Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

28. mai 2012

Mot de passe oublié

lullapaf

Le 93 n’est pas ce que vous croyez

Si je n’ai jamais rien compris au sentiment nationaliste que je trouve ultra suranné (et ce n’est pas que je n’aime pas la France hein, je me sens juste non pas « citoyenne du monde » parce que j’aurais peur que ça implique d’écouter du Yannick Noah, mais juste humaine, dans le sens où personne ne choisit où il naît), je trouve qu’il est tout à fait naturel d’avoir une tendresse particulière pour son lieu de naissance, d’enfance, d’adolescence, qu’on ne quitte parfois jamais et qui représentera toujours à nos yeux notre coin de France à nous.

parcdelapoudrerie.jpgOn imagine toujours cet endroit comme un petit coin accueillant plein de verdure, une petite commune de province que d’autres qualifient volontiers de ploucland et dont on garde les beautés secrètes au fond de sa mémoire, en souriant en pensant à ce que ratent tout ceux qui la dénigrent.

Sauf que moi, mon endroit, celui qui représente ma France, mon lieu de naissance, celui que je n’arrive pas à quitter, c’est ce département ô combien conspué : la Seine-Saint-Denis, plus communément appelé le 93, le neuf trois, le neuf cube, qu’on imagine froid et dur comme certains de ses bâtiments tristes et délabrés, où la délinquance est un fléau et où on ne peut plus sortir de chez soi au-delà de 17h sous peine de se faire racketer ou brûler sa voiture.

On ne voit en ce département que ghetto, violence, échec scolaire, délinquance, trafic de drogue, assistés et population issue de l’immigration, donc surement des terroristes potentiels, oh mon Dieu ferme les portes, les vitres, et accélère, on est dans le neuf-trois…

Bien sûr je ne nie pas qu’il y ait tous ces problèmes, et je comprends très bien que les habitants des cités dortoirs ultra délabrées et sales veulent en partir : ce gros rat qui cavale devant le bâtiment et ce panneau prévenant que le gardien ne sera pas là pendant 15 jours car il s’est pris une balle ne sont pas des plus accueillants… maintenant je sais qu’il y a quand même des gens qui travaillent pour réhabiliter toutes ces zones, même s’ils doivent se sentir un peu seuls…

Je déplore cette image du 93. Car oui des banlieusards ont su faire fi des mauvaises conditions dans lesquelles ils partaient et ont réussi : même sans parents pour les aider à faire leurs devoirs puisque ne maîtrisant pas le français, même serrés dans leur chambre avec 2 de leurs frères et sœurs, certains sont devenus cadres, ingénieurs, juristes ou bien comptables… il y a même des diplômés de Sciences-po, qui est ouverte aux ZEP (Zone d’éducation prioritaire) depuis quelques années.

Tous non pas eu cette chance, il reste aujourd’hui des jeunes livrés à eux-mêmes qui n’ont rien à faire de leur journée, qui sans diplôme et avec un nom à consonance étrangère peinent à trouver un boulot… Les moins réfléchis et plus désespérés sont confrontés au trafic de drogue, et se retrouvent donc souvent en prison avant 25 ans… ou même morts. Alors que sans l’effet de groupe, la plupart de ces jeunes sont de vrais bisounours…

Je ne comprends pas pourquoi dans les zones difficiles on met des profs à peine diplômés, sans aucune expérience, alors que justement on aurait besoin de profs rodés. J’ai vu des jeunes profs avec une vocation en fer abandonner leur métier au bout d’un an à enseigner en Seine-Saint-Denis, complètement démoralisés. J’en ai heureusement vu aussi, donner des perspectives d’avenir meilleures à des jeunes qui filaient un mauvais coton.

On ne peut pas dire « si on veut, on travaille », dans une classe surpeuplée où c’est le bordel, parce que de 6 à 18 ans, même si tu tentes de rester concentré, au bout de 10 minutes tu participes au chahut ambiant… puisque le prof ne peut même pas continuer son cours. J’ai été en ZEP durant toutes mes études, et même si je suis aujourd’hui bac + 5, diplômée en droit et en communication, j’aurais toujours un petit regret sur mon éducation : le bordel joyeux (ou pas) dans les classes, se paye au prix fort quand on arrive à l’université et qu’on constate le gouffre culturel qui nous sépare de certains étudiants provenant d’un autre milieu.

