Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

24. mai 2012

Mot de passe oublié

katasandan

Le fameux coming out : LE passage obligĂ© et tant redoutĂ© de tous les gays et lesbiennes de la Terre ! La preuve : il y a un mois, je me trouvais Ă  dĂ©guster quelques belles brochettes sous notre timide soleil de Normandie en compagnie de quelques nouveaux amis gays ; et de quoi parlent des gays qui se connaissent Ă  peine ? Je vous le donne en mille… de leur coming out bien sĂ»r!

cafe.jpgL’occasion de s’apercevoir qu’il en existe des tragiques, des douloureux, des surprenants, des drĂ´les, des incompris (qu’il faudra rĂ©pĂ©ter un bon nombre de fois Ă  sa famille avant que tout soit intĂ©grĂ©)… Chaque personne Ă  le sien propre, dans tous les cas c’est un moment inoubliable, qui se prĂ©pare souvent longtemps Ă  l’avance. Bah oui ! On n’annonce pas, comme ça, Ă  l’improviste, Ă  pĂ´pa et mĂ´man qu’on fricote avec le mĂŞme sexe…

Je vais donc vous raconter le mien. Je crois que je devais avoir 23 ou 24 ans. Je venais de comprendre que rien n’y ferait, que je ne pourrai rien y changer, j’Ă©tais lesbienne. Mais j’hĂ©sitais Ă  l’annoncer Ă  mes parents, surtout Ă  ma mère puisqu’elle Ă©tait plongĂ©e dans une dĂ©pression Ă  cause de ma soeur qui entretenait une relation avec un homme de 25 ans son aĂ®nĂ© et père de trois enfants. Quand ta mère dĂ©prime dĂ©jĂ  pour ça, avoue que t’hĂ©sites Ă  lâcher le morceau.

Je me trouvais Ă  l’hĂ´pital pour une opĂ©ration bĂ©nigne aux cĂ´tĂ©s de mon amie de l’Ă©poque. Ma mère arrive pour me ramener chez moi, mon amie s’Ă©clipse discrètement. Mais on ne trompe pas l’oeil d’une mère… Dans la voiture elle me dit que cette “femme” me regardait bizarre. Elle me demande si elle est pas homo. Je rĂ©ponds que oui. “Ça m’Ă©tonne pas”, qu’elle dit, “et toi ? tu ne l’es pas !”. Je rĂ©ponds que si.

Après j’ai un trou. Je me souviens simplement de ma mère et moi dans la cuisine. Elle qui pleure, qui devient hystĂ©rique, qui dit que c’est certainement cette femme qui m’a pervertie (si tu savais, maman, je suis lesbienne depuis mes 16 ans, j’ai mĂŞme couchĂ© avec ma prof de bio au lycĂ©e… alors mon amie n’y est vraiment pour rien ! Evidemment, je ne lui dis pas ça).

Et qu’elle me lâche tous les poncifs habituels : “qu’est-ce que j’ai fait pour ça ?”, “Qu’est-ce qu’on a loupĂ© dans ton Ă©ducation?”, “Ça va passer”, “Faut aller voir un psy”, “Qu’est-ce que je vais dire aux voisins et aux amis ?”, “Tu vas ĂŞtre malheureuse”… Je crois que j’ai eu le droit Ă  tout. J’ai bien essayĂ© d’argumenter : ce n’est pas un choix, si j’avais du en faire un, j’en aurais fait un plus facile ! Il m’a fallu des annĂ©es pour l’admettre et l’assumer donc je ne m’attends pas Ă  ce que les autres l’acceptent en cinq minutes. Je crois que je peux ĂŞtre heureuse… Mais essayer de la rassurer ne servait Ă  rien car elle Ă©tait hystĂ©rique. Elle a fini par dire qu’elle ne voudrait jamais rencontrer mon amie.

J’Ă©tais forcĂ©ment complètement secouĂ©e mais aussi un peu soulagĂ©e car c’Ă©tait fait.

Une heure ou deux après, mon père m’appelle au tĂ©lĂ©phone :

- C’est vrai ce que tu as dit Ă  ta mère ?

- (bah non, c’Ă©tait juste pour me marrer et voir votre tĂŞte!)

Il poursuit :

- Je suis revenu en catastrophe du travail, elle est dans un tel Ă©tat que je me demande si je ne dois pas l’emmener Ă  l’hĂ´pital

- J’en suis dĂ©solĂ©e, mais c’est pas la peine de me culpabiliser, parce que c’est pas facile pour moi non plus.

- Est-ce que je pourrais te voir seul ? Disons demain dans un café.

