me dĂ©mangent…
@Gonzo: ne faut-il pas faire une diffĂ©rence entre crĂ©ativitĂ©, art, chef d’oeuvre, performance artistique….et commerce?
Ce dont je parle c’est d’une intention crĂ©ative qui Ă©tait en l’occurrence au service d’une stratĂ©gie marketing. Il m’a semblĂ© plus intĂ©ressant de rĂ©unir des artistes et, sans juger du rĂ©sultat et de la qualitĂ© de leur performances, de les laisser s’exprimer pour illustrer une ambiance, donner un ton, crĂ©er une atmosphère qui visait probablement Ă mettre en avant une, des marques. Mieux, Ă mon avis, que d’inviter un Bigard de ce monde Ă faire un mĂ©nage et Ă dĂ©cliner toute la sĂ©rie de mĂ©taphores bien lourdes genre “elle en a sous le plancher”, “elle rĂ©agit au quart de tour quand on lui enfile la clĂ© dans le contact” devant une force de vente explosĂ©e de rire pour le lancement de la nouvelle berline au nom improbable de planète, ou Ă faire dire stop aux cheveux fourchus et cassants Ă une dream-team de blondes en string sur un remake de Diana Ross pour le nouveau shampoo managĂ© par une Ă©quipe de petits cadres tueurs convaincus qu’ils sont en train d’accomplir une vraie mission humanitaire pour toutes les femmes Ă cheveux ternes…
Quitte Ă mettre ses compĂ©tences au service d’industriels qui veulent faire Ă©changer des produits contre de l’argent Ă des millions de gens, je me dis qu’il doit ĂŞtre plus fun de le faire avec crĂ©ativitĂ© en organisant des teufs, en faisant venir des artistes, le tout dans une ambiance de lastnightparty qui a payĂ© puisque on en parle beaucoup…et en s’efforçant de regarder cette comĂ©die avec une juste dose de luciditĂ©, non?
mais tu y était en tant que représentante de LR ou alors dans la vie tu est une VIP?
@ la chieuse : non je n’Ă©tais pas Ă la soirĂ©e. J’ai entendu parler de cette soirĂ©e et voulu y rĂ©agir :)
moi j’habite Ă cotĂ© du royal monceau, j’ai supportĂ© pendant une semaine cette pseudo “oeuvre” de poutres orange moche qui “dĂ©corait” l’entrĂ©e. j’ai supportĂ©e LA soirĂ©e dĂ©molition, avec des trottoirs blindĂ©s et de magnifiques hotesses d’accueil qui recevaient par ordre alphabĂ©tique (mademoiselle ne s’occupe que des Q, s’il vous plait)…
et tous els jours en rentrant, je supporte l’hotel mourut…
mais bon, tout ça est racheté par cette magnifique phrase entendue sur les lieux du crime par un riche-Bourgeois-encasqu-qui-vient-de-tout-péter:
“Putaaaaaaaaain ça fait trop du bien!!!!”
Sale con.
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Merci pour cet article :)