Alors là on a le choix de retaper tout seul ce qu’on a pas appris lors de ses études à cause des mauvaises conditions scolaires en banlieue - notamment les longs mois de grève des profs parce que le lycée brulait toutes les semaines ou parce que des gens extérieurs n’avaient aucun problème à rentrer armé dans le lycée - ou d’abandonner ses études…

Outre la violence (qui sur le papier a souvent l’air plus dramatique qu’en réalité), il n’y a aucune culture de l’ambition en Seine-Saint-Denis, comme si on savait déjà que c’était perdu d’avance, d’où la difficulté de tirer une classe vers le haut. Cela dit j’ai connu des étudiants provenant de très bons lycées, cons comme des tables et avec une culture générale proche du néant, donc je ne suis pas manichéenne sur ce sujet, « on est pas condamné à l’échec » comme dit Kery James.

Malgré tous les problèmes de la banlieue – qui sont largement mis en scène par les médias pour bien faire de l’audimat – je suis une vraie sécano-dyonisienne et je le reste : ce mélange des cultures est largement favorable à une ouverture de l’esprit et à la tolérance. Depuis tout petit, nos copains et copines sont de toutes les couleurs, on goûte à plein de nourritures différentes pendant les anniversaires, des mets asiatiques délirants comme dans les dessins animés de notre enfance, du mafé, du colombo ou du couscous, dans les fêtes on apprend à danser le n’dombolo ou la danse orientale et à l’aïd on mange plein de gâteaux arabes à la récré amenés par les copains et les copines…

Une fois un ami m’a dit que mes photos de fêtes et de vacances entre amis c’était comme une pub pour Benetton, c’est la première fois où je me suis rendu compte qu’un paquet de personne n’avait pas cette chance d’avoir des amis de toutes les origines, comme nous en banlieue. Et puis nous, par rapport aux Parisiens (parce qu’entre Paris et certaines banlieues il y a un gouffre, même si les provinciaux pensent que c’est kifkif), on peut avoir des jardins pour les plus chanceux… mais surtout des grands espaces verts où on est pas tous les uns sur les autres en été, et ça, ça n’a vraiment pas de prix !

Ma France Ă  moi c’est donc cette France lĂ , cette banlieue qui m’exaspère ( le cĂ´tĂ© “SNCF/RATP” particulièrement) autant que je l’aime… Il y a encore beaucoup de travail pour faire Ă©voluer l’image de la banlieue, autant pour ses habitants que pour les autres : mais si certains parcours individuels sont difficiles, comme partout, la Seine-Saint-Denis n’est certainement pas que ce cloaque que certains imaginent.

Photo : Parc de la Poudrerie (93)

 

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Derniers commentaires

 

Hihi, ça me fait penser Ă  ce sketch de Jamel Debbouze oĂą il imite un prĂ©sentateur cachĂ© dans des buissons dans une citĂ© chaude : “Dans cette citĂ© anormalement calme, un jeune homme vient de sortir d’une cabine tĂ©lĂ©phonique. Il a surement du donner rendez-vous Ă  son dealer pour dealer du cannabis. Ce traffic lui fait gagner 15 000 euros par mois.” et Debbouze de rajouter : “Nan mais attends! a 15 000 euros par mois, mĂŞme Bernadette elle dealerait du shit!”

Mes 4 premières annĂ©es, je les ai passĂ© Ă  Paris, et dans notre immeuble c’Ă©tait aussi la pub Benetton. Depuis, j’ai dĂ©mĂ©nagĂ© en Province, et ça manque de mixitĂ©, mĂŞme si j’ai fini par quitter mon lycĂ©e bobo pour prĂ©fĂ©rer celui qui se rapprochait de la citĂ© et ou tout le monde me prĂ©disait un viol ou Ă©gorgement. Au final, j’ai gardĂ© contact avec quelques copines arabes et ce lycĂ©e Ă  très très mauvaise rĂ©putation m’a valu un bac avec 13.4 de moyenne. Et il y a eu peu d’Ă©chec, parce que les profs sont enragĂ©s et motivĂ©s et donnent beaucoup d’eux mĂŞme…

