Nous aurons probablement toujours cette gêne étrange et bizarre. Un homme des années 30 qui ne sait pas vraiment se comporter avec un objet aussi étrange que peut l’être une adolescente qu’il ne voit que 3 semaines par an et qu’il a quitté l’année d’avant petite fille. Moi gênée dans mon maillot de bain, adolescente, soudain mal à l’aise, livide comme un cachet d’aspirine et de qui on se moque dans ce sud soudain devenu hostile de sa manière de prononcer « lait ».
Nous porterons probablement toujours l’héritage de ce père que cet homme des années 30 a délaissé à l’adolescence et qui s’est reconstruit en territoire lointain, après le TGV, dans la grande ville, dans le Nord et qui dans un rictus narquois et sarcastique passe les 5 minutes qui suivent le coup de fil dominical et imposé par ma mère à lapider ce sud synonyme de toutes les paresses, du blond décoloré et du mauvais goût vestimentaire.
Nous porterons probablement toujours le poids de cette ville du sud alternativement écrasée par la chaleur ou balayée par un froid glacial qui ne sait pas être dans la demi-mesure. Cette ville endormie, au bâti inégal et sale et dans la poussière de laquelle on traîne des pieds tout en jouant à Tennis-Barbe avec mamie en attendant que papy repasse nous chercher en voiture.
Il y a les gâteries de fin de séjour. Le trajet de retour en avion payé par papy, la plaquette en plastique enfant non accompagné autour du cou. Il y a ces moments passés sur l’immense table du salon à feuilleter les pages de la Redoute pour choisir un cadeau, les Triplés du Figaro Madame que cet homme des années 30 ne manque jamais d’acheter le dimanche en même temps que les tuiles aux amandes. Les pièces de 10 francs qui tombent par miracle de ses poches sur le tapis de la banquette arrière de la grosse berline climatisée et dont j’ai vrillé le mécanisme des sièges arrière un jour, sans le faire exprès.
Enfant on m’a demandé ce que faisait mon grand-père j’ai répondu qu’il vendait des ballons. De gros ballons à gonfler comme celui qu’on voit dans le Ballon Rouge. Directeur d’une grande marque de pneus, cet homme des années 30 recevait en fait de nombreux objets publicitaires. Il entreposait dans ma chambre des dizaines d’attachés-cases en cuir noir remplis de ballons et de jeux de cartes.
Je me souviens des longues heures de l’après-midi quand ma grand-mère vaquait à ses tâches ménagères et qu’il se retrouvait seul avec moi. Assis sur le canapé nous attendions que ça passe. Je lui suis reconnaissante de ne m’avoir jamais dit que ‘de son temps les enfants savaient s’amuser tout seuls’, ce qui aurait été prévisible pour un homme des années 30 et que mamie ne manquait jamais de m’asséner.
Je ne sais pas ce qu’il va se passer désormais. Il est très malade. Je ne veux pas le revoir. Je sais que cet homme des années 30 est rongé par un mal auquel des enfants des années 80 seront probablement beaucoup moins confrontés. J’aimerai ne plus le revoir pour garder en mémoire le souvenir de cette soirée où obligé de s’occuper seul de moi, il m’avait emmenée dans l’un des grands cafés chics en ville. Il est tard, très tard. Libre de choisir, j’ai pris la plus grosse coupe de glace proposée par la carte. Une horreur à 6 boules et banane surmontée de chantilly, de vermicelles multicolores et d’un palmier brillant.
Ce délice au nom suranné (j’ai probablement choisi ce Maya, reine des Abeilles car il me fait penser à ma tante que j’idolâtre) est une véritable entorse à la bonne cuisine de ma grand-mère, qui m’a pourtant bien nourrie avant de partir. Bien évidemment je n’ai jamais réussi à finir. Il n’a jamais révélé à personne non plus que Maya avait fait le plus grand délice d’un homme des années 30 et de sa petite fille des années 80.
Photo : (c) winged photography via Flickr
posté le 08/07/2008 | 1507 vues | 9 commentaires | tags: Maya l'abeille grand-père Sud grand-mère enfance psy famille
Mon papi à moi, il buvait de l’anisette et jouait à la belote. Il avait un accent pied-noir et me donnait à lire Le Monde à 6 ans pendant qu’il fumait son cigare. Il m’avait appris l’espagnol et m’appelait “mi vida”. Mon papi à moi, il avait aussi des pièces qui tombaient de ses poches et me laissait manger des glaces à volonté. Mon papi, il mangeait des sardines grillées et ne supportait pas la cuisine au beurre. Mon papi, il voulait que je sois présidente de la République. Mon papi à moi, il a eu une maladie que des gens des années 80 n’auront jamais parce que les rayons X ne sont plus aussi nocifs que dans les années 30. Mon papi, il m’a expliqué quand j’étais petite qu’il avait une araignée qui lui dévorait le cerveau depuis tout petit et qu’il ne pouvait pas l’en empêcher. Depuis, je suis phobique. Mais grace à mon papi, je parle espagnol et je lis Le Monde. Et je ne mange pas de cuisine au beurre.
Je ne suis pas certaine que les garçons des années 80 feront d’aussi bons papis que les monsieurs des années 30 et rien que pour cela, nous avons de la chance d’être des filles des années 80.
Aoh non, quoi! femme native des années soixante, j’espère bien que mon compagnon natif de la même décennie fera un bon grand-père pour les enfants de nos filles. il a déjà bien commencé comme père en prenant un Congé Parental, trois ans durant pour s’occuper des deux miss que je voulais avoir - deux, pas trois. deux, voilà . ya pas de raison que ça s’arrête.
il n’y a pas d’époque pour être grand-père ou grand-mère, voyons. seulement la conscience qu’avec ces enfants-là (les petits-enfants), on a l’occasion rêvée (et quasi ultime) de se laisser aller à un amour débridé, inconditionnel et dégagé de bien des conflits qui sont le lot commun de la condition parentale.
en revanche, célébrer l’amour qu’on porte à ses grands-parents, ici, dans les toilettes des filles, devant eux ou ailleurs, je suis persuadée que ça prolonge le fil.
le fil ténu, le fil secret… le fil de l’amour filial et vrai.
Tous les papis sont géniaux. Et j’ai de la chance d’avoir encore les deux miens. Dont un qui m’a longtemps raconté l’histoire du Grenard qui se cachait dans la cabane au fond du jardin, ou dans la cave. ^^
euh, au fait dans Devoveo, il y a DEVO, non ?
un éventuel rapport avec le groupe de fadas des années ‘80, justement ?
ARE WE NOT (wo)MEN ?
WE ARE DEVO!
oups - I’ve got an “uncontrollable urge”!
@May Nat :
le nom devoveo est un peu un hasard de fabrication sans rapport aucun avec le groupe. J’aurais pu changer mais finalement ça ne me déplaît pas qui soient agrégées plusieurs significations ;)
@Vio :
moi c’était l’histoire du Loup dans la cave histoire qu’on n’aille pas y trainer avec mes cousins
@Leslie :
Je comprends mieux pourquoi l’Espagne :)
@Daifuku :
Merci
@La fille :
C’est un lien très spécial c’est sûr.
Mon grand père, il m’amenait dans le jardin tous les soirs quand j’étais là bas. Un si joli jardin, rempli de fleurs et de légumes. Et tous les soirs un nouveau. C’était juste après avoir regardé Question pour un champion en mangeant la soupe aux vermicelles de mamie.
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