Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

24. mai 2012

Mot de passe oublié

smilelikeme

La nuit dernière je suis revenue à Paris comme j’en étais partie, il y a six mois. La tête contre le hublot d’un A380, je cherche la lettre « R » sur mon Ipod, j’appuie sur play et les premières notes de Reckoner font piquer mes yeux. Je finis par pleurer à chaudes larmes, de quitter, de partir trop loin, de ne pas retrouver aussi bien. Puis hier, après six mois à Singapour que j’aurais du mal à décrire en moins de 3000 mots, je fixe la mer qui défile en contrebas et je réécoute la même chanson.

i-pod.jpgCette voix de Thom Yorke, ce sens de la construction et de la mélodie, et je pleure encore, de repartir. Sans faire d’élan lyrique exagéré, ma vie a toujours gravité autour de chansons marquant un moment presqu’aussi bien qu’un tatouage. Comme disait d’ailleurs en substance Ryan Reynolds (et comment ce type au charisme de moule peut-il s’envoyer Scarlett ?!) dans l’une des sombres bouses cinématographiques que je me suis ensuite imposée dans l’avion sus-mentionné : « it just really feels good when you find the perfect track to fit the moment ».

Tout cela m’a donc convaincue de tenter l’impossible : recomposer la bande originale de ma vie jusqu’ici, isoler quelques moments musicaux qui m’ont marquée ces 20 dernières années (parce que tu t’en souviens, toi, de ce que tu écoutais avant 3 ans !?). Pour me simplifier la tâche, j’ai décidé d’ignorer tous les « oldies » avec lesquels j’ai aussi grandi, les Joan Baez, les Beatles, les Stones…, pour me concentrer sur les moments plus « générationnels ». Cela dit, je ne suis pas une rockstar, et je ne suis pas non plus une starlette en quête de crédibilité dont le manager a donné les réponses à la question «quelles ont donc été vos influences musicales ? ». C’est-à-dire que je n’ai pas grandi en découvrant David Bowie à 5 ans, les Kinks à 7 et en passant Dark Side of The Moon à ma première boom.

Mes « influences musicales » sont loin d’être toutes honorables, elles composent juste une mix-tape de dizaines d’heures compilées sur une cassette géante, qui à mon avis devrait avoir quelques copines chez les 20-25ans…

Bon c’est parti : j’ai commencé par Henri Dès. Enfin, monomaniaque d’Henri Dès plutôt, puisque je suis allée jusqu’au mode « crazy stalker en salopette » pour obtenir (avec succès hein) un autographe du monsieur moustachu.

Ensuite un jour, je me suis assise devant le caisson de vinyles de ma maman qui m’a dit d’en choisir pour qu’elle les passe, ah la bonne blague, parce qu’à 5 ans mes choix se sont portés sur la seule esthétique des pochettes, ce qui a donné : Oxygène de Jean-Michel Jarre, Comme un Ouragan, de…oui c’est ça (pourquoi, maman, ce disque était-il en ta possession ?) et un disque de Cat Stevens. Globalement j’avais trouvé tout ça très bien, avec une préférence il me semble pour Steph de Monac’ – ah sisi, ce souffle épique c’était quelque chose.

Parallèlement je vouais un culte à une cassette de Dorothée que j’exigeais d’entendre à chaque trajet en voiture : 3254 écoutes plus tard de « allô allô, monsieur l’ordinateur, dîtes-moi dîtes-moi, où est passé mon cœur », j’étais armée pour affronter mon avenir sentimental, et mes parents n’importe quel arrêt au McDo pour en finir. Vers 8 ans, ma petite sœur décide de dévider une cassette de Michael Jackson pour se faire une perruque avec les mètres de bande – très bonne idée de déguisement au demeurant, et puis du coup on l’a racheté… en CD, tadaaa, trop cool génial on peut se voir dedans ! J’ai écouté Thriller jusqu’à l’user, j’ai reproduit la choré déguisée, j’ai lancé des « beat it » à la récré aux CP trop téméraires (en fait non, mais j’aurais dû, rétrospectivement).