En tout cas, très joli article, moi dès la rentrĂ©e je vais me rapprocher de 93 et j’irai Ă  la fac de Saint Denis. Et figure toi que j’ai mĂŞme pas peur! XD


 

J’aime bien ta remarque sur la pub pour Benetton. Quand j’Ă©tais gosse, je vivais en Auvergne, et le premier petit garçon noir que j’ai rencontrĂ©, c’Ă©tait en sixième. Il Ă©tait le seul d’une autre couleur de peau de tout le village.

Tu as raison d’aimer ce joyeux mĂ©lange culturel, et de te moquer de ce qu’en pense les autres.


@Pepite2choco : la fac de Saint-Denis, j’y suis passĂ©e plusieurs fois. De l’extĂ©rieur elle est chouette, de l’intĂ©rieur un peu moins. Mais quelle dĂ©licieuse ambiance quand des Ă©tudiants sortent leur guitare Ă  un coin de couloir :)


 

Ah lĂ  lĂ ! Je comprends très bien ce brin de nostalgie qui transparaĂ®t dans ton article Lullapaf (au passage, bien Ă©crit, on part d’une lettre Ă  France gĂ©nĂ©raliste pour terminer vers un sujet plus joyeux, non sans un dĂ©tour par le quotidien sĂ©quano-dyonisien, un peu Ă  la Grand Corpsmalade ;))

Je suis aussi labellisée ZEP, diplômée à bac+5, et ayant constaté le fossé social et culturel entre la fac et le lycée, où nous étions de joyeux lurons à chahuter depuis nos 16, pardon 11 ans (eh oui le collège y compris)

Je suis nĂ©o-parisienne mais j’avoue regretter la diversitĂ© qu’on ne trouve pas dans la majoritĂ© des quartiers parisiens, ma petite solution perso pour y remĂ©dier prend la forme d’une ballade dans le 20ème :) , tout comme en banlieue, mais toi-mĂŞme tu sais: rer/sncf grrrrrr


 

@Pepite2choco : La fac de Saint-Denis peut parfois ĂŞtre folklo, mais pour ce qui est du droit en tout cas (j’ai passĂ© ma licence lĂ  bas) il y a quelques excellents profs (dont le prĂ©sident de la cour d’appel de paris, quand mĂŞme, mais je sais plus s’il y est encore…). En tout cas c’est la plus grande BU d’Europe et c’est rare d’avoir tant de choix, d’espace et de lumière ! MĂŞme quand j’ai changĂ© de fac j’allais rĂ©viser dans cette BU, j’y suis toujours inscrite d’ailleurs, donc un bon point pour cette universitĂ© (mais les amphis Ă©taient assez pourri Ă  l’Ă©poque…)


Certains profs nous ont racontĂ© en rigolant que lorsqu’ils allaient commencer Ă  Paris 8, certaines personnes leur conseillaient de ne pas prendre de cours après 16h parce que ça craignait trop, ce qui est totalement absurde !


@Addy : C’est mĂŞme plus que ça, je dĂ©plore que dans certains endroits il y ait si peu de mixitĂ©, mais bon ça viendra peut-ĂŞtre…


 

Pour ma part, j’ai grandi dans une banlieue “chic”, j’ai suivi ma scolaritĂ© dans une Ă©cole privĂ©e pleine de fils Ă  papa… On avait la chance de n’ĂŞtre que 18 dans ma classe de terminale…Mais:

- au fond de la classe, ça dealait des champignons et des ectasys;

- en 6ème, il y a avait des soirĂ©es organisĂ©es (auxquelles je n’ai jamais Ă©tĂ© conviĂ©e fort heureusement) dans lesquelles les gamins faisaient des mĂ©langes d’alcool et se tripotaient comme des ados de 12/13 ans ne sont pas forcĂ©ment censĂ©s se tripoter.. bah oui les parents Ă©taient en dĂ©placement, et les soirĂ©es Ă©taient organisĂ©es en leur absence…


