Jusqu’ici tout lui a rĂ©ussi. PlutĂ´t jolie, Ă©tudes brillantes, amis en or, famille stable, bonnes relations avec tout le monde. Elle vient de dĂ©crocher un job de rĂŞve dans une ville de rĂŞve oĂą elle pourra amĂ©liorer son anglais. Elle est cĂ©libataire par choix, parce qu’elle n’a pas le temps. Cela ne l’empĂŞche pas de faire un petit extra de temps Ă autres, “pour l’entretien”. Ses amies lui envie la confiance en elle qu’elle dĂ©gage. Elle se sent heureuse, Ă©panouie, respire la joie de vivre.
L’histoire commence bien. Comme dans un film. Un baiser dans un aéroport, la découverte d’une nouvelle ville, tout y est excitant. Il n’est pas vraiment son genre, physiquement. Mais ses copines lui ont expliqué qu’il fallait aussi laisser une chance aux gentils moins beau gosse. Lui est gentil. Ils discutent ensemble tous les jours depuis quelques mois déjà . Il lui envoie des petits mots doux, elle rêve éveillée.
Ils débutent leur histoire comme ça. Elle est toute excitée de cette nouvelle vie. Et cherche aussi à se créer des repères dans cet environnement si différent de ce qu’elle a connu aujourd’hui. Lui est là depuis trois mois, et ne s’y sent pas très bien. Très vite il dénigre tout et tout le monde. Puis elle, aussi. Elle parle trop fort, trop vite, dans un anglais trop mauvais. Tout est objet de critique. Toutes ses qualités n’en sont plus, tout devient un problème.
Il est excellent manipulateur. Il est sociable, adorable, drôle en public et infect, plaintif et odieux en privé. Elle pense qu’il manque de confiance en lui, alors elle l’aide comme elle peut. Elle organise assez de soirées avec les gens autour de lui pour qu’ils deviennent leurs amis, ses amis. Il les encense en public, et les descend en critique en privé. Elle l’aide autant qu’elle peut, est là pour le soutenir lorsqu’il arrête de fumer, lorsqu’il décide de se refaire une garde robe, lorsqu’il a besoin d’aide pour mettre en forme ses présentations powerpoint face au grand chef, lorsqu’il a besoin de meubler son nouvel appartement, lorsqu’il s’agit de le défendre contre son colocataire le soir où ces deux là se sont battus.
Il est extrĂŞmement complexĂ©, par ses Ă©tudes, moins brillantes que celles de ceux au milieu duquel il Ă©volue. Il ne se sent pas physiquement attirant. Entretient un rapport aux femmes complexe, ne voit pas oĂą est le souci le jour oĂą par tĂ©lĂ©phone il traite sa mère de “pĂ©tasse” pour rigoler, et que celle-ci n’y voit aucun problème. Il dĂ©nigre absolument tout, ses parents, ses soeurs. Il a besoin de se sentir supĂ©rieur Ă tout le monde, et est excellent dans l’art de trouver la faille, le point faible. Il la dĂ©nigre sans arrĂŞt, elle, ses convictions, ses manières de faire, son passĂ©, ses Ă©tudes, sa vie professionnelle, son âge, ses amis… MĂŞme s’il explique en public que c’est une femme exceptionnelle, rongĂ© qu’il est par la culpabilitĂ© de l’avoir trompĂ©e, craignant de perdre le pouvoir qu’il avait sur elle.
Peu à peu, elle finit par perdre confiance en elle, par penser qu’elle ne vaut plus rien. Elle craint de parler anglais devant les gens, elle craint de s’exprimer en public, elle se censure systématiquement car ne se trouve pas intéressante (refusant de se faire humilier publiquement par ses sarcasmes à lui). Elle commence à avoir des douleurs lombaires insupportables, à ne plus vouloir de relations intimes avec lui qui la rabaisse tous les jours un peu plus, qui lui reproche d’être anormale dans l’intimité, qui l’insulte si elle refuse de se soumettre.
Un soir au cours d’une violente dispute, il lui maintient la tête contre le sommier du lit et lui hurle qu’elle ne vaut rien, que c’est une “sous merde sans aucune valeur”.
Elle veut fuir, mais n’y arrive pas. Elle est terrifiĂ©e. Elle n’a plus d’autres repères que ceux qu’il a créé pour elle. Elle reste avec lui par peur de l’extĂ©rieur dont il l’a coupĂ©e, critiquant sans cesse ses relations, ses idĂ©es, ses liens avec l’extĂ©rieur (msn, facebook…). Il pratique ce que les psychologues appellent l’emprise. Il la dĂ©molit morceau par morceau moralement pour la garder Ă disposition, tout en lui reprochant de l’étouffer.
