L’été ce n’est pas seulement des piqûres de moustique, le cosmo qui croustille sous le sable emprisonné dans les rainures des pages et la sueur qui s’accumule entre les jambes pendant un long trajet en voiture non-climatisée : c’est aussi vivre un peu plus au ralenti, la pression du quotidien diluée dans les degrés celsius.
La lecture estivale sert de nourriture culturelle aux vacanciers, d’évasion sur papier aux autres qui ne partent pas tout de suite. Essais sociologiques, romans autobiographiques, poésie contemporaine et nouvelles érotiques, tout est bon dans l’édition, et finalement après avoir relu un énième article – mauvais, qui plus est – sur facebook dans un magazine presse, j’ai décidé de me refaire une santé en consommant uniquement du bouquin, du vrai, du chapitre lourd et haletant, de la psychologie de personnages tordus (ils le sont tous, même les plus normaux d’entre eux qui le sont alors par leur normalité extrême), du suspense, des jolies métaphores et de l’histoire magique, perverse, extraordinaire et détraquée.
La littérature américaine a toujours été mon genre de prédilection, des poèmes sarcastiques de Dorothy Parker aux contes dégueulasses de Bukowski en passant par la prose musicale et prolifique de Chuck Klosterman. On y retrouve des images jamais dépeintes dans notre langue, des descriptions et une atmosphère particulière dans les lettres d’outre-atlantique, comme si leur syntaxe et leur grammaire leur donnaient une vision des choses plus fascinante que celle des auteurs français.
Aux Bahamas ils servent des jus de fruits mélangés à du malibu coco, et quoi, puisque vous pouvez vous enfuir aussi, tant que vous dénichez une parcelle d’herbe assez moelleuse pour y poser vos fesses et boire votre propre cocktail préparé dans une gourde (personne n’a dit qu’on devait arrêter les gourdes passé 8 ans), le tout avec un bon livre, comme par exemple :
L’histoire de Bone, par Dorothy Allison.
Je veux dire : j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps dans le train en engloutissant ce roman semi-autobiographique. C’est génial, c’est magnifique, ça raconte l’enfance de Ruth Anne, surnommée Bone, à Greenville, petite ville poussiéreuse perdue en Caroline du Sud, dans les années 50. Décrit comme un roman social, l’histoire retrace la vie d’un autre versant de l’Amérique : les blancs pauvres, sans éducation, fatigués, chaleureux, perdus. L’auteure est une lesbienne féministe qui vit désormais en Californie (et qui porte des vestes de Hell’s Angels sur ses photos promo).
The Potential Hazards of Hester Day de Mercedes Helnwein
Bon okay, un livre non-traduit en français. Une bonne raison pour se remettre à l’anglais si vous n’avez pas pratiqué depuis l’exam de LV1 au bac. Le vocabulaire y est relativement simple mais pas moins dénué de sens. Hester Day a 17 ans, veut adopter, ne pas aller à la fac, vivre un truc bien, et pour toutes ces raisons elle se marie vite fait avec un loser rencontré à la bibliothèque qui se rêve écrivain, prend son cousin sous le bras et fugue à bord d’un van pourri.
Délicieuses pourritures, de Joyce Carol Oates
Mon premier livre de Joyce, conseillé par mail par plusieurs personnes. Merci pour le conseil, plusieurs personnes, cette nouvelle de 125 pages se déguste comme du petit lait. Dans une petite faculté située en Nouvelle-Angleterre, des étudiantes en littérature perdent la tête les unes après les autres, déséquilibrées par leur naïveté et leur professeur de poésie. L’histoire est racontée du point de vue de Gillian Bauer, dernière victime et rescapée.
Blue Angel, de Francine Prose
Le titre n’est pas convaincant, tout comme les 70 premières pages. En réalité, une fois le cap des présentations passé, l’histoire est assez prenante. Bizarrement, je l’ai lue juste après Délicieuses Pourritures, sans savoir que le thème était identique : les deux récits traitent d’une relation ambiguë entre un professeur et une étudiante dans une petite université de l’est des États-Unis, sauf que le narrateur ici est le professeur fantasmant sur une de ses élèves. L’intrigue est bien menée, certains trouveront la fin frustrante mais j’ai aimé la morale finale, et pourtant je ne suis pas fan des morales finales, elles ont tendance à m’emmerder.