MoralitĂ©, je n’ai gardĂ© aucun contact de ma scolaritĂ©, et je peux te dire que culturellement, ce n’est pas eux qui m’ont apportĂ© quoi que ce soit car en dehors des soirĂ©es rallyes et des vacances Ă  Saint Trop’ ou encore en Floride… Bah ils n’ont pas grand chose Ă  apporter… et puis ils n’ont jamais compris pourquoi je bossais pour gagner mon argent de poche (”bah, tes parents ne te donnent pas 200FF par mois?” oui, c’Ă©tait encore l’Ă©poque des francs… Bah non, mes parents ne me donnaient pas tout sur plateau d’argent! Et heureusement!)


 

@Addy : pareil, j’ai grandi en Auvergne aussi… deux familles noires dans tout le canton et zĂ©ro maghrĂ©bin, et mĂŞme au lycĂ©e y’en avait pas tellement… Alors Benetton repassera !

Le pire, mais je digresse, c’est que c’est dans ces coins de cambrousse, les gens sont souvent racistes sans mĂŞme avoir jamais vu un “colorĂ©” de leur vie…


Sinon j’aime beaucoup ton article. Et j’ai passĂ© quelques temps Ă  Saint-Denis et je me suis pas fait Ă©gorger, ni violer, ni mĂŞme voler ;) Les gens Ă©tait très sympa et ça sentait bon le mĂ©lange de cuisines quand je rentrais le soir *miam*


 

@Lullapaf et Addy : Je l’ai vue Ă  l’intĂ©rieur, ben, c’est moche… comme une fac quoi. Pas très Ă©tonnant je m’attendais Ă  rien, c’est pas non plus lĂ  pour faire joli. Sinon le truc des cours avant 16h, vache! Sinon on a vu la BU en coup de vent, elle Ă  l’air très bien… Et pour ma part, ce sera Ă©tudes de cinĂ©, j’espère que ça vaudra le coup… Qui vivra verra :)))


 

Bravo Lullupaf c’est très bien Ă©crit et tellement vrai.


J’aime mon 93 et pour rien au monde j’en changerai mĂŞme si parfois Paris m’emporte…. J’y suis nĂ©e et j’y vis depuis 27ans sans souci!


Idem pour le parcours: ZEP, collège en grève, clichy-sous-bois et compagnie…. et aujourd’hui je suis très fière d’ĂŞtre arrivĂ©e lĂ  oĂą j’en suis.


C’est sĂ»rement grâce Ă  mes profs “motivĂ©s et enragĂ©s” que je me suis “tuĂ©e” aux Ă©tudes par la suite.


Merci pour ton article en tous cas!


Nina


 

Salut Lulla

j’ apporte mon soutien en temps que ancien du 93.


Apprendre, comprendre, s’élever, progresser, lutter même quand ont n’a mal.


“La richesse culturelle et dans la diffĂ©rence”.

Vive le monde en couleur.


Comprendront ce qui doivent comprendre.


Peace.


D’ joo.


 

Le 93 c’est grand aussi… En terme de paysage ça va de Beverly Hills Ă  l’Irak, c’est urbain seul dĂ©nominateur commun. J’aime bien cette pluralitĂ©.


Eteignez vos tĂ©lĂ©s et mĂ©dias classiques…


 

J’ai grandi en banlieue (pas vraiment la banlieue classe, mais grosses barres et HLM…), que j’ai quittĂ© pour Paris !!

Et quel soulagement ……L’article dĂ©crit une belle carte postale mais pas vraiment la rĂ©alitĂ©, oĂą lorsque tu essaies de bosser et t’en sortir tu te fais insulter, comme tu ne ressembles ni Ă  une chanteuse de R’N'B ni Ă  une star du rap, tu te fais insulter. Ta voiture se fait “abimer”, ta cave flambe tous les 15 du mois….j’en passe et des meilleurs !