Elle essaie de parler à l’extérieur, elle cherche de l’aide, mais tous sont sous le charme pervers et calculateur de son amant.
Puis il rompt avec elle une fois qu’il l’a mise plus bas que terre, lui reprochant de ne pas le laisser respirer. Il continue son jeu de manipulateur avec leurs amis communs, retourne les situations en sa faveur. Elle est perdue, dépourvue de toute l’estime d’elle même qu’il lui a prit. Il attrape au vol chacun de ses faits et gestes pour la décrédibiliser.
Elle part en vacances avec une amie de collège, qui est choquée du changement qui s’est opéré en quelques mois. Elle revient l’ego regonflé mais fragile. Lui ne le supporte pas, il pleure sur son épaule, lui parle de suicide, lui dit qu’il ne supportera pas de la voir avec quelqu’un d’autre. Elle est émue par sa détresse apparente, elle passe quelques nuits avec lui. Cette histoire dure deux semaines, pendant lesquelles il continue de la dénigrer auprès de ses amis sous le couvert d’un machisme potache. Puis il couche avec une autre, retrouve sa supériorité et recommence son petit jeu de disqualification.
Elle flotte littéralement, a perdu tout repère, accuse les diverses humiliations. Lorsqu’elle essaie de réagir, on lui explique que la situation est normale. Un soir, il lui explique qu’il est encore gentil avec elle, que s’il voulait, il pouvait la mettre suffisamment par terre pour la faire quitter la ville. Il a bu, elle ne relève pas.
Un soir, elle décide d’aller le voir dans l’espoir naïf d’arranger les choses et de pouvoir au moins cohabiter avec lui au sein de leur groupe d’amis.
Il refuse de prendre une bière dans un bar, mais lui propose de passer chez lui.
Après quelques bavardages d’usage, ils se retrouvent dans son lit. Elle se sent mal, a envie de vomir. Une fois soulagé, il lui balance :
“C’est bon tu peux te rhabiller, et rentre chez toi !!”
Ses yeux rougissent de colère. Pour qui la prend elle ? Pour quoi la prend elle ? Pour qui se prend il ? Elle se lève, énervée, brusque, cherche ses sous vêtements dans la pénombre de la chambre.
Allongé sur le lit, il n’est même pas beau, pense-telle, il n’est même pas attirant, son ventre gras pendouille sur ses hanches, sa peau grasse et abîmée est phosphorescente de blancheur, son double menton naissant le vieillit, ses cheveux blonds blanchis par le stress lui donne un air d’albinos, son regard pervers la regarde se rhabiller.
“Qu’est-ce qu’il y a ? Je ne t’ai jamais menti. Le sexe est bon. Je n’ai pas envie de parler avec une gamine comme toi.”
Elle bondit, prĂŞte Ă le gifler. Il arrĂŞte sa main et aboie :
“Je sais que je vais regretter ça, car si tu as la moindre marque, tu vas encore me créer des problèmes.”
Et sa main musclĂ©e s’est abattue sur la joue encore rouge du blush qu’elle avait mis en souriant quelques heures plus tĂ´t, pour lui plaire.
Elle a quitté la ville le lendemain, la joue bleue.
posté le 20/07/2008 | 2178 vues | 19 commentaires | tags: confiance en soi ego harcèlement violence
j’ai mal quand je lis ce genre de chose on vis dans un rĂŞve qui se transforme en cauchemar on se sens frustrĂ©e et triste quand on lit ce genre d’article
l’essentiel c’est qu’Ă la fin, elle ait fait la seule chose qu’il y avait Ă faire, partir….