Lunar Park, de Bret Easton Ellis
Si je ne l’avais pas encore lu il y a encore 2 semaines, je me dis que je ne suis peut-être pas la seule à avoir attendu aussi longtemps ? Les 300 pages de cette autofiction sont ultra prenantes, il y a quelque chose de fluide (et pourtant il a mis une quasi-décennie à l’écrire) et de rythmé dans la manière de décrire les évènements. L’histoire a beau être démente, on est prêt à y croire, qu’il s’agisse d’allégories ou de sens littéral. J’ai un peu moins aimé les 70 dernières pages, à cause de la tournure de l’intrigue, mais donc c’est personnel et ça ne change pas le fait qu’on comprenne, avec ce qui est censé être son dernier livre, pourquoi Bret Easton Ellis est l’un des meilleurs auteurs américains du XXe siècle.
Sur la route, Jack Kerouac.
Oh parce que.
posté le 14/07/2008 | 171 vues | 24 commentaires | tags: littérature américaine écrivain auteur journéelivre roman Etats-Unis lecture livre
trèèèès bon choix ;)
j’ai un non-conseil aussi : une fille dans la ville, de Flore Vasseur (bon ok, c’est un bouquin français). Ecrit par-dessus la jambe et prétentieux, j’ai trouvé.
A venir : du Truman capote, du Mark Twain, et du Nicole Richie (oui parfaitement)
j’ai adoré lunar park, hallucinant tout du long, mais incroyablement prenant…
sinon j’adooore philip roth, je relis en, ce moment la bête qui meurt, j’avais bcp aimé également pastorale américaine…
En ce moment je lis un Tom Wolfe, L’étoffe des héros, ça me fait penser à Top Gun…
Ah j’ai jamais lu Tom Wolfe je crois, c’est bien ? C’est comment ? Fais moi rêver siteuplé.
Petit hors sujet parce que c’est cubain (mais ça fait partie du continent américain, paradoxalement): un livre comme je n’en avais jamais lu avant: la Caverne des idées de José Carlos Somoza. Ca commence comme un polar de l’antiquité grecque avec un héros rappelant fortement Hercule Poirot retranscrit par un traducteur de plus en plus impliqué et ça finit comme un conte platonicien transtemporel… (je sais, décrit comme ça, ça laisse perplexe)
Sur la route… évidemment…
Tom Wolfe, j’aime aussi..
J’ajouterai a la liste toute la série des chroniques de San Francisco.. (Armistead Maupin)..
sinon en ce moment je lis “Generation X” de Douglas Coupland.. prenant…
ah et bien sûr… tout Mark Twain (je suis une inconditionnelle..)
Generation X est culte, ne serait-ce que pour les définitions dans les marges ;)
Alors Elixie, de Tom Wolfe, je te conseille surtout Le bûcher des vanités, sur l’ascension et la chute d’un yuppie de Wall Street. J’ai adoré, perso. Ensuite il y a Moi, Charlotte Simmons, une nénette débarquée d’un Etat bouseux des USA se retrouve confrontée à la vie de campus d’une grande université américaine. Mais j’ai trouvé l’intrigue assez chichement développée, dommage.
Pour l’Etoffe des héros, je ne peux pas trop donner mon avis pour le moment, pas fini, c’est son premier je crois. Il a été adapté à l’écran aussi. Comme Le bûcher des vanités, d’ailleurs.
Le bûcher des vanités est chouette, effectivement. De Roth, j’avais adoré The Human Stain (La tâche en français, je crois), mais mon favori, pas pour l’ensemble de ce qu’il a fait mais pour deux ou trois bouquins miraculeux, c’est Paul Auster : Brooklyn Follies, la trilogie new-yorkaise, ce genre de trucs…
la tâche aussi je l’ai lu, j’avais vraiment aimé, je crois que chez moi qd j’aime un écrivain, ça tourne svt à la monomanie….
