Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

24. mai 2012

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Une Autre FĂŞte de la Musique

Il paraît que c’est la fête de la musique le 21 juin. Pour changer. Enfin, on va pas en faire grand cas : déjà, c’est le cas dans 110 autres pays, et puis c’est un vieux truc, ça a au moins 20 ans. 26, me dit-on dans mon oreillette. On va pas en faire un plat. D’ailleurs, quelque chose aurait du nous mettre la puce à l’oreille.

Si on en croit Wikipédia, en 1982, année de naissance de la fête de la musique (faut suivre), y a quasiment que des sportifs qui sont nés, à part une fille des Pussycat Dolls. Déjà, ça aurait du nous alerter. Pire, les décès en 1982 : Philip K. Dick, George Perec, Romy Schneider, Gala Dali, Patrick Dewaere, Grace Kelly, Glenn Gould, Ingrid Bergman, Jacques Tati, Louis Aragon… J’aurais été au gouvernement à l’époque, moi aussi j’aurais tout tenté pour sauver le peuple de la déprime !

Donc le gouvernement se dit qu’il a un peuple à consoler, ni une ni deux, panem et circenses, instaure la fête de la musique. Aujourd’hui, le gouvernement a une autre galère : le peuple aime beaucoup la musique, peut-être même trop. D’après les sociologues, on n’a jamais autant écouté de musique que maintenant. Pour être plus précis, on n’a jamais payé autant de musique aussi peu cher que maintenant. Donc le gouvernement court après les pirates.

On deale de la musique comme avant du crack. Le système de gradation est grosso merdo le mĂŞme : possession : 38 euros d’amende. Mise Ă  disposition d’un logiciel pour cracker ou tĂ©lĂ©charger : 3000 euros d’amende + 6 mois de zonzon. Parallèlement, l’offre en terme d’équipements s’est Ă©largie, et c’est historique, mesdames et messieurs ! Moi aussi, j’y fais passer tout mon pouvoir d’achat ! Au lieu de payer 38 euros d’amende, vous pouvez vous offrir un album sur une plateforme payante type iTunes, Fnacmusic, etc. + une clĂ© USB Ă  128 mO. Et pour 3000 euros, vous pouvez banquer sur une chaĂ®ne hi-fi super techno avec lecteur de DVD Blu-Ray et tout le toutim + 2000 euros de CD –soit environ 6 mois de musique*.

C’est Bob le Mouton Consumériste Vs. Jack le Pirate.

Par contre, y a un truc qui n’a pas changé : c’est les codes sociaux qui vont avec la musique. On passe sur l’aura iPod + Bose/Seinnheiser + système Bluetooth qui te grillera peut-être le cerveau dans 10 ans mais pour l’instant, dans le doute, consomme + housse Vuitton incrustée de machin en diamants, mais y a déjà moyen d’afficher bruyamment son groupe social d’appartenance rien qu’avec l’outillage.

Non, le plus drôle c’est les préjugés…

ATTENTION : le paragraphe qui va suivre n’est PAS l’opinion de l’auteur, qui n’a fait que retranscrire des opinions formulées par des tierces personnes. Par ailleurs, nous en déconseillons la lecture à toute personne incapable de recul critique et/ou de second degré. MERCI DE VOTRE COLLABORATION.

Tokio Hotel = bouse interstellaire inacceptable passĂ© 14 ans. Benjamin Siksou = stp mouille ta culotte sinon t’es pas normale. Star Ac’ = merde. Classique = vieux. Hard tek (variante : Drum’n bass) = teufeur associal. MySpace = cool. Reggae = tu fumes des joints. Julien DorĂ© = hiiiii ! R’n’b = commercial. Doc GynĂ©co = Faudel = sarkozyste. Johnny Hallyday = vieux, sarkozyste, Suisse, Belge. House = clubber/euse. BĂ©nabar = trentenaire adulescent. Naast = BB Brunes = Plastiscines = bĂ©bĂ© rockeur/euse. ETCAETERA. Et le snobisme va dans les deux sens : ça peut consister Ă  passer ses soirĂ©es Ă  la Flèche d’Or ou Ă  n’Ă©couter que des groupes que personne ne connait comme Ă  regarder tous les mercredis/jeudis la Nouvelle Star (merci Fremantle) avec dĂ©votion et “second degrĂ©”.