@crazyG la frustration est d’autant plus grande quand on est Ă sa place…
@anonyme: j’ai vĂ©cu une situation de ce genre qui n’a jamais Ă©tĂ© jusqu’Ă la violence physique mais qui est restĂ©e cantonnĂ©e dans le harcèlement moral…j’ai retrouvĂ© tout ce que tu as dit. le pire c’est quandta propre famille ne te comprends pas et pense que c’est de ta faute et de ton mauvais caractère si vous vous disputez.
heureusement je suis allĂ©e faire des Ă©tudes dans une autre ville et j’ai pu le quitter. (mais pas facilement il m’a Ă moitiĂ© harcelĂ©e…)
tu as raison de souligner le complexe d’infĂ©rioritĂ©, je pense que c’est la clĂ©: un mec qui ne supporte pas une femme qui rĂ©ussit mieux et qui est plus sociable.
une situation comme ça me rĂ©volte…
il y a un livre de Lucia Extebarria qui parle très bien de ce genre de relations: “De l’amour et autres mensonges” je crois.
j’ai eu du mal Ă lire le texte… ca m’Ă©tait très douloureux de le lire. L’attitude de cet homme est inqualifiable! Cette question va paraitre un peu naive mais: est ce qu’il se rend compte de ce u’il fait?
Ce qui me choque aussi est l’attitude de l’entourage. Bon, d’accord ils sont Ă©galement manipulĂ©s dans l’histoire mais de la Ă dire: “Lorsqu’elle essaie de rĂ©agir, on lui explique que la situation est normale”, il ne faut pas exagĂ©rer non plus!!!!!
….. article exceptionnel, excessivement bien Ă©crit, hyper dur.. que dire…. rien en fait… bon “rĂ©tablissement” si ça doit ĂŞtre le cas…
Tant mieux si l’Ă©crit a permis de “sortir” tout ça …
Ce qui est terrible en fait, c’est la spirale affreuse dans laquelle on s’englue, l’incomprĂ©hension de l’entourage qui ne peut mĂŞme pas concevoir que l’attitude dont on se targue Ă l’extĂ©rieur peut n’ĂŞtre qu’un masque qui cache des choses bien plus dangereuses.
Ce n’est certes pas la première fois qu’une jeune fille se laisse happer par un “paraitre” masculin qui masque une vĂ©ritable cruautĂ©, mais les mots justes que tu as employĂ©s sont très touchants dans leur simplicitĂ©.
tout est dĂ©crit avec justesse et sobriĂ©tĂ© c’est vrai que ça fait quelque chose de le lire jusqu’au bout.
Poignant comme histoire… Tout ressemble Ă ce qui m’est arrivĂ© il y a trois ans, avec un mec qui s’est avĂ©rĂ© ĂŞtre un vrai alcoolique et droguĂ©… Il m’a fait descendre dans une dĂ©pression immense… jusqu’au jour oĂą je l’ai quittĂ©. Il s’en est pris Ă ma voiture, j’Ă©tais enfermĂ©e dedans. Un chance!
Trois mois plus tard, je me suis remise avec, et lĂ j’ai eu de la chance. Mon meilleur ami m’a demandĂ© de choisir en lui et ce mec. Je ne l’ai jamais revu.
Peut-ĂŞtre que l’entourage qui semble prendre son parti n’a plutĂ´t pas envie de s’immiscer dans leur vie privĂ©e. Peut-ĂŞtre qu’en ayant le courage d’aller leur parler, de leur raconter ce qui s’est passĂ©, la jeune fille pourrait remonter. Ou bien peut-ĂŞtre que la jeune fille a une vĂ©ritable amie qu’elle pourrait appeler, ne serait-ce que pour se sentir mieux.
Moi, en plus de l’ami formidable, j’ai achetĂ© un chien. Ce n’est jamais bon de reporter son mal ĂŞtre sur un animal disent les gens… Moi, ça m’a juste donnĂ© l’impression de recevoir beaucoup d’amour, gratuitement. Et puis, s’accrocher Ă son travail, ça permet aussi d’Ă©viter d’y penser.
Courage, parce que trois ans après, il ne reste qu’un vague goĂ»t amer dans la bouche… Ma vie aurait certainement Ă©tĂ© dĂ©truite si je l’avais suivi dans cette pente vertigineuse.
Depuis trente ans, ma maman subit le harcèlement moral de mon père… Mais elle, qui avait un tempĂ©rament de feu et une vie avant lui, a rĂ©ussi Ă s’en sortir. Elle est toujours avec, mais mon père, n’ayant pas rĂ©ussi son travail de sape, aussi bien sur sa femme que sur ses filles, est tombĂ© en dĂ©pression. Comme pour condamner maman pour sa libertĂ© et son indĂ©pendance…
@lya je ne pense malheureusement pas qu’il realise
@jane_eyre en effet, l’entourage prétendait ne pas vouloir s’immiscer des histoires. Néanmoins, aucun ne réagissait lorsqu’il l’humiliait devant eux. Si elle répondait en revanche, on ne voulait pas en entendre parler.
