Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

24. mai 2012

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Odetolily

Le vieillard et la lanterne rouge

   Il se souvient lorsque, tout gamin, dans le bar de son père, il entendait les marins raconter leurs histoires de sirènes. Jusque tard dans la nuit, il s’accrochait à ces récits abracadabrants, puis, lorsque sa mère le traînait par les oreilles jusqu’à son lit, il s’endormait la tête pleine de rêves merveilleux. C’est ce qui l’a poussé à devenir matelot. Il s’est embarqué pour vivre toutes ces aventures exotiques que racontent les vieux loups de mer devant un demi, ou quelque chose de plus fort.

   Au soir de sa première journée en mer le vieux Jim lui avait conté une toute autre histoire. Il lui avait parlé d’une nuit de tempête qu’il avait connu plus jeune, quand il n’était qu’un jeune mousse embarqué avec son meilleur ami sur l’Opaline. Tous les deux de quart, ils tentaient de scruter l’horizon à la recherche des premiers signes de l’aube quand Louis, son ami, son frère, avait cru apercevoir une lumière rouge au large.

   « Jim, Jim, ramène-toi mon gars, y’a une lumière là-bas, un truc rouge qui brille au loin ! C’est quoi ? Un bateau en détresse ? Tu crois qu’y faut appeler le capitaine ? »

   Jim avait péniblement entamé la traversée du pont qui roulait sous ses pieds quand il avait entendu un hurlement. Une vague un peu plus forte que les autres avait précipité Louis par-dessus le bastingage. Il n’avait pas vingt ans.

   Cette nuit-là, recroquevillé dans la cabine qu’il partageait avec onze autres gars, il avait écouté un ancien lui dire comment cette lumière rouge était un symbole funeste. On racontait que c’était la lanterne de la Mort elle-même, qui l’allumait pour rappeler un marin (quand ce n’était pas tout l’équipage) à elle.

   Et ce soir-là, le vieux Jim avait transmis l’histoire à son tour :

   « N’oublie pas petit, si tu vois la lumière rouge, ferme les yeux et pries très fort. »

   Et durant ses longues années en mer, il avait croisé les doigts à chaque tempête pour que la Mort l’épargne encore. Et il avait fini par rencontrer l’aventure, l’exotisme, et tout ce qui avait peuplé ses rêves d’enfant.

   Aujourd’hui, il n’était plus qu’un vieillard au visage ridé par le vent et aux articulations gonflées par le sel. La sirène qu’il avait épousée dormait dans la terre, et il passait ses nuits à scruter les flots dans l’espoir que, peut-être…

   Dehors, il fait noir, tellement que le ciel et la mer se fondent l’un dans l’autre. Le nez collé à sa fenêtre, il attend. Ses paupières clignent, ses yeux se ferment petit à petit. Un effort pour les rouvrir, la lumière est là. Il se pince, il ne rêve pas. Au bord de la plage, la Mort le fixe. Elle lève sa lanterne rouge dans sa direction. Alors il sourit et sort la rejoindre dans le froid des vagues.

 

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c’est magnifique, ce conte…


 

Merci beaucoup^^


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