 

Bravo pour ton article Lulla ! En tant que vĂ©ritable sequano-dyonisienne je te dis BRAVO ! C’est criant de vĂ©ritĂ© ! Il faut continuer Ă  faire Ă©voluer ce dĂ©partement…ça prendra du temps mais dĂ©jĂ  beaucoup de choses se sont mises en place ces dernières annĂ©es. Je tiens Ă  souligner que le cotĂ© Benetton est l’une des facettes du 93 que je prĂ©fère.


 

Hum. Benetton, ça me dit rien. Pas ma gĂ©nĂ©ration ou pas ma culture? Et sinon, tout le monde s’en fout que des ex-banlieusardes aient bac +35. Ce qu’on veut savoir c’est si elles ont la combinaison nom Ă  consonnance Ă©trangère + tra-vail. Et si vous rajouter le nombre de fois que vous pouvez multiplier le smic avant d’atteindre votre salaire c’est très bien aussi. Moi aussi j’ai vĂ©cu l’expĂ©rience ZEP. J’avais plus peur Ă  l’intĂ©rieur du collège qu’Ă  l’extĂ©rieur. Ça n’a durĂ© que deux ans mais ça m’a amplement suffi. Mais c’est vrai qu’au niveau du mĂ©lange c’est top. Au lieu de se regrouper par couleur les Ă©lèves trouvaient des centre d’intĂ©rĂŞt diffĂ©rent pour se chercher des affinitĂ©s. Dans mon collège y’en avait deux principaux: la drogue et la peur.


 

Hum dsl. Par mon commentaire je vais Ă  contre-courant de ton article, et je donne du grain Ă  moudre aux journalistes Ă  la jamel debouze. J’ai dĂ©couvert des gens très intĂ©ressants, des destins troublants, et j’en garde un souvenir très fort, avec l’impression que ça m’a fait mĂ»rir. J’ai jamais habitĂ© dans une tour, mais parmi mes voisins j’avais cinq familles qui vivait toutes dans le mĂŞme squatt, une Ă©cole dĂ©labrĂ©e en l’occurrence. Donc j’ai pu voir pas mal de choses que je n’aurait pas vu autrement (dont le fait qu’un quartier dit sensible ne se limite pas Ă  des tours de bĂ©ton, vu que j’Ă©tais dans une petite rĂ©sidence pavillonnaire avec jardin). N’empĂŞche que j’avais peur.


 

peur de quoi ?


 

de me faire raquetter, brutaliser sans raison ou violenter par plaisir. Ma phobie c’Ă©tait le break après la cantine. Quand la cour Ă©tait presque vide de la masse d’Ă©lèves, que la plupart de mes potes Ă©taient rentrĂ©s chez eux dĂ©jeuner, et que quelques loubards, traĂ®naient leur ennui dans le collège. Ils n’Ă©taient pas foncièrement mĂ©chant, juste que lorsqu’ils s’ennuyait il pouvaient particulièrement embĂŞtant, et c’est un euphĂ©misme. J’ai fait 4eme et 3eme en ZEP, et contrairement Ă  une grande partie des Ă©lèves qui avaient redoublĂ©s ou triplĂ©s quelque classes, j’avais un an d’avance. Et j’Ă©tais loin d’ĂŞtre un gros dur, ni mĂŞme quelqu’un qu’on voudrait pas embĂŞter. Petites lunettes rondes, musculature peu dĂ©veloppĂ©e, et tĂŞte de premier de la classe, je n’avais que mon sang froid pour repousser gentiment les gars qui me demandaient tous le jours une cigarette/de l’herbe/un portable pour appeler leur maman. Si si, on me l’a fait, “pour appeler ma maman”. Evidemment, je ne sortais jamais mon portable, et j’Ă©vitais soigneusement leur regard.

Y’avais un grand escalier qui allait du collège Ă  un centre sportif non-loin. Et chaque jour j’avais l’impression de me retrouver dans Fear Factor, avec quelque chose qui pouvait m’arriver Ă  nimporte quel moment, au grĂ© de l’humeur des gars qui passait leurs journĂ©es le long de cet escalier. Plus qu’un escalier, c’Ă©tait un couloir de la peur, particulièrement pour les gens comme moi qui faisaient du sport rĂ©gulièrement.

Mais bon, maintenant que c’est derrière moi, j’en souris.

N’empĂŞche que j’avais peur.


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