Heureusement pour elle, même si elle est loin d’elles, elle a aussi la chance d’être entourée d’amis exceptionnels en Europe.
@Lau78 merci :)
@DeeCurl Peut etre pas tout de suite, c’est encore trop chaud. Mais je prends note de cette lecture. :)
Que dire Ă la lecture de ce texte, il est d’une justesse…on est entraĂ®nĂ© dans la spirale qui conduit la demoiselle (peut ĂŞtre toi?) dans une descente, longue descente dans laquelle elle ne sortira pas indemne. Il m’a vraiment mise très mal Ă l’aise, dur de le terminer jusqu’au bout, on imagine une mauvaise fin, une issue des plus malheureuse pour celle qui est finalement partie.
Je n’arrive toujours pas Ă comprendre la torture morale, beaucoup de gens la subissent sans s’en rendre compte, elle est insidieuse, perfide et très lente, pour moi c’est une forme de perversitĂ©.
Le mec en question n’a pas assumĂ© qu’elle soit “mieux” que lui, plus jolie, plus sociable, plus intelligente, et plein d’autres “plus” j’imagine. Il lui fait payer son manque de confiance en lui en la mettant plus bas que terre.
La solution? Partir, voir un psy, en parler Ă de vĂ©ritables amis qui ne jugeront pas. Se rendre compte que ce n’est pas ça l’amour, ni la vie.
@ anonyme : anonyme tu ne l’est plus en Ă©crivant ton histoire. La partager, commencer Ă la comprendre et s’en servir pour alerter d’autres amoureuses, peut-ĂŞtre, est un signe de vitalitĂ© gĂ©nĂ©reuse. Ton authenticitĂ© me donne simplement envie de t’offrir du soutien pour reconstruire la jeune femme puissante que tu es. Merci d’avoir partagĂ© ton histoire.
Texte extraordinaire, dur et vrai. Me rend fou de rage devant la bĂŞtise du monde. Merci, et bon courage.
En te lisant j’ai cru lire le tĂ©moignage d’une amie. A la diffĂ©rence qu’elle est restĂ©e quinze ans avec lui, a eu deux enfants, avant de partir. Et le divorce est un enfer. Une psychologue lui disait que le mot pour qualifier ces hommes Ă©tait : “Pervers narcissique”. Ces gens lĂ s’attaquent toujours Ă des nanas qui ont… Comment dire… Une substance? Des femmes qui ont rĂ©ussit, qui sont ouvertes et sociables. Pour les vider…
Je sais Ă quel point ça a du ĂŞtre dur, mais je suis heureuse que tu ais rĂ©ussis Ă t’en sortir avant de plonger dĂ©finitivement… Très bon courage pour te reconstruire.
Bien Ă toi :)
@Pepite2choco J’ai jetĂ© un oeil sur wikipedia, en effet il y a de cela… Le plus difficile je pense est de rĂ©ussir Ă se dire que tout ça n’Ă©tait qu’un mauvais rĂŞve, et qu’elle est toujours la mĂŞme qu’au dĂ©but de l’histoire, qu’elle n’Ă©tait pas “un problème” comme il a essayĂ© de lui faire comprendre. Bref, de dĂ©culpabiliser et de prendre du recul sur cela. De retrouver la substance dont tu parles.
J’ai cru lire mon histoire … J’ai l’impression que tu parles de ce salopard que j’ai subi pendant 6 mois il y a quelques annĂ©es. A la diffĂ©rence près que je l’ai quittĂ© avant qu’il n’en arrive la violence physique. Mais combien d’insultes, d’humiliations, bref de violences psychologiques ai-je du endurer pour arriver Ă m’enfuir …
On croit souvent que ça n’arrive qu’Ă des paumĂ©es, Ă de pauvres filles socialement dĂ©favorisĂ©es, manquant d’Ă©ducation. C’est faux. Cette putain de violence est prĂ©sente dans tous les milieux et peut s’exercer de la part d’hommes socialement brillants envers des filles Ă©duquĂ©es.
Moi, c’est la vision du couple que forment mes parents, basĂ© sur l’amour, le respect, la tendresse, qui m’a fait soudain rĂ©aliser que ce que je vivais n’Ă©tait pas normal.
J’espère que si une fille concernĂ©e par ce problème passe par lĂ , ton tĂ©moignage très bien relatĂ© la fera rĂ©agir, et donner ce coup de pied salvateur qui te fait enfin remonter Ă la surface …
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