LĂ  lecteur, il faut que tu comprennes que mon père ne m’avait jamais parlĂ© seul et qu’il n’avait jamais mis les pieds dans un cafĂ©, d’oĂą ma stupĂ©faction et le trouillomètre Ă  zĂ©ro.

C’est donc la peur au ventre que je me rends au cafĂ© le lendemain.

Après s’ĂŞtre assurĂ© que ce que j’avais annoncĂ© Ă©tait dĂ©finitif, mon père a prononcĂ© ces paroles incroyables qui rĂ©sonnent encore dans ma tĂŞte :

- Il va me falloir un petit peu de temps pour le digérer mais je voulais te dire que, contrairement à ta mère, je veux rencontrer ton amie.

Je suis restĂ©e sur le cul. Mon père, dans sa relation osmotique avec ma mère, n’avait jamais Ă©mis un avis diffĂ©rent. J’ai respirĂ©, j’ai souris, j’ai su que mon père m’aimait.

Peut-ĂŞtre quinze jours plus tard, mon père m’aidait Ă  emmĂ©nager chez mon amie. A la fin du dĂ©mĂ©nagement, il a pris le tĂ©lĂ©phone, a appelĂ© ma mère et lui a proposĂ© de se joindre Ă  nous pour prendre un verre. Elle est venue. Ma mère a mis du temps Ă  tout digĂ©rer, elle n’a jamais aimĂ© cette amie. Mais le temps passant, elle a fait d’Ă©normes progrès. Elle en a parlĂ© Ă  ses amis qui n’ont jamais fait de rĂ©flexion. Sa meilleure amie a estimĂ© que j’Ă©tais une femme courageuse. Elle a rĂ©pondu Ă  ses voisins qui demandaient si j’allais me marier qu’on n’Ă©tait pas obligĂ© de se marier pour ĂŞtre heureux. Elle est venue Ă  mes deux pacs.

Papa est mort depuis. Maman n’a jamais rien su de notre petite conversation. Depuis j’ai tout lâchĂ© Ă  mon boulot : mes collègues, mon chef d’Ă©tablissement, tout le monde connait ma situation. Je n’ai jamais eu de rĂ©flexion dĂ©sagrĂ©able.

J’ai montĂ© une association lesbienne dans ma ville avec mon amie, afin de favoriser l’Ă©coute, le dialogue, la diffusion de la culture chez les lesbiennes. J’ai fait partie de l’association nationale lesbienne.

Je suis tout ce qu’il y a de plus visible et je n’ai jamais eu aucun problème ( Ă  part deux fois des insultes dans la rue). Mais je n’irai pas jusqu’Ă  dire que j’ai une vie comme celle de mes comparses hĂ©tĂ©rosexuels… D’abord parce que je vis dans un monde entièrement hĂ©tĂ©ronormĂ© qui ne me propose aucune autre rĂ©fĂ©rence (tous les films, les sĂ©ries, les livres sont hĂ©tĂ©ros), parce que personne ne me demande au travail comment va ma compagne alors qu’on demande aux autres comment vont maris et enfants (par exemple), parce que ma compagne n’aura jamais la mĂŞme importance dans ma famille que mon beau-frère, parce qu’Ă  la gay pride de Caen des gamins d’une citĂ© nous ont jetĂ© des pierres, parce que je ne peux ni Ă©pouser, ni adopter…

Et puis j’ai eu de la chance, tout le monde n’en a pas. Je viens d’un milieu de classe moyenne, j’ai fait des Ă©tudes, je travaille dans l’Ă©ducation nationale. Je ne vis pas dans une citĂ©, je ne suis pas d’origine Ă©trangère ou de confession musulmane, je vis dans un pays ouvert…

Pour rĂ©sumer : ĂŞtre homo n’est pas un choix, c’est un fait. J’ai eu de la chance dans ma vie alors j’assume : plus on sera nombreux Ă  ĂŞtre visibles et plus nous aurons de chance de faire avancer les choses dans la sociĂ©tĂ©, au travail, dans la vie quotidienne pour ceux et celles qui n’ont pas autant de chance.

 

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Derniers commentaires

 

Le coming-out, c’est en effet Le sujet de conversation entre homos qui se rencontrent, mais aussi entre gens qui rencontrent un homo : combien de fois j’ai pu entendre “mais euh ta famille elle l’a pris comment ?”…


Je suis d’accord sur le fait que la visibilitĂ© fait avancer mais c’est pas toujours facile, mĂŞme quand on s’assume. Personnellement, si j’en parle peu et pas Ă  ma chef, ma collègue, c’est parce que j’estime que ça ne les regarde pas, je n’ai pas honte pour autant, et je ne dessers pas la cause je pense, si ?

