Mon professeur de philosophie de terminale m’a dit un jour, je ne sais plus très bien pourquoi, vous savez Olympe, la paresse est dĂ©jĂ un signe d’intelligence. Et comme je suis une vraie feignasse, je n’ai Ă©videmment pas Ă©coutĂ© la suite de la conversation. J’en suis restĂ©e lĂ , satisfaite et mĂŞme un peu heureuse de constater que chez moi, mon intelligence prenait des proportions incroyables dans ma capacitĂ© Ă ne rien faire.
Je considĂ©rais dĂ©jĂ la paresse comme le moins Ă©vident des sept pĂ©chĂ©s capitaux mais ce jour lĂ , elle m’est tout d’un coup apparu comme un privilège, un cadeau de la nature, un don Ă prĂ©server coĂ»te que coĂ»te contre la stupiditĂ© du monde. C’Ă©tait dĂ©cidĂ©, dorĂ©navant je ne ferai plus rien pour contrarier ma prĂ©cieuse flemme.
Et j’ai tenu parole, les dix annĂ©es suivantes ont Ă©tĂ© dictĂ©es par les seules exigences de mon caractère mĂ©ditatif. Je pouvais lire deux livres par jour mais j’Ă©tais incapable de descendre la poubelle. J’arrivais Ă sortir jusqu’Ă très tard le soir pour acheter des cigarettes mais je prĂ©fĂ©rais me laver les dents Ă l’eau savonneuse au lieu de courir au supermarchĂ© chercher du dentifrice. Je gardais un travail Ă peine trois ou quatre mois considĂ©rant qu’il valait mieux ne pas y aller du tout plutĂ´t que d’arriver en retard. J’ai perdu des dizaines d’ami(e)s Ă force de ne pas rĂ©pondre Ă leur message et j’en retrouvais d’autres immĂ©diatement.
Aussi paradoxal que cela puisse paraĂ®tre, j’Ă©tais paresseuse et entreprenante Ă la fois. J’Ă©tais Ă l’initiative de mille projets difficiles que j’abandonnais aussi facilement et rapidement que j’en avais eu l’idĂ©e. Mon imagination Ă©tait aussi vaste que la plus absolue des solitudes mais ne me servait strictement Ă rien. En fait j’Ă©tais constamment en train de concevoir. Si j’avais pu en faire mon mĂ©tier, je serai devenue la femme la plus heureuse du monde. J’Ă©tais convaincue que c’Ă©tait ça la vraie libertĂ© quand on est Ă©tranger aux rythmes tyranniques du monde du travail et que le temps passe gratuitement.
Et puis j’ai du laisser tomber, contrainte et forcĂ©e par les huissiers qui se faisaient toujours plus nombreux devant ma porte, les cafards qui squattaient mon Ă©vier submergĂ© par la vaisselle sale et l’ennui finalement de ne pas pouvoir parler Ă un vĂ©ritable ami. J’ai repris le cour de mon ancienne vie, exactement lĂ ou je l’avais laissĂ© avant, aux deux premières lignes de ce petit texte que j’avais abandonnĂ©.
“Il faut maintenant que tu chasses la paresse, dit mon maĂ®tre : ce n’est pas assis sous la plume ni sous la couette qu’on arrive Ă la gloire”
La Divine comĂ©die, l’Enfer, Chant XXIV
posté le 27/06/2008 | 1841 vues | 22 commentaires | tags: feignasse paresse psy
La paresse est-elle un signe d’intelligence parce qu’elle permet de rĂ©flĂ©chir ? Parce qu’elle nous force Ă nous arrĂŞter pour observer le monde qui nous entoure ?
La mienne, je la vois plutĂ´t comme un handicap, dans notre sociĂ©tĂ©. Eh oui, je fais partie du club des grosses feignasses…
Mon prof de semi doncducteurs (oui je sais ça fait envie …) nous dit tout le temps: la plus grande qualitĂ© d’un scientifique, c’est sa feignantise, parce que la feignantise oblige Ă ĂŞtre malin. :)
ah ah ah, j’ai toujours su que j’Ă©tais un gĂ©nie !!! ben oui parce qu’il n’y a pas plus feignasse que moi ! et je me reconnais totalement dans le “Je pouvais lire deux livres par jour mais j’étais incapable de descendre la poubelle” sauf que moi c’est toujours au prĂ©sent.
vive les paresseuses !