Wallace Stegner ; la vie obstinée chez phébus , parole de libraire
Il faut lire Russell Banks, American Darling en particulier ! Une héroïne et un livre d’une force rare…
Et puis Toni Morrisson, pas facile mais tellement intenses…
j’adore la littérature américaine…mais “my favorite” c’est la littérature britannique, je trouve que les British ont un humour, une imagination et un décalage inégalables sans parler qu’ils manient la fantaisie et l’absurdité comme personne ! pour moi le maître du genre c’est évidemment Lewis Carroll et son Alice au pays des merveilles…Sinon dans les auteurs british contemporains, je vous conseille Jasper Fforde et Kate Atkinson (dont l’écrivain favori est justement Carroll), si vous aimez tout ce qui est complètement fantaisiste et dingue, vous adorerez !
Par contre le denrier RUssell Banks …franchement moyen , N’est pas Balzac qui veut .dommage car cela reste un GRAND ecrivain;
Pour les anglais , c’est vrai qu’on y touve des perles , Banville par exemple
Mon préféré de Paul Auster je pense que ça reste quand même “Moon Palace”, même si j’entame seulement un de ses derniers, “Dans le scriptorium”, qui sera peut-être une révélation …
Douglas Coupland est unique, Douglas Coupland est un Dieu.
Je trouve que personne mieux que lui (dans “Microserfs” et “Génération X”) ne sait retranscrire cet état d’esprit de nerd totalement accro à l’ordi. Et quand il se diversifie (”Girlfriend dans le coma”, “Hey Nostradamus !”) ou qu’il mélange les genres (”jPod”), ça reste toujours agréable, prenant et novateur.
Pour Bret Easton Ellis, je suis plus qu’impatiente parce que le film “The informers” tiré des nouvelles du livre “Zombies” (en français) devrait pas tarder à arriver sur les écrans, et puis parce que sa suite à “Less than zero”, “Imperial bedrooms” promet encore de toutes bonnes heures de lecture, mais ce, pas avant 2010 apparemment …
pour l’instant les adaptations des oeuvres de Ellis au cinéma, c’est franchemment pas terrible…..
Ben l’adaptation des Lois de l’attraction avec Roger Avary était quand même très réussie j’ai trouvé ! On y retrouvait bien les personnages d’Ellis et toute l’ambiance du bouquin. Une sorte de “Nowhere” d’Araki en plus moderne. Très bon, selon moi.
On verra en 2009 pour “The informers” et “Lunar park”.
“Less than zero” a été fait il y a très longtemps, peut-être trop tôt (’87) et c’est pourquoi le film n’était pas à la hauteur du bouquin, je ne sais pas trop.
Je n’ai vraiment pas accroché “Generation X”, je me suis ennuyée. Ce qui est rare.
J’ai par contre adoré les Chroniques de San Francisco. Idem pour “The History of Love” de Nicole Krauss et “The Road” de Cormac McCarthy. J’aime aussi beaucoup Jonathan Safran Foer et Ellis.
Chez les britanniques, je craque pour les romans historiques du genre Sansom et aussi pour David Lodge, Zadie Smith, Hanif Kureishi et Kazuo Ishiguro.
J’ai acheté “On the Road” la semaine dernière, il est temps de combler mes lacunes !
Je trouve la littérature anglais un peu plus “space”. David Lodge m’ennuie un peu il sait pas écrire une phrase sans mettre 40 insultes. c’est dommage sa noie un peu la mecture…
suite à cet article j’ai lu délicieuses pourritures et blue angel…oui moi aussi je suis définitivement fan de littérature américaine…cet article est super intéressant.
Je vous conseille Rêves de Garçons de Laura Kasischke, elle est considérée comme l’héritière de Oates, et quand on finit le bouquin, on est mal à l’aise…Il est vraiment bien écrit, dans l’imminence de la catastrophe, et dépeint les USA, les traits et les lieux communs de cette société blanche et bien pensante…délicieux.
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Manon a été troublée par ce contact physique inattendu. L’électricité transmise est remontée le long de son dos et n’était pas pour lui déplaire. Mais la morale lui interdit d’imaginer autre chose...
Vive la litté US!
Lunar Park vo déjà prévu pour le Paris-Toulouse, le Toulouse-Paris, ça sera L’histoire de Bone.
Merci pour les tuyaux! D’ailleurs…si tu en as d’autres! :)