Enfin, c’est limite si à ta tête, on te colle pas une discothèque prédéfinie et classée par ordre alphabétique. Moi, ça me gonfle. Y a cinq ans, on s’étonnait que j’écoute Muse et maintenant, on s’étonne que j’aime Billie Holiday. Ou Mozart. Ou Mendelssohn (et pourtant, la Barcarole Vénitienne au piano, je ne vous dis que ça !).

Je revendique donc le droit d’écouter ce que j’ai envie d’écouter au moment oĂą j’ai envie de l’écouter, mĂŞme si ça fait ado, mĂŞme si ça passe sur NRJ, mĂŞme si depuis trois ans Oui Fm passe son temps Ă  croire qu’ils dĂ©couvrent des artistes qui passaient sur Nova y a cinq ans, je revendique le droit d’aimer la dernière chanson d’Alister, je revendique les robes Ă  fleurs, la Nouvelle Star au premier degrĂ©, la Star Ac’ l’hiver, j’aime TĂ©lĂ©phone, j’aime Renaud, j’aime les trucs que mes parents aiment, j’aime aussi des trucs qu’ils n’aiment pas, et par-dessus le marchĂ©, je revendique le droit de ne rien foutre pour la fĂŞte de la musique.

Tous les ans, les gens veulent aller à Paris / au Live8 à Versailles / voir le concert de Truc à Machin-sur-Bourboule / en teuf dans les bois / à Saint Germain / à la Flèche d’Or / danser sur une péniche / faire la fête en boîte / etc.

Moi, la fĂŞte de la musique que je prĂ©fère, c’est celle de mon village : autour de l’acadĂ©mie de musique, il y a une scène ouverte. A partir de trois heures, des groupes de jeunes viennent jouer des reprises de Noir DĂ©sir ou dĂ©biter des flows de rap devant les petits vieux qu’on a sortis de leur maison de retraite. On boit de la bière tiède sur les pelouses ou des chaises en plastique. Après, il y a des auditions oĂą les enfants un peu endimanchĂ©s jouent leurs morceaux de piano ou de violoncelle. Parfois, il y en a un qui a quelque chose de diffĂ©rent dans les doigts, et on a des frissons dans le dos. Il arrive qu’à ce moment, les vieux s’endorment. A dix-neuf heures, on allume un barbecue et on installe des tables. On croise des amis d’enfance qu’on avait pas vus depuis longtemps et qui, eux, vont Ă  Paris / au Live8 / etc. avec les groupes de jeunes de tout Ă  l’heure. Moi, je reste, parce que je sais qu’à partir de huit heures, il y a les jazzmen. Quelquefois, j’arrive Ă  traĂ®ner quelqu’un de bien avec moi, on discute jusque tard le soir, avec du rosĂ© ou des bières toujours tièdes. Si vraiment on en a marre, on peut aller Ă  la Maison des Jeunes, danser un rock avec des trentenaires, ou d’autres choses comme ça.

J’ai le reste de l’année pour pogoter dans les concerts, danser toute la nuit en boîte, faire des soirées en forêt. Alors c’est peut-être rétro, mais ça me plait comme ça.

*en fait, je ne sais pas si 2000 euros d’albums ça fait six mois de musique, mais ça sonnait bien, non ? Attendez, je fais le calcul : 10 euros par album, soit 200 albums, avec en moyenne 12 chansons de 3,5 minutes, ouais, on est d’accord, on est loin du compte. Disons que c’est une licence poĂ©tique, alors.

 

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Marrant, moi aussi je l’aime comme ça ma fĂŞte de la musique.


C’est le seul jour dans l’annĂ©e oĂą je sais que je vais croiser des gens qui Ă©taient avec moi au lycĂ©e, au collège, ou mĂŞme Ă  l’Ă©cole primaire. Et on discute de rien, de la mĂ©tĂ©o, du temps qui passe.


Et je sais que je les croiserai l’annĂ©e suivante, et qu’on causera autour d’une bière tiède, comme tous les ans.


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