Puis là j’ai eu besoin d’un peu de douceur dans ce monde de brutes, et Whitney Houston est tombée à point : je connais encore par cœur chaque minute de chaque seconde de la BO de Bodyguard. J’aurais tout déchiré à « FaSiLAChanter » si ça existait encore tiens. En CM2 ensuite, un jour à l’aéroport d’Aberdeen, Ecosse, j’ai été prise d’une pulsion aussi subite qu’étrange : faire acheter à ma grand-mère, ravie mais slightly puzzled, une vieille compile disco. J’en ai conçu une passion pour le genre, va comprendre ce qui se passe dans la tête des enfants tiens. A l’époque je ne pensais pas en revanche que ma chanson préférée du moment, « Don’t let me be Misunderstood » des Gibson Brothers, me servirait un jour à avoir la méga-classe devant les copaings en regardant Kill Bill, eheh.

Je vous épargne volontairement la phase « Plus grande discothèque du monde Vol. 7 » avec sa cohorte de Corona, 20 Fingers (et l’anthologique «Don’t want no short, d*ck man »…) – mais je me sens obligée de mentionner Gala, parce qu’à Singapour ils sont toujours restés scotchés sur « Freed from desire » qui m’a fait prendre 10 ans d’un coup…

Le début du collège, c’était un peu comme le Moyen-Age : the dark, dark ages. 6-5ème : Spice Girls, Mariah Carey (cela dit j’assume d’aimer toujours autant « Fantasy ») et surtout, surtout : Céline, Pour que tu m’aimes encore. Que celles qui ne se sont jamais égosillées debout sur leur lit, « dans le froid, dans les flaaaaaaammes !!! », me jettent le premier sèche-cheveux/micro. Vînt enfin le moment de grungiser tout ça : en 4ème j’ai acheté des Vans, j’ai demandé un lecteur mini-disc pour Noël et j’ai écouté Nirvana (un peu tard certes, il était déjà mort le brave). Et Incubus, les Foo Fighters, les Goo Goo Dolls (mais quel nom), Silverchair, Oasis, Stereophonics, Blur, du rock US, du rock Anglais, à grosses et petites guitares, Korn (si) et d’autres, et puis Ben Harper, et Alanis Morissette aussi. Mon premier ‘vrai‘ concert – outre le brave Henri je précise - c’était Offspring. Bref, des trucs cooooools yeah man, trop bien allez viens on va fumer des joints dans le parc avant le cours de maths oueeh. Tout ça, ça s’est pas mal étendu dans le temps et je n’irais pas jusqu’à dire qu’en certaines circonstances régressives, ça dure encore, mais j’en suis pas loin.

Enorme claque auditive en 3ème : Homework des Punks Fous, que je mettais tellement fort que le parquet tremblait littéralement. « Teachers » m’a appris les premiers noms de la scène électro, « Da Funk » m’a donné envie de savoir faire pareil. Bon cela dit ce n’était toujours pas la rédemption totale puisque j’écoutais en même temps Missy Elliot, Nelly Furtado et Lenny Kravitz, on ne se refait pas.

Et puis après tout ça, c’était le bac, et ça s’est décanté doucement ensuite. Je me suis mise à chercher vraiment et à écouter de tout du moment que je trouvais ça bon, sans considérations de mode, d’époque, de genre ou de nationalité. Un vaste foutoir s’est constitué progressivement pendant cinq ans, allant de Lhasa à Nine Inch Nails en passant par Ellen Allien, Joseph Arthur et Alela Diane. Itunes est venu tout classer et ordonner, délivrant le verdict en heures et en jours de musique cumulés. Je me demande souvent combien ça ferait s’il y avait absolument toutes les chansons que j’ai jamais aimées.

Photo (c) F.E 

 

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Mmh t’as une super mémoire quand même… Mais je suis super d’accord avec toi quand t’es d’accord avec ryan reynolds.


 

aahh…merci de citer Nine inch Nails pour cette journée spéciale musique, ça fait plaisir…je voulais pondre un article sur le sieur Reznor, peut-être plus tard…


 

Ouai années 90 powaaaa!! Vive freed from desire et 2 unlimited!


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