Je suis une feignasse aussi mais j’ai parfois des poussĂ©es de maniaquerie. Soudainement, je me met Ă rĂ©curer l’appart de fond en comble, je me bouge quoi ^^
Ah ouais, comme toi Krib, mais ça m’arrive quand mĂŞme rarement. Cela dit, j’ai effectivement des crises de “raaaahhh marre de ce bordel et de cette poussière”.
Ah, mais je ne suis pas lĂ seule, alors ! ^^
Vous savez quoi, je crois que la “feignaressie”, c’est une façon de rééquilibrer le rythme de ce monde oĂą tout va trop vite, de compenser pour tout ceux qui agissent avant de penser. Le Yin et le Yang. Et rapportĂ© Ă ma petite personne, de compenser pour le stress et l’Ă©nergie que je dĂ©ploie pour satisfaire aux objectifs de productivitĂ©, rentabilitĂ© etc, etc … Un moment tout Ă fait Ă©goĂŻste et rien qu’Ă moi. Hyperactive un instant ; affalĂ©e sur mon canapĂ© celui d’après, c’est tout moi !
Vive les feignasses (qui ne le sont qu’en apparence, parce que dans leur tĂŞtes, ça bouillonne …) :)
oui et “feignasserie” au lieu de “feignaressie” c’est pas mal aussi … je dis non Ă la feignasserie intellectuelle par contre ! ;)
les feignasses sont un peu en dehors du temps et des obligations, elles ne sont pas dans l’action, c’est pour ça que ca peut tres vite devenir un handicap, comme le dis la fille
@ 4Me: Ni Ă celle du coeur d’ailleurs!
la fille et krib: pareil pour moi. Euh non pas vraiment en fait. Je me dis que s’il faut nettoyer, c’est tout ou rien. Soit je nettoie pas, soit je nettoie de fond en comble. Malheureusement, et Ă mon grand dĂ©sarroi, mon corps suit rarement, pour ne pas dire jamais, les directives de ma maniaquerie intellectuelle… Par consĂ©quent, rien ne se fait…
“La paresse est-elle une qualitĂ© oĂą un dĂ©faut ?” VoilĂ un sujet que j’aurais aimĂ© avoir au bac philo…
C’est sĂ»r que quand elles auront bouffĂ© tes meubles, y’aura plus la poussière Ă faire dessus :p
lisez un peu l’article avec la pourriture…. là ça va vous plaire les deux
paresseuse, par essence elle est paresseuse, est ce vraiment de la paresse ou trop de quoi ou qu’est ce…. elle s’en fout, elle s’balance de savoir ce que les autres en pensent
c’est presque dommage de ne pas avoir une bande son parfois pour certains articles, cet air me trotte en tĂŞte depuis que j’ai lu le tien
Zut ça veut dire que je dois reprendre une vie normale aussi… et arrĂŞter de me lever Ă midi =( snif.
Tu n’es pas la seule, j’ai une certaine tendance Ă me lever vers midi quand je suis en vacances ^^
La citation d’origine est, je crois, que “la paresse engendre l’intelligence”.
Ce qui me donne envie de citer aussi De St Amand ^^
“AccablĂ© de paresse et de mĂ©lancolie,
Je rêve dans un lit où je suis fagoté,
Comme un lièvre sans os qui dort dans un pâté,
Ou comme un Don Quichotte en sa morne folie.
LĂ , sans me soucier des guerres d’Italie,
Du comte Palatin, ni de sa royauté,
Je consacre un bel hymne à cette oisiveté
Où mon âme en langueur est comme ensevelie.
Je trouve ce plaisir si doux et si charmant,
Que je crois que les biens me viendront en dormant,
Puisque je vois dĂ©jĂ s’en enfler ma bedaine,
Et hais tant le travail, que, les yeux entrouverts,
Une main hors des draps, cher Baudoin, Ă peine
Ai-je pu me rĂ©soudre Ă t’Ă©crire ces vers.”
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Texte fort intĂ©ressant… A mĂ©diter