Cela dit sans agressivité hein ;-)


 

Wahou! J’ai adorĂ© ton texte, il m’a fait beaucoup sourire et tu es vraiment une fille courageuse et tolĂ©rante. Je ne sais pas si j’aurais pu ĂŞtre aussi comprĂ©hensive que toi si ma mère s’Ă©tait offusquĂ©e comme ça, mais je peux comprendre que ça peut ĂŞtre un choc mĂŞme Ă  notre Ă©poque.


Je te souhaite bonne continuation pour ton association, il faut faire bouger les choses!


Ps : je ne serais pas contre une autre anecdote rigolote d’un coming out ;)


 

Moi le coming out qui m’a fait le plus marrer, c’Ă©tait auprès d’une fille de mon Ă©quipe de basket : on cause, elle finit par comprendre que je ne suis plus cĂ©libataire, me demande comment il s’appelle, je rĂ©ponds que c’est une fille et lĂ  : “ouah, j’en avais jamais vu !!!”, suivi d’un gros blanc oĂą elle s’est rendue compte de ce qu’elle avait dit… Moi j’Ă©tais au volant et j’ai dĂ» me garer, je me marrais trop pour conduire, elle elle Ă©tait mortifiĂ©e d’avoir dit un truc pareil…


 

ça tawi, c’est le genre de trucs que je pourrai sortir…et ĂŞtre morte de honte la minute d’après ! ma compassion Ă  ta coĂ©quipière !


 

Je ne comprend pas les parents qui rĂ©agissent comme ta mère….mĂŞme si finalement elle a digĂ©rĂ© la nouvelle ^^ En tout cas, les histoires comme la tienne me font rĂ©flĂ©chir : comment je rĂ©agirai si un jour j’ai un enfant et qu’il me dit qu’il est homo ? Je pense que cela me ferait un choc mais que j’accepterai. Parce que c’est la vie de l’enfant, et non la mienne, et parce que je sais que ce n’est pas un choix !


 

tu traduis bien le courage qu’il faut rassembler pour en parler…


@Krib: ma mère nous a dit Ă  mon frère et moi “si vous ĂŞtes gay je vous aimerai toujours car vous ĂŞtes mes enfants, mais je serai très embĂŞtĂ©e pour vous car votre vie ne sera pas facile”

je sais pas trop comment le prendre, j’ai l’impression qu’elle veut ĂŞtre tolĂ©rante mais ça sonne comme une mise en garde, non?


@serena: ben…je ne sais jamais comment rĂ©agir quand qqn me dit qu’il/elle est gay. pour ne pas avoir l’air de m’en foutre, mais pas avoir l’air d’halluciner non plus. et que ma surprise ne passe pas pour de la dĂ©sapprobation.


 

A 14 ans je suis sortie avec deux filles… Simple passade ou bisexualitĂ©? Deux mois plus tard j’ai rencontrĂ© mon mec avec qui je suis toujours aujourd’hui 4 ans après. Mes parents Ă©taient au courant pour la deuxième, ils m’ont signifiĂ© qu’ils m’aimaient très fort, m’ont fait comprendre que si ce n’Ă©tait qu’une passade ou si c’Ă©tait pour la vie, ils m’aimeraient autant. Pourtant, mĂŞme avec des parents aussi ouverts j’Ă©tais gĂŞnĂ©e. J’aimerais tellement que ce soit plus simple!


 

super de savoir que la plupart des gens autour de nous, des parents sont aussi tolĂ©rants!!! ça rĂ©chauffe le coeur… Merci pour vos gentils messages.

Tawi : non, tu ne dessers pas la cause : chacun fait comme il veut et comme il peut, il ne faut pas aller au delĂ  de son propre courage. Il faut le dire quand on le sent!

On me demande une anecdote rigolotte de coming out, en voici une : quand ma compagne a l’a annoncĂ© au boulot, rĂ©action des collègues : “super! on n’en avait pas!”.

Quand on a un ami qui nous annonce son homosexualité :

- ne pas lui rĂ©pondre “tu fais ce que tu veux de ta vie”, trop hostile.

- ne pas non plus lancer “super, j’ai justement une copine lesbienne cĂ©libataire Ă  caser”,

Je crois que le mieux est de rĂ©gir naturellement du style : “et comment s’appelle ton ami(e)?” comme on le ferait avec n’importe quel amie hĂ©tĂ©ro.

pepite : evidemment qu’on est gĂ©ne d’annoncer ça, ce n’est pas dans la foutue “norme”. Tant qu’on continuera Ă  Ă©lever les petites filles dans l’idĂ©e qu’elles attendent le prince charmant, tant qu’on dira aux petits grçons qu’il faut se montrer viril, tant que l’insulte supreme restera PD, on n’avancera pas. Mais ça, c’est